MAKUENI, Kenya, 5 juil (IPS) – Un mercredi matin, dans la division de Mutitu-Andei, dans le comté de Makueni, l'une des régions les plus sèches du Kenya, la petite agricultrice Josephine Mutiso capte Radio Mang'elete 89.1 FM et écoute des experts en météorologie discuter des changements dans les précipitations dans le comté.

Dans le passé, Mutiso a appliqué une grande partie des conseils reçus de cette station de radio communautaire et a pu utiliser avec succès l'agriculture à fosses “zai” pour réhabiliter sa terre agricole sèche.

C'est une technique traditionnelle qui consiste à creuser des fosses d'environ 30 centimètres de profondeur et à les remplir avec du fumier et du sable. Quand il pleut, le mélange du sable et du fumier peut retenir l'humidité pendant une période plus longue, et il garantit que les éléments nutritifs des cultures sont concentrés dans les fosses.

“Je suis en train de l'essayer sur mon lopin de terre d’un hectare pour la première fois, et il est clair que les cultures d'épinards que j'ai plantées dans les fosses sont en meilleure santé que celles cultivées dans les sillons”, a déclaré Mutiso, 32 ans, mère d'un enfant.

Bien que le comté de Makueni dans la Province orientale du Kenya ait toujours été une région aride, au cours des 15 dernières années il y a eu un changement significatif dans les précipitations, qui sont devenues plus irrégulières. Par conséquent, Mutiso et d'autres agriculteurs dans la zone recourent à des méthodes agricoles alternatives.

Michael Arunga, conseiller en communications pour les situations d'urgence à 'World Vision – Africa', affirme que sur 10 saisons de pluies dans le comté de Makueni et la plus grande région de l’est du Kenya, seule une saison apporte suffisamment de pluies pour soutenir la croissance agricole.

“C'est une tendance émergente qui n'avait jamais existé il y a trois décennies lorsque les pluies rataient seulement une fois tous les deux ans”, a-t-il dit.

Les gens du coin en conviennent.

“Depuis le début de 2009 vers la fin de 2011, il n’y avait pas de précipitations pour assurer la plantation de quelque chose”, a déclaré à IPS, par le biais d'un interprète, Mzee Francis Kioko, un petit fermier originaire de la division de Mutitu-Andei.

Le comté de Makueni souffre d’une sécheresse persistante et de famine, et 56 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté dans la région.

En juin 2011, la sécheresse dans la région a été déclarée une catastrophe nationale et bon nombre de récoltes n’ont pas marché. En conséquence, la dépendance de l'aide alimentaire a augmenté. Selon le Programme alimentaire mondial, plus de deux millions de personnes au Kenya seul ont bénéficié de l’aide alimentaire d'urgence vers la fin de 2011.

L'insécurité alimentaire constante dans le comté de Makueni et dans la Province orientale est l'une des raisons pour lesquelles Radio Mang'elete a été créée en 2009. Le Programme communautaire de développement intégré de Mang'elete (MCIDP), un réseau qui rassemble 33 groupes d'entraide de femmes de la circonscription électorale de Nthongoni, dans le comté de Makueni, est propriétaire de la station.

“Le monde change très vite. De nouveaux défis émergent… Nous avons de nouvelles maladies, de nouvelles technologies, de nouvelles conditions climatiques, et par conséquent, le monde est complètement nouveau. Cependant, pour survivre dans ce nouveau monde, nous pensions que nous avions besoin d'un outil qui nous guiderait pendant que nous y faisons face”, a déclaré Sabina Mwete, présidente du MCIDP.

Les producteurs de la station organisent une grande partie de leurs programmes autour de l'adaptation aux changements climatiques.

La station a pu aborder des sujets comme la façon de planter des cultures résistantes à la sécheresse et de garder des animaux résistants à la sécheresse, tels que les chèvres. Ils ont également discuté de l'intégration des nouvelles technologies agricoles émergentes avec les méthodes agricoles traditionnelles, de l'utilisation d'intrants agricoles appropriés, et de nouvelles méthodes de contrôle des parasites et des maladies.

“Nous invitons généralement les gens qui sont soit des experts ou qui ont l'expérience appropriée sur ces questions dans le studio pour partager leurs connaissances avec nos auditeurs”, a souligné Dominic Mutua, le chef des programmes de Radio Mang'elete.

“Par exemple, pour informer la communauté sur le moment approprié pour la plantation, nous avons été obligés d'intégrer les prévisions météorologiques scientifiques avec les connaissances indigènes de prévision du temps”.

Et c'est quelque chose qui est très nécessaire dans les régions rurales du Kenya. Selon une étude réalisée en 2010 par la Fondation Heinrich Böll, intitulée “Vulnérabilité aux changements climatiques et préparation de l’adaptation au Kenya”, la sensibilisation sur les changements climatiques au Kenya est encore très faible. La recherche a cité les résultats d'un sondage réalisé entre 2007 et 2008 par l’institut Gallup, qui a révélé que seulement 56 pour cent des Kényans ont déclaré avoir des connaissances sur le réchauffement climatique. La majorité de ceux qui ignorent la situation, a indiqué l'étude, était les pauvres ruraux.

Alors que les petits fermiers dans la région profitent des connaissances diffusées sur Radio Mang'elete, le MCIDP en a également bénéficié. Chacun de ses 33 groupes membres est impliqué dans divers projets agricoles liés au climat, qui comprennent des initiatives dans l'horticulture et des projets qui mettent l'accent sur l'irrigation et l'utilisation de l'eau domestique.

“Nous avons noté un changement positif, en particulier dans la façon dont les gens s'adaptent aux changements climatiques. Et ils l'attribuent aux informations apprises de Radio Mang'elete. Cela nous donne beaucoup de fierté”, a déclaré Mwete.

*Cet article est l’un d’une série appuyée par le Réseau de connaissances sur le climat et le développement.