TOGO-DEVELOPPEMENT: Un réseau de télécommunications moderne, mais étroit.

LOM, 25 mai (IPS) – Malgré les efforts fournis par les autorités
togolaises
dans la modernisation de son réseau, une bonne partie de la
population
demeure toujours sans accès au téléphone dans ce pays de l'Afrique
de l'ouest.

“Quand on a la chance d'avoir le téléphone au Togo, c'est un
téléphone qui
marche! Nos 26.000 abonnés reçoivent des services d'une qualité
qui n'a rien
à envier à celle que vous trouvez dans les grands pays
industrialisés”, se
glorifie Paul Ayikoè Kossivi , directeur général de Togo-Télécom,
la Société
nationale de télécommunications.
Ayikoé a sans doute raison en ce qui concerne la qualité de ce
réseau, mais
beaucoup de ses compatriotes ne partagent pas du tout cet avis,
car ce n'est
pas facile d'avoir accès à une ligne téléphonique dans ce pays.
Depuis plus
de deux ans, environ 11.000 demandes de lignes téléphoniques
attendent
toujours dans les tiroirs de la compagnie.
” Ce n'est pas du tout une partie de plaisir quand on veut avoir
un
téléphone chez soi. Il ne faut quand même pas que le téléphone qui
est un
bien de première nécessité devienne un objet de luxe pour nous;
C'est
vraiment dommage, une telle situation”, déplore, Albert Mawulom,
un habitant
du quartier Wuiti sur le plateau de Lomé.
Un autre entrepreneur local s'indigne : “Cela fait deux ans que
j'attends
toujours l'installation de ma ligne téléphonique. Ce n'est pas du
tout
facile de gérer mes affaires. Imaginez si les investisseurs
étrangers sont
dans le même cas que nous, quelle image offrira notre opérateur
local de
télécommunications ?”.
Depuis quatre mois, avec un grand renfort de publicité à travers
les
journaux et les médias, Togo-Télécom invite les personnes
désireuses de
s'abonner, d'aller remplir les formalités et payer leur
abonnement. Sous
prétexte que les travaux d'extension des réseaux locaux tirent à
leur fin,
Togo-Télécom met des milliers d'opérateurs économiques et de
demandeurs
dans une situation inconfortable en ne leur présentant pas l'état
réel de la
situation.
“Comment une entreprise aussi respectable que la Société
nationale de
télécommunications peut-elle orchestrer une publicité mensongère.
Quel
crédit peut-on alors accorder à une telle structure?” se demande,
Allassani
Fousséni, commerçant à Agoènyvé dans la banlieue de Lomé.
Pourtant ce ne sont pas les moyens techniques et financiers qui
manquent à
la compagnie locale. Pour moderniser son réseau téléphonique ,
elle a
bénéficié de financements d'un montant de 12 milliards f cfa de
la part de
la Banque européenne d'investissements, du Fonds africain de
développement, et de l'Association Internationale de
Développement). En
outre la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD) a accordé
un prêt de
5 milliards f cfa à Togo-Télécom pour les tx d'extension de son
réseau.
L'objectif de ces travaux est de résorber la demande en instance,
soit
10.900 lignes, et de satisfaire les besoins d'évolution du parc
téléphonique qui pourrait passer de 32.400 lignes principales au
début de
l'an 2000 à 108.500 lignes à la fin de 2008. Et elle annonce
20.000
nouvelles lignes pour le premier semestre de l'année 1998.
Mais au lieu d'étendre son réseau, la compagnie qui contrôle les
télécommunications dans ce pays a préféré mettre son talent dans
sa
modernisation.
Togo Télécom dispose d'un réseau automatique entièrement
numérique. Les
centrales numériques sont reliées entre elles par des liaisons
hertziennes
ou à fibres optiques au niveau national et au réseau international
par une
station terrienne de type A, d'une capacité de 2000 circuits.
" La station terrienne que nous avons ici à Lomé est exactement
la même
que celle que vous trouvez en France ou aux Etats-Unis. Il n'y en
a pas de
meilleure", commente Paul Ayikoé Kossivi.
Togo-Télécom s'est également dotée d'un nud Internet
fonctionnant avec un
serveur Cisko 7000, comme pour ne pas rester en marge de la
révolution de
l'information.
La téléphonie mobile a fait son entrée au Togo en juillet 1997,
couvrant
plusieurs villes du pays. A la fin de l'année dernière, Togo
Télécom
comptait déjà plus d'un millier d'abonnés au téléphone cellulaire.
Malgré tous ces renforts techniques et financiers Togo-Télécom
continue de
mettre les demandeurs de lignes dans un inconfort total.
Même si il était disponible, le téléphone fixe est hors de prix
pour
beaucoup de togolais. L'abonnement, toutes taxes comprises, est de
109.000 f
cfa dans un pays où le Salaire minimum interprofessionnel garanti
(Smig) est
de 13.757 f cfa (environ 27 dollars US), l'un des plus faibles de
la zone CFA.
Le rêve de posséder donc un téléphone n'est pas donné à tout le
monde.
Les campagnes togolaises sont les éternelles oubliées en matière
d'infrastructures de télécommunications. Il n'existe pas de
téléphonie
rurale. A la place Togo-Télécom a développé le téléphone
communautaire.
Il s'agit d'une ligne téléphonique placée dans un village et
gérée par un
privé qui doit disposer d'un vélo, d'une moto ou de tout autre
moyen de
déplacement. Il s'en sert pour contacter tous les habitants du
village qui
sont demandés, sur rendez-vous. Mais leur nombre limité et leur
éloignement
des fermes constitue un handicap. Dans la pratique une fois la
ligne
installée, les opérateurs privés ne se soucient plus des
utilisateurs.
“C'est déplorable de mettre en place une telle structure sans
prévoir un
système de contrôle. Les désagréments crées par ceux qui gèrent
ces cabines
entachent l'honorabilité de l'entreprise”, avoue un agent de Togo-
Télécom.
Quant au cellulaire il est classé dans les hors catégories par le
togolais
moyen. L'abonnement, y compris le poste, revient à environ
400.000f cfa.
” Togo-Télécom s'est mise dans une position de monopole pour
chercher à
maximiser son profit. Son nombre d'abonnés au cellulaire risque de
ne pas
exploser, et il peut stagner voire baisser si elle campe sur ce
prix déjà
trop faramineux pour les gens de la classe moyenne”, commente
Félix Adoté,
un jeune homme d'affaires, basé dans la cae togolaise.
Pour ceux qui peuvent s'offrir le luxe de s'abonner au cellulaire,
la
capacité du réseau laisse à désirer. Il ne répond pas à leurs
attentes.
“Mon cellulaire ne fonctionne que dans certaines villes.
Contrairement à ce
qu'on nous avait dit, il ne couvre même pas tout le pays. C'est
tout
simplement regrettable”, affirme un jeune transitaire.
"La solution, pour rendre satisfaisantes les prestations de Togo-
Télécom,
passe nécessairement par sa privatisation totale”, affirme
Allassani Fousséni.
"Une structure publique qui n'arrive pas à répondre aux attentes
des
usagés doit être réformée et orientée vers une gestion privée.
Cela va dans
l'intérêt d'un plus grand nombre”, explique-t-il.
Togo-Télécom fait partie des huit entreprises couvertes par le
programme
d'appui à la restructuration et à la privatisation des
entreprises
publiques (PAREP), lancé récemment par les autorités
togolaises.