ECONOMIE-BENIN: Pas Assez De Terres Fertiles Pour La Principale Culture De Rente.

COTONOU, 29 Oct. (IPS) – Les planteurs de coton béninois font face
à une
pénurie des sols fertiles, depuis que l'usage des engrais
chimiques et
autres pesticides a été intensifié pour rehausser la récolte
cotonnière
dans ce pays de l'Afrique de l'ouest.

Le coton est l'unique culture de rente au Bénin. Plusieurs
paysans ont
abandonné les cultures vivrières et se sont rués sur la culture
cotonnière,
plus rentable à leurs yeux.
Pour beaucoup gagner, les producteurs sont obligés de beaucoup
produire.
C'est ainsi que nombreux d'entre eux n'hésitent pas à employer
des engrais
et pesticides hors normes, pour avoir des récoltes abondantes.
"Or les engrais chimiques contiennent des éléments qui acidifient
le sol et
par conséquent le rendent infertile", affirme Séverin Assé,
géographe –
aménagiste béninois.
Selon Assé, les conséquences de cette pratique sont déjà visibles.
" Les vents de sable jadis inexistants dans le pavé ont fait leur
apparition dans les zones septentrionales. On a également noté la
présence
de brume dans les zones en dessous de la latitude de Bohicon,
bourgade
située à quelques 120 kilomètres de Cotonou, la capitale",
indique-t-il.
Mais le plus grave, selon Assé, c'est que l'acidification du sol a
amenuisé
les surfaces culturales fertiles. Ce qui a poussé les planteurs de
Coton à
se déplacer vers d'autres zones, au risque de provoquer la
désertification
totale des régions productrices qui constituent d'ailleurs les
greniers du pays.
Pour preuve, le premier département à produire le coton
aujourd'hui est le
Zou (centre du Bénin), suivi du Borgou au nord, alors que les
premières
régions productrices du pays étaient dans le Nord. Ce qui, selon
les
observateurs, témoigne de la mobilité des planteurs de coton à la
recherche
des terres moins acides.
L'utilisation des engrais chimiques a rehaussé la récolte
cotonnière dans
certains départements. Lors de la dernière campagne cotonnière
(1977-1998),
la production de coton dans le département de l'Atacora
(Septentrion), par
exemple, a atteint 48.000 tonnes alors qu'elle était de 12.000
tonnes la
campagne précédente.
La hausse a été identique dans toutes les régions cotonnières
avant de
chuter car la pratique cotonnière avec utilisation des engrais
chimiques
use gravement les sols de la région.
L'Etat béninois a essayé de mettre de l'ordre dans le secteur,
sans succès
car la production du Coton est devenue une question politique dans
ce pays.
André Katari déplore la situation mais déclare impuissant:
"l'Etat avait
tenté d'interdire le coton dans certaines régions mais ça n'a pas
marché".
Les paysans pensent que la production du coton est le seul moyen
pour eux
de “s'enrichir”. Du coup, les hommes politiques évitent
d'utiliser le
langage de la vérité en ce qui concerne les potentialités
agricoles de
chaque région de peur de perdre des voix lors des différentes
échéances
électorales. Les adversaires politiques peuvent également en tirer
des
arguments contre eux, indiquent des analystes.
Pour pallier cette situation de l'acidification des sols, "nous
ons de
combiner les engrais de manière à diminuer l'acidité du sol,
l'utilisation
d'une fumure unique d'oxyde de magnésium , selon André Katari.
Depuis 1994, la division agronomique de la culture cotonnière
expérimente la
culture du coton en couloir, c'est-à-dire la culture du coton
entre des
rangées d'arbres dont les feuilles mortes fertilisent directement
les
cultures de coton, ce qui diminue l'utilisation des engrais
chimiques.
Une fertilisation par les fanes de coton est également en
expérimentation.
Mais la culture du coton à base d'engrais et de produits
phytosanitaires est
difficile à ce jour au Bénin car la récolte n'est pas aussi
abondante que
lorsque l'on utilise les engrais chimiques.
Par exemple, pour la campagne 1997-1998, la production de coton
biologique (
avec engrais verts) a donné environ 350 kg/ha contre 1.400 kg/ha
pour le
coton à base d'engrais chimique.
Et même quand on sait que le coton à base d'engrais verts est
vendu à 300 F
CFA le kg contre 200 F pour l'autre, la production à base
d'engrais chimique
reste la plus rentable pour l'heure.
M. André Katari estime qu'il faut 10t/ha d'engrais biologique pour
fertiliser le sol. Or très peu d'agriculteurs béninois ont les
moyens
d'apporter dix tonnes de matières organiques par hectare.
Pour Katari, l'important n'est pas de produire en grande quantité
maintenant, mais il faut faire que la production de l'unique
produit de
rente soit durable.
"Si le coton est produit avec tout un respect, je pense que nous
pouvons
encore en produire pendant longtemps", dit-il.