JOHANNESBURG, 23 sept (IPS) – Au moment même où les pourparlers de paix au Burundi sont à deux doigts d'échouer et que la Côte d'Ivoire est secouée par une mutinerie armée, le président sud-africain Thabo Mbeki, demeure optimiste et pense que des progrès sont accomplis dans les efforts pour mettre fin à plusieurs des conflits qui dévastent le continent. "Je crois que les récents succès obtenus par rapport à la résolution des conflits sur le continent est un autre signe de la volonté politique des dirigeants de renouveler la promesse d'une vie meilleure pour tous les citoyens du continent africain", a déclaré Mbeki devant le parlement sud-africain, la semaine dernière. Mbeki a cité le Burundi, le Soudan, Madagascar, et la République démocratique du Congo (RDC) comme les pays africains minés par la guerre où des progrès ont été accomplis vers la paix.
La semaine dernière, le Rwanda a commencé à retirer ses troupes du conflit qui a fait rage au Congo durant les trois dernières années.
Et, aussi bien le gouvernement que les partis d'opposition ont accepté d'entamer des pourparlers pour trouver un règlement aux crises politiques à Madagascar.
Madagascar traverse des crises depuis que les partis d'opposition ont contesté les résultats d'une élection présidentielle, au début de cette année.
Au Soudan, il y a eu des signes que le gouvernement et les groupes rebelles, qui sont en guerre depuis deux décennies, se préparent pour entamer des pourparlers de paix.
Mais, au Burundi, un accord de paix, qui a été signé plus tôt cette année, semble être au bord de l'échec. Le massacre de quelque 170 personnes au Burundi, au début de ce mois, a eu pour conséquence le report de la dernière série des pourparlers de paix. Les discussions étaient supposées commencer le 19 septembre, mais le gouvernement et les groupes rebelles au Burundi ont demandé que les négociations soient différées de deux jours pour une période de deuil.
Le vice-président sud-africain, Jacob Zuma, qui est facilitateur dans les pourparlers, a appelé toutes les parties "au calme et à la retenue" et a prévenu : "Un accord de cessez-le-feu est une garantie critique pour une paix durable et une stabilité au Burundi. Nous devons faire remarquer à toutes les parties que le temps presse étant donné que le dernier sommet sur le Burundi est prévu pour le 7 octobre en Tanzanie".
Et, la Côte d'Ivoire est secouée par une mutinerie armée – décrite par le gouvernement comme une tentative de coup d'Etat – jeudi dernier. Alors que l'action entreprise par des soldats mécontents semble avoir échoué, la situation dans le pays demeure tendue, selon les derniers reportages disponibles.
Mbeki a souligné que le "Système continental d'alerte préventive", proposé par l'Union africaine (UA), est essentiel à l'union pour prévenir les crises politiques et militaires potentielles avant qu'elles ne surviennent.
Mais, le directeur du Programme analyse de la sécurité en Afrique, Richard Cornwall, prévient qu'un tel système devra être politiquement indépendant et dirigé par des organisations non gouvernementales et de la société civile.
"Le problème est que l'UA a montré qu'elle est réticente à s'engager dans tout ce qui peut être perçu comme de l'autocritique", explique Cornwall.
"Chaque fois qu'on lui a demandé de traiter d'une question épineuse sur le plan politique, elle a fait marche arrière à cause des sensibilités politiques".
Mbeki a également rejeté l'idée d'une seule armée africaine qui maintiendrait la paix et la stabilité politique sur le continent. Il a insisté que l'Union africaine, dont il est l'actuel président en exercice, a reconnu, à son sommet inaugural en Afrique du Sud plus tôt cette année, que les opérations de maintien de paix de l'UA seraient entreprises par "une force d'interposition". Cette force "sera composée de contingents civils et militaires multidisciplinaires dans des pays d'origine qui seront prêts pour un déploiement rapide chaque fois que c'est nécessaire".
L'idée d'une seule armée africaine est l'idée personnelle du président libyen Mohammar Kaddafi, qui a essayé de l'imposer au sommet inaugural de l'UA. Au sommet, l'Afrique du Sud a été l'un des pays qui ont réussi à bloquer la proposition. Toutefois, c'est une idée sensible qui pourra toujours être discutée par l'union.
Mbeki a rapporté que l'adoption du Protocole sur la création du Conseil de paix et de sécurité (CPS) – qui prévoit la mise sur pied de la "Force africaine d'interposition" par l'Union africaine, était en voie.
"Jusqu'ici, aucun retard n'a été observé. Une fois qu'il aura été ratifié par une simple majorité des Etats membres de l'UA, il entrera en vigueur et le Conseil de paix et de sécurité peut devenir opérationnel", a expliqué Mbeki.
Le travail de mise en place du conseil pourrait commencer d'ici à la fin de l'année, a-t-il indiqué.

