GENEVE, 30 sept (IPS) – La nouvelle approche du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale pour lutter contre la pauvreté, insiste sur les politiques de stabilisation et d'ajustement structurel semblables au modèle raté mis en œuvre au cours des deux dernières décennies, indique la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Les institutions de Bretton Woods ont reconnu des "insuffisances indiscutables" dans l'application de ces politiques en Afrique, déclare Yilmaz Akyuz, directeur de la Division de la CNUCED sur la mondialisation et les stratégies de développement. Toutefois, Akyuz a mis l'accent, dans la présentation du rapport à Genève jeudi, sur le fait que l'approche actuelle "ne met rien en place.
Elle ajoute de nouveaux éléments aux anciens, plutôt que de réformer et de réviser d'autres approches".
Le nouveau centre d'intérêt continue d'être basé sur l'hypothèse selon laquelle le secret de la croissance économique réside dans la stabilisation et l'ajustement qui, à leur tour, mèneraient à la libération et à une rapide intégration dans l'économie mondiale.
Cependant, les documents du FMI et de la Banque mondiale, en particulier sur la question des efforts de réduction de la pauvreté, reconnaissent explicitement, dans ce cas-ci, que ces politiques peuvent avoir des effets défavorables sur les pauvres à court terme. "C'est du nouveau, à mon avis", constate Akyuz.
La CNUCED a consacré son rapport, Développement économique en Afrique 2002, à la comparaison des politiques des organisations multilatérales en direction du continent. Pendant les décennies récentes, elles se sont fondées sur l'ajustement structurel, et proposent maintenant de faire reculer la pauvreté.
Le texte semble indiquer que la nouvelle approche est une réponse au mécontentement répandu provenant des progrès limités dans la résolution des problèmes pressants qui affectent les pays en développement malgré presque 20 années d'application de ce qui est considéré comme réformes économiques néo-libérales.
Comme exemple, le document de la CNUCED cite le fait que la portion de la population des pays les moins avancés d'Afrique, vivant avec moins d'un dollar par jour, soit passée de 55,8 pour cent dans la période de 1965-1969 à 64,9 pour cent de 1995 à 1999.
En dépit de ce panorama, la nouvelle approche du FMI et de la Banque mondiale ne corrige pas les erreurs reconnues, mais ajoute seulement de nouveaux éléments aux mêmes politiques, commente Akyuz.
Selon le responsable de la CNUCED, les chances de réussite dépendent de quelque chose "d'inattendu et de remarquable" survenant "à la fois dans la façon d'aborder les prises de décisions intérieures en Afrique-même, et la manière de la communauté internationale d'aborder la dette, l'aide et le commerce".
Dans ce contexte, "il est très peu probable que nous atteignions les objectifs fixés dans le Plan du millénaire", élaboré au cours du Sommet des Nations Unies pour le millénaire, lançant un appel pour des efforts au niveau mondial en vue de réduire de moitié la pauvreté dans le monde entier d'ici à 2015.
Le rapport de la CNUCED sur l'Afrique spécifie que la réussite dans le développement dépendra des facteurs aussi bien extérieurs qu'intérieurs.
Mais il souligne le fait que la disponibilité des ressources extérieures n'augmente pas, que ce soit du commerce, des fonds dégagés de la réduction de la dette ou de l'aide internationale.
L'agence des Nations Unies indique qu'il y a deux ans, pour stimuler la croissance, l'Afrique subsaharienne a eu besoin de maintenir une rentrée nette de capitaux supplémentaires d'environ 10 milliards de dollars par an pour près d'une décennie.
Les promesses de financement pour l'Afrique, faites à des réunions internationales récentes, comme à Monterrey au Mexique, à la Conférence internationale sur le financement pour le développement en mars dernier, ne sont pas près de fournir l'aide supplémentaire nécessaire, indique le rapport.
Akyuz a fait remarquer qu'il y avait une frustration grandissante par rapport aux initiatives visant à effacer la dette des Pays pauvres très endettés (PPTE).
Il existe une frustration "même au sein des institutions qui mettent en œuvre les initiatives. Les transferts de ressources nets vers les PPTE ont continuellement baissé", souligne-t-il. Dans le domaine des exportations, la CNUCED indique que certaines mesures positives ont été prises, telles que l'initiative "Tout sauf les armes" de l'Union européenne, qui permet l'accès à ses marchés de certaines de ses anciennes colonies.
"Néanmoins, le protectionnisme dans les pays industrialisés reste inchangé, notamment en agriculture", affirme l'expert de l'ONU, expliquant que les exportations agricoles "devraient être une très importante source de revenus pour beaucoup de pays africains", mais les politiques protectionnistes dans le monde industrialisé constituent un obstacle.
Akyuz a également exprimé sa surprise à propos du manque d'un "quelconque travail substantiel sur ce qu'on appelle analyse de l'impact social" des nouvelles politiques que le FMI et la Banque mondiale ont conçues pour l'Afrique.
Il a toutefois bien apprécié le fait que dans les documents des institutions et "dans le grand débat de Washington", il ait été finalement reconnu que la croissance économique ne profite pas automatiquement aux pauvres.
Même si les politiques adaptées aux populations pauvres sont généralement appropriées dans les domaines de la santé et de l'éducation, la CNUCED exprime néanmoins quelques inquiétudes. Par exemple, indique Akyuz, il y a une objection à "l'approche commerciale sous forme de frais à la charge de l'usager à un niveau très bas".
Le rapport de la CNUCED conclut que dans les nouvelles politiques du FMI et de la Banque mondiale pour réduire la pauvreté et répondre aux besoins sociaux en Afrique, "il n'y a réellement aucun écart significatif par rapport à la politique d'approche globale adoptée presque depuis le début des années 1980", la concentration sur la stabilisation économique et les ajustements structurels.

