SMDD: Un nouveau fonds payera pour protéger la diversité culturale

JOHANNESBURG, 2 sept (IPS) – Alors que le monde s'attend à ce qu'un plan d'action sorte du Sommet des Nations Unies sur le développement durable (SMDD), un groupe de spécialistes de plantes recherche du soutien à Johannesburg pour une entreprise particulière – un trust international pour protéger les cultures alimentaires variées du monde.

Le Global Conservation Trust (GCT) chercherait à préserver des banques de gènes à travers le monde entier en finançant des centres nationaux, régionaux et internationaux de collecte des diversités culturales.

Assurer la survie des variétés de cultures génétiquement variées aidera à conserver en sécurité les réserves mondiales de vivres, estiment les experts.

"Tout groupe de banque de gènes aura le droit au financement", a déclaré Geoffrey Hawtin, directeur général de "International Plant Genetic Resources Institute" (IPGRI) (Institut international de ressources génétiquement plantées) basé à Rome, après la présentation du trust jeudi.

"Même les agriculteurs communautaires ayant des banques de gènes peuvent postuler".

"Ceci assurera la sécurité alimentaire", a ajouté M.S. Swaminathan, un grand expert en génétique de plante au Centre indien de recherche sur le développement agricole et rural durable. "La fondation a été instituée pour la sécurité génétique à l'avenir".

La nécessité du GCT a été renforcée par un rapport publié jeudi au cours du sommet, révélant l'importance de la biodiversité agricole que la planète a perdue au cours des dernières décennies, à cause d'une série de facteurs.

"Le monde possède environ 250.000 espèces de plantes à fleur, mais une plante sur 12 (huit pour cent) a maintenant toutes les chances de disparaître avant 2025", affirme le rapport "Diversité des cultures menacée : le cas des collections de cultures durables", rédigé par le Département de science de l'agriculture au Collège impérial de Londres.

Selon les estimations de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), ajoute-t-il, près des "trois quarts des premières variétés de cultures agricoles ont disparu des exploitations agricoles depuis 1900. Et cette tendance s'est accélérée dans la dernière moitié du siècle".

Aujourd'hui, il y a 1.470 banques de gènes dans environ 150 pays, selon Christopher Higgins du Collège impérial, qui contiennent quelque 5,4 millions d'échantillons.

A quelques minutes de son lancement, le GCT a reçu ses premiers signes d'approbation et de soutien financier de la communauté internationale. Selon un représentant du gouvernement américain, le trust est une mesure opportune pour éloigner la pauvreté dans les zones rurales du monde.

"J'ai été acquis à cette cause. Et il y a un soutien ferme à la Maison Blanche pour cela", a indiqué Andrew Natsios, chef de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), au cours de la réunion.

La Suisse a promis 10 millions de dollars US au trust, la Fondation des Nations Unies a promis 500.000 dollars et l'Egypte a dit qu'elle donnerait 250.000 dollars.

Selon Hawtin, ceux qui soutiennent le GCT – au nombre desquels la FAO et le Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale (CGIAR)- espèrent recueillir 260 millions de dollars au départ. Cette somme sera utilisée pour rassembler et protéger les semences pour les banques de gènes.

La Chine et le Mexique ne sont que deux exemples de pays qui ont perdu une énorme diversité de cultures, selon le rapport du Collège impérial. En Chine, les agriculteurs cultivaient près de 10.000 variétés de blé en 1949, mais dans les années 70, "à peine 1.000 variétés seulement étaient toujours utilisées". "Au Mexique, entre les années 1930 et aujourd'hui, les agriculteurs ont perdu environ 80 pour cent de leurs variétés traditionnelles de maïs", ajoute le rapport.

"Une large gamme de cultures – du broccoli jusqu'à la canne à sucre – suit une tendance similaire", indique-t-il. Par exemple, 80 à 90 pour cent de la culture du broccoli américain provient de moins de cinq plantes de broccoli hybrides, et "un hybride,'Marathon', représente plus de 50 pour cent de la superficie".

"La plupart des variétés de canne à sucre cultivées dans le monde aujourd'hui proviennent des croisements réalisés avec seulement quelques clones sélectionnés à la fin des années 80 et au début des années 90 en Inde et à Java", ajoute-t-il. "Cette base génétique réduite expose la culture de la canne à sucre à la menace de plusieurs maladies".

Les spécialistes des plantes génétiques à la réunion de jeudi ont attiré l'attention sur d'autres cultures alimentaires également bien connues qui sont aussi vulnérables à cause de leur base génétique réduite. Les bananes et les ananas sont juste deux variétés, ont-ils indiqué, qui pourraient disparaître des tables du monde s'ils étaient infectés par des maladies.

Le changement dans les tendances agricoles au cours des 50 dernières années est en partie responsable de cette vulnérabilité, souligne Swaminathan. "La base alimentaire s'est réduite parce que les grandes firmes encouragent actuellement la monoculture".

La FAO a également découvert que nombre des banques de gènes dans le monde étaient dans divers états de "détérioration rapide", aggravant la vulnérabilité de la sécurité alimentaire mondiale.

En novembre dernier, l'agence a introduit une mesure pour inverser cette tendance. La conférence de la FAO, qui regroupe 180 nations, a adopté le Traité international sur les ressources génétiquement plantées pour l'alimentation et l'agriculture, un document destiné à gérer la biodiversité agricole.

Depuis lors, 64 pays ont signé le traité et 12 l'ont ratifié. Le document a besoin de 40 ratifications pour entrer en vigueur.

Le lancement du GCT jeudi était perçu par certains à Johannesburg comme le continuum logique d'un processus entamé pour assurer la diversité des cultures et la sécurité alimentaire dans le monde entier. Présentement, près de 800 millions de personnes manquent de vivres suffisants pour mener une vie saine.

"Le principe qui sous-tend ce lancement est un bon principe", affirme Pat Mooney, un activiste canadien qui contrôle la recherche génétique. "Il profitera aux agriculteurs. Il favorisera la diversité culturale".