ZAMBIE: Plus besoin "d’attendre que les mangues mûrissent"

LUSAKA, 7 mars (IPS) – Il y a huit ans, lorsque le mari de Mary Sitali divorçait d’elle, en envoyant une lettre traditionnelle à ses parents, disant qu'il ne voulait plus d’elle et qu’elle pouvait se remarier, elle est retournée dans son village en Zambie rurale avec leurs deux enfants, sans aucun moyen de subvenir à leurs besoins.

Son mari avait notamment indiqué dans sa lettre que les parents de sa femme pouvaient “la marier à un homme de votre choix – qu'il soit un homme de grande ou de petite taille, le choix étant entièrement le vôtre”. A la maison, dans le village de Kandiana, dans la province occidentale de la Zambie, son feu père l’avait autorisée à exploiter ses deux lopins de terre, d’environ un quart d'hectare chacun, alors que Sitali, à l’époque 51 ans, attendait qu’un autre homme l'épouse, pendant que son père continuait de conserver la propriété de la terre. Le village est situé sur les franges de la plaine inondable de Barotse, environ 190 kilomètres de long et 70 km de large, qui est inondée pendant la saison des pluies qui commence à la fin de janvier. L’un des lopins de terre que le père de Sitali l’avait autorisée à exploiter était près de cette plaine inondable et elle a pu planter des semences de riz traditionnel localement appelé “Angola”. La deuxième demande en mariage n'est jamais venue. Mais grâce à ses efforts en tant que rizicultrice, Sitali a pu subvenir partiellement aux besoins de ses enfants, sa mère, et même des trois enfants de son frère défunt. Mais Sitali est ce que l'organisation non gouvernementale (ONG) 'Concern Worldwide' qualifie “d’agricultrice marginale” parce que bien qu’elle travaille dur, la nourriture qu'elle produit n'est généralement pas suffisante pour nourrir sa famille pendant toute l'année. D’autres agricultrices comme Sitali ont dû également rester affamées durant des mois, en particulier vers le début et la fin des récoltes. Le riz n’a jamais été une culture de rente prise au sérieux en Zambie, en dépit de sa capacité à réduire la pauvreté et la faim chronique. Dans les statistiques sur les récoltes de 2010 du ministère de l'Agriculture, il ne figure pas parmi les 10 premières cultures de rente du pays, qui comprennent le maïs, le manioc, le blé – des cultures de rente principalement pour des fermiers commerciaux blancs – et les arachides. Pour cette raison, il a toujours été hors du panier de cultures qui reçoivent des subventions agricoles de la part du gouvernement. Mais Sitali est un membre de la 'Nañoko Cooperative Association' (Association coopérative Nañoko), qui négocie en faveur d’un appui agricole pour ses membres à la fois auprès du gouvernement et de la société civile. C’est l'une des plus de 87 associations coopératives de ce type dans le pays auxquelles appartiennent les agricultrices. Selon des statistiques gouvernementales, plus de 1,5 million de femmes travaillent dans l'agriculture, soit en tant qu’ouvrières ou en tant que petites agricultrices. La plupart sont semi-analphabètes ou analphabètes et n'ont reçu aucune formation formelle dans les pratiques agricoles. Toutefois, des ONG comme 'Concern Worldwide', 'Civil Society for Poverty Reduction' (Société civile pour la réduction de la pauvreté), 'Pelum Association', 'Keepers Zambia Foundation', 'Action-Aid International', 'Oxfam International' et beaucoup d'autres appuient les agricultrices de la Zambie par la formation, des semences, des engrais, des animaux de ferme, et du matériel agricole. Et maintenant, le gouvernement a commencé à subventionner les producteurs de riz. “Sous le 'Farmer Input Support Programme' (Programme d'appui aux intrants agricoles) du gouvernement, nous donnons maintenant aux riziculteurs deux sacs d'engrais chimiques subventionnés – un basal, et un en surface… Ils reçoivent également un sac de 10 kilogrammes de semences de riz”, a indiqué George Muleta, un agent de terrain pour le ministère de l'Agriculture. Sur le marché libre, les engrais peuvent se vendre jusqu’à 37 dollars pour un sac de 50 kg, mais avec la subvention, ils coûtent seulement 10 dollars. La province occidentale est la région la plus pauvre en Zambie, selon le recensement national organisé en 2000 dans le pays. Ici, il y a près de deux millions de ménages, et des femmes comme Sitali, qui sont soit divorcées, veuves soit célibataires, dirigent jusqu'à 19 pour cent de ces maisons. Et 13.750 femmes de cette province sont actuellement engagées dans la culture du riz, selon le ministère de l'Agriculture. Patrick Chibbamulilo, un chargé principal de programmes à l'Agence japonaise de coopération internationale, a déclaré qu’entre 1988 à 2008, la production nationale de riz en Zambie est passée d'environ 9.293 tonnes métriques à près de 24.023 tonnes. Mais en seulement trois ans, de 2007 à 2010, elle est passée de 18.317 tonnes métriques à 53.000 tonnes – un bond d'environ 288 pour cent. La riziculture en Zambie est toujours rudimentaire puisque le rendement à l'hectare est seulement de 1,44 tonne métrique, par rapport à la moyenne africaine de 2,5 tonnes métriques par hectare et la moyenne mondiale de 4,15 tonnes par hectare, selon les archives de l'Institut international de recherche sur le riz. Pour les femmes de la province occidentale, la culture du maïs n'a pas été une option viable parce que le sol ici ne favorise pas sa croissance. Bien qu'il puisse pousser sur la plaine inondable, il sera balayé par les crues saisonnières de janvier à mai avant de mûrir. Mais Sitali et d'autres femmes ici ont maintenant bénéficié de l'introduction d'une nouvelle variété de semences de blé, localement appelée 'Nduna'. “Nous souffrions de faim dans les mois difficiles de septembre, octobre et novembre – avant que les mangues ne mûrissent”, a indiqué Sitali. “Mais cela n’existe plus, et tout ceci grâce à 'Nduna'”. 'Nduna', en Silozi, la langue locale de la province, est le titre d'un chef traditionnel, mais le ministère de l'Agriculture a introduit une variété de semences de blé du même nom en 2010. Et elle a été spécifiquement développée pour les zones humides de l'ouest de la Zambie, a expliqué Muleta.