BONN, 1 oct (IPS) – Des responsables de gouvernements et des experts, venant de 100 pays environ, ont commencé une conférence de cinq jours à Bonn lundi pour limiter les dégâts causés à la santé humaine et à l'environnement dans le monde en développement, par des pesticides et produits chimiques industriels, connus également comme des 'tueurs chimiques'.
Un tueur chimique du genre, utilisé énormément dans plusieurs pays en développement pour contrôler les mites d'insectes et d'araignées sur le coton, les agrumes, le riz, le maïs et autres cultures, est le monocrotophos. Il est activement commercialisé et est fabriqué par plus d'une douzaine de firmes, presque toutes en Asie.
Comme d'autres insecticides contenant des organophosphorés toxiques, les monocrotophos constituent un risque énorme pour des centaines de milliers de travailleurs agricoles, principalement dans les pays en développement où le manque d'habillement de protection et d'équipement d'application appropriés fait qu'il y a de fortes chances que des gens entrent en contact direct avec des produits chimiques.
Les effets médicaux incluent la nausée, la diarrhée, les troubles de la vue, et, dans des cas sévères, la dépression respiratoire, les convulsions et la mort.
Le monocrotophos est également hautement toxique pour les oiseaux et les mammifères. Des études indiquent qu'une utilisation de plus de 25 ans du monocrotophos en Hongrie a causé plus de dégâts aux oiseaux sauvages que ne l'a fait n'importe quel autre pesticide.
La conférence inter-gouvernementale du 30 septembre au 4 octobre dans l'ancienne capitale allemande, actuellement une ville onusienne, devrait se prononcer en faveur de l'addition de toutes les formules du monocrotophos à une liste de 26 pesticides et de cinq produits chimiques industriels qui sont soumis à la procédure de consentement après information préalable conformément à la Convention de Rotterdam.
Selon des sources de la conférence, la décision serait facilitée par le fait que des alternatives à ce pesticide existent pour chaque association d'insectes et de plantes actuellement ciblés.
"S'assurer qu'aucun pays n'importera ce pesticide dangereux sans une pleine connaissance des risques impliqués est une première étape vitale pour éviter tout empoisonnement à l'avenir", affirme Klaus Toepfer, directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), basé à Nairobi, au Kenya.
"Grâce à la Convention de Rotterdam, nous avons maintenant en place un système efficace pour éviter nombre des erreurs mortelles commises au cours des décennies passées où les gens étaient plus naïfs à propos des dangers des produits chimiques toxiques".
La Convention de Rotterdam, signée en 1998, oblige légalement les exportateurs faisant des négoces d'une liste de substances toxiques à obtenir un "Consentement après information préalable" (CIP) des importateurs avant de commencer le commerce.
La Convention de Rotterdam donne aux pays importateurs les instruments et l'information dont ils ont besoin pour identifier les produits chimiques potentiellement dangereux et exclure ceux qu'ils ne peuvent pas manipuler en toute sécurité. Elle demande également aux pays de ne pas exporter des produits chimiques contre les décisions des pays importateurs.
Lorsque le commerce est autorisé, les exigences pour l'étiquetage et la mise à disposition de l'information relative à l'exportation sur les effets sanitaires et environnementaux potentiels, réduisent le risque associé à l'utilisation des produits chimiques.
La convention a été signée par 72 gouvernements, plus l'Union européenne, et a jusqu'ici été ratifiée par 33 pays; elle entrera en vigueur 90 jours après la 50ème ratification.
Au Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) à Johannesburg, des pays ont accepté de contribuer à la ratification et à la mise en œuvre de la Convention de Rotterdam pour qu'elle entre en vigueur d'ici à 2003. En attendant, des gouvernements ont accepté d'appliquer les dispositions du consentement après information préalable de la convention sur une base volontaire.
La liste originale de la convention comportait 22 pesticides et cinq produits chimiques industriels. Depuis lors, quatre pesticides y ont été ajoutés. Le monocrotophos deviendrait alors le 32ème produit chimique sur la liste si les gouvernements acceptent cette semaine de l'y inscrire.
La conférence de Bonn est officiellement nommée la neuvième réunion de la Commission de négociation intergouvernementale sur la procédure du consentement après information préalable de la Convention de Rotterdam pour certains produits chimiques et pesticides dangereux dans le commerce international.
"L'agriculture ne peut pas bien donner sans pesticides. Néanmoins, le marketing incontrôlé et la vente des pesticides hautement toxiques comme le monocrotophos présentent d'énormes risques pour les agriculteurs pauvres dans les pays en développement", déclare Louise Fresco, directeur général adjoint du département de l'agriculture de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Contrôler le pesticide monocrotophos serait une réalisation majeure en soi, mais cela met également l'accent sur le plus vaste problème des organophosphorés bon marché mais hautement toxiques, affirme Reiner Arndt d'Allemagne, qui préside la Commission intérimaire de revue chimique, une institution scientifique de la Convention de Rotterdam. "Initialement produits dans un pays développé, ces pesticides sont très largement fabriqués après l'expiration du brevet, et l'utilisation continue malgré une évidence croissante de maladie et de mort", explique Arndt.
"Imposer des contrôles commerciaux sur les monocrotophos confirmerait alors de nouveau le droit à faire des jugements commerciaux en se fondant sur la manière dont un pesticide est utilisé de fait sur le terrain, plutôt que sur la base des instructions du fabricant", ajoute-t-il.
Selon le PNUE, quelque 70.000 différents produits chimiques sont disponibles sur le marché aujourd'hui, et 1.500 nouveaux sont introduits chaque année.
Ceci constitue un défi majeur pour plusieurs gouvernements qui doivent essayer de contrôler et de gérer ces substances potentiellement dangereuses.
Plusieurs pesticides, qui ont été interdits ou dont l'utilisation a été sérieusement limitée dans les nations industrialisées, sont toujours commercialisés et utilisés dans les pays en développement.

