HARARE, 26 août (IPS) – Le refus de Washington, la semaine dernière, de reconnaître le gouvernement du Zimbabwe – alléguant une fraude électorale pendant les présidentielles de mars – a été très mal accueilli par le président Robert Mugabe.
Walter Kansteiner, sous-secrétaire d'Etat américain pour l'Afrique, a déclaré mardi dernier que Washington ne voyait pas le président Mugabe en dirigeant démocratiquement élu du Zimbabwe.
"Nous ne considérons pas le président Mugabe comme le dirigeant démocratiquement élu du pays. L'élection était frauduleuse", affirme-t-il.
Mais Mugabe et ses hauts fonctionnaires ne trouvent pas cette déclaration drôle.
"Nous ne sommes pas érigés en gouvernement à Washington. Que M. Bush sache que nous sommes érigés en gouvernement par notre peuple ici. Que l'insensé de (Premier ministre britannique Tony) Blair le sacheà et que les gens en Australie et en Nouvelle-Zélande le sachent", a déclaré Mugabe jeudi à la télévision nationale.
Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie et la Nouvelle Zélande ont pris des sanctions restrictives contre Mugabe et ses hauts fonctionnaires.
Bien que les Etats-Unis semblent avoir pris leurs distances par rapport aux déclarations selon lesquelles ils travaillent avec des pays d'Afrique australe pour isoler le Zimbabwe, les officiels de Harare jouent les durs.
"Les déclarations largement rendues publiques et terriblement scandaleuses de Kansteiner ont vendu la mèche", a indiqué vendredi Jonathan Moyo, ministre zimbabwéen de l'Information, au quotidien d'Etat "The Herald".
"Maintenant nous savons. En notre qualité de ZANU-PF, nous invitons le gouvernement à exiger une explication complète et à aller au fond du problème, vu le caractère sérieux des déclarations et la gravité de leurs conséquences", ajoute Moyo.
Le ZANU-PF est l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique au pouvoir, dirigée par Mugabe.
L'Afrique du Sud, le Botswana et le Mozambique ont nié toute implication dans le projet des Etats-Unis de renverser Mugabe du pouvoir.
Selon Kansteiner, son gouvernement "travaille avec d'autres pays dans la région ainsi que dans le monde entier sur la manière dont nous pouvons encourager la classe politique du Zimbabwe à avancer et redresser cette situation et à créer un environnement qui conduirait à une élection libre et équitable." Mugabe, qui réquisitionne actuellement des fermes appartenant aux Blancs pour y installer des Zimbabwéens noirs, déclare : "Ils (les pays occidentaux) ne veulent pas que nous soyons économiquement indépendants. Ils veulent que nous soyons des mendiants à venant chaque jour vers eux avec une sébile quémander de l'aide. Nonà nous avons nos ressources ici. Elles nous appartiennent et nous sommes en train de les prendre et de les donner à notre peuple".
Le Zimbabwe s'est brouillé avec la communauté internationale à cause de son programme controversé de réforme agraire et de la manière dont le gouvernement du président Mugabe a mené l'élection présidentielle de mars.
Mugabe, âgé de 78 ans, gouverne le Zimbabwe depuis 22 ans.
Les médias d'Etat du Zimbabwe ont établi un lien entre les campagnes contre leur gouvernement et les tentatives de Washington de renverser les dirigeants de Palestine et d'Irak.
Le principal parti d'opposition du Zimbabwe, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), qui a contesté les résultats de l'élection de mars, a accordé tout son soutien à la déclaration de l'administration américaine.
"Nous ferons cause commune avec tout pays ou tout gouvernement qui adopte notre position consistant à ne pas reconnaître le gouvernement du président Mugabe. Nous nous réjouissons de la position américaine puisqu'elle prouve que nous sommes du même côté que d'autres pays démocratiques dans le monde", affirme Welshman Ncube, secrétaire général du MDC.
"Nous nous réjouissons clairement de toutes ces mesures qui rendent illégitime le régime de Mugabe", ajoute-t-il.
Selon George Charamba, secrétaire permanent au ministère de l'Information, la démarche américaine prouve que l'Occident est derrière le Mouvement pour le changement démocratique.
"Le marionnettiste est en train de perdre patience avec la marionnette à présent et il se met en avant maintenant", fait remarquer Charamba.
Mais selon Tendai Biti, ministre alternatif du MDC chargé des Affaires étrangères, le parti au pouvoir ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Il affirme que le gouvernement de Mugabe "s'emploie énergiquement et inlassablement à s'isoler par une mauvaise gouvernance".
Le MDC a refusé de reconnaître le gouvernement de Mugabe et a exhorté la communauté internationale à faire pression sur Harare pour de nouvelles élections.

