DEVELOPPEMENT: L'Afrique est plus que déterminée à peser dans l'OMC

LIBREVILLE, 16 nov. (IPS) – Face à sa marginalisation de plus en
plus marquée
dans le système du commerce multilatéral, l'Afrique a décidé de
s'imprégner
des règles de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) au sein de
laquelle
elle compte désormais jouer un rôle déterminant.

Une quarantaine de ministres et experts en charge du Commerce en
Afrique,
réunis du 13 au 16 novembre à Libreville au Gabon, ont affirmé
leur
détermination à combattre la marginalisation du continent africain
dans la
mondialisation.
"Nous devons mieux nous impliquer à mieux maîtriser les règles de
l'OMC, et
faire en sorte que nos préoccupations africaines soient prises en
compte",
a affirmé Touré Alimatou Traore, ministre de l'Industrie, du
Commerce et des
Transports du Mali.
Organisée par l'OMC et les bailleurs de fonds de l'Afrique, la
réunion des
ministres africains en charge du Commerce est la toute première du
genre en
Afrique, dans l'histoire du GATT – Accords Générales sur le
Commerce et les
Tarifs – et de l'OMC. Elle s'inscrit dans les engagements pris
par le
Directeur Général de l'OMC, Mike Moore, d'appuyer les efforts des
pays en
développement dans le système commercial multilatéral.
"L'OMC doit faire plus pour l'Afrique, mais l'Afrique doit, pour
sa part,
centrer davantage son attention sur l'OMC", a déclaré Mike
Moore.
Le but de la réunion de Libreville était principalement d'aider
les pays
africains à s'imprégner des règles de l'OMC.
La démarche de Moore pour faire participer les Africains aux
décisions de
l'organisation, consiste à renforcer leurs capacités.
Pour Moore, les Africains doivent maîtriser les accords du GATT et
de l'OMC,
ainsi que leurs mécanismes. Les règles régies par l'OMC seront
ensuite
mieux assimilées et amélioreront la participation des Africains
aux
négociations commerciales futures.
Les participants à la réunion ont suivi plusieurs ateliers sur des
thèmes
aussi variés que le Commerce de marchandises, les Formalités et
procédures
douanières, le Régionalisme opposé ou non au Multilatéralisme, la
Propriété
Intellectuelle, le Commerce des services, y compris le Tourisme et
le
commerce électronique.
Il y a eu également un nombre important d'échanges sur les aspects
de
l'Agriculture et des Textiles, le Commerce et les investissements,
sans
oublier l'accroissement des capacités d'exportation, et l'accès
aux marchés.
D'autres ateliers ont discuté des normes, du commerce et de
l'environnement,
du mécanisme de règlement des différends et des mesures
commerciales
correctives contingentes, notamment les mesures compensatoires,
d'antidumping et de sauvegarde.
"'Libreville a été un succès, car on n'a jamais réuni autant de
monde avec
plus de 40 pays représentés sur 53 pays concernésà Ce qu'il faut
souligner,
c'est que les ministres africains ont été captifs et assidus lors
de cette
rencontre pour comprendre les mécanismes des accords de l'OMC", a
affirmé
Ablassé Ouedraogo, directeur général adjoint de l'OMC.
"Le texte adopté après les discussions montre que les débats
étaient
positifs…Maintenant, il existe une prise de conscience de la
nécessité
pour les Africains de faire partie des discussions", ajoute
Ouédraogo.
Le communiqué final, publié à l'issue de la réunion, répertorie ce
que les
ministres africains chargés du Commerce se sont engagés à faire.
Dans le document final, les ministres ont réaffirmé l'engagement
du
continent africain à uvrer dans le cadre du système commercial
multilatéral
au sein de l'OMC, pour une place significative et équitable dans
les
échanges internationaux.
Les Africains s'engagent aussi à combattre la marginalisation du
continent
dans la mondialisation, en impliquant davantage le secteur privé
et en
créant les structures juridiques et institutionnelles adéquates,
afin
d'attirer les investissements nécessaires pour la mise en place
d'économies
plus productives et plus compétitives.
Ils demandent à l'OMC de s'impliquer davantage dans cette
dynamique par
l'adoption et la mise en place d'un programme spécial de
renforcement des
capacités, élaboré en concertation avec les pays bénéficiaires et
donateurs.
Le Directeur général de l'OMC a proposé l'organisation d'un
nouveau cycle de
négociations qui implique l'Afrique.
"Il nous faut un nouveau cycle de négociations commerciales, avec
l'Afrique
à la table de négociations et les préoccupations de l'Afrique à
l'ordre du
jour", a déclaré Mike Moore.
"Car un nouveau cycle serait bon pour l'Afrique et il serait
bénéfique pour
tout le monde", a-t-il ajouté.
Jusque là, l'Afrique a toujours assisté en spectateur aux
différentes
négociations de l'OMC. Les prises de position en faveur de
l'Afrique émanent
plus souvent des groupes des droits de l'Homme qui manifestent
pour empêcher
la tenue des réunions de l'OMC comme récemment à Seattle aux Etats-
Unis.
L'Afrique réclame d'une même voix, l'accès aux marchés
internationaux pour
les exportations des pays en voie de développement, notamment dans
l'Agriculture et les textiles.
Le Continent noir voudrait aussi pouvoir conserver la liberté de
choisir les
politiques de promotion des investissements qu'il considère comme
répondant
à ses besoins de développement, y compris certaines politiques
désignées
comme incompatibles avec le GATT.
La plupart des pays africains réunis au sein du groupe ACP
(Afrique,
Caraïbes, Pacifique), bénéficient des accords préférentiels avec
les pays de
l'Union européenne qui permettent à ce groupe de pays en voie de
développement d'entretenir des relations commerciales
privilégiées avec
l'Europe. Ce système est actuellement combattu par l'OMC qui pense
qu'il
n'est pas conforme à l'esprit du libre échange qu'elle prône.
L'Union européenne encourage désormais les pays africains à uvrer
pour
réaliser une intégration économique régionale, afin de faciliter
son entrée
dans le commerce mondial auquel le continent ne participe qu'à
hauteur de 2
pour cent.
Pascal Lamy, Commissaire européen chargé du Commerce, a rappelé
que
"l'intégration complète de l'Afrique dans le système commercial
international, et sa participation à l'OMC, sont des priorités de
premier rang.
Reconnaissant que la globalisation de l'économie mondiale, qui a
beaucoup
apporté aux économies émergentes, a eu des résultats plus
contrastés pour
les Pays les Moins Avancés, Pascal Lamy a salué le fait que le
renversement de cette tendance à la marginalisation est devenu un
objectif
politique majeur, à la fois pour les pays développés et les pays
en
développement.
" Un élément de ce renversement réside dans la réforme des
politiques
commerciales, avec une libéralisation dans un contexte régional et
multilatéral", dit-il.
Peter Tulloch, directeur de la division Développement de l'OMC,
salue les
efforts réalisés par les regroupements sous-régionaux en Afrique.
Pour lui, les regroupements comme la CEMAC (Communauté économique
et
monétaire d'Afrique centrale), l'UEMOA (Union économique et
monétaire
Ouest-africaine), le COMESA (le Marché Commun des Etats de
l'Afrique de
l'Est et Australe), sont indispensables pour l'intégration de
l'Afrique au
Commerce mondial.
"On peut libérer les échanges entre les nations. Mais si on n'a
pas
l'offre et les infrastructures, alors c'est l'échec. On peut sur
une base de
coopération régionale et inter-régionale développer les routes,
les ports,
les lignes aériennes, les télécommunications", dit-il.
"Je ne crois pas que ces zones de libre échange et ces unions
douanières
soient incompatibles avec les règles du GATT et de l'OMC. Je pense
plutôt
que c'est une question essentiellement de volonté politique entre
les
pays", indique Tulloch.
Mais certains observateurs ne croient pas en la capacité de l'OMC
de
renverser la tendance actuelle qui marginalise l'Afrique dans le
commerce
international.
"L'Occident a tout intérêt à maintenir le statu quo, afin de
continuer à
déverser son surplus de productions dans les pays en voie de
développement.
Il y va de l'avenir de ses entreprises et du credo libéral", a
affirmé le
Vice-président de la République du Gabon, Divungui Didjob di
Dinge.
"C'est donc en toute lucidité que les pays africains se sont
prononcés pour
une solution endogène mettant en avant le génie créateur de
l'Afrique",
a-t-il ajouté.