BULAWAYO, Zimbabwe, 27 déc (IPS) – Duduzile Sibanda prend une pause de la préparation de sa longue portion de terre pour sa culture de maïs dans les régions rurales de Mberengwa, au Zimbabwe dans la province des Midlands. Elle essuie son front sous le soleil brûlant, et regarde vers le haut.
Les nuages clairsemés constituent une cause de préoccupation puisqu’elle examine le ciel et se demande quand les “cieux vont envoyer la pluie”.
Petite exploitante agricole tout au long de sa vie, cette grand-mère de 57 ans s’inquiète au sujet des pluies tardives de cette saison. Même les connaissances autochtones qu’elle a utilisées toute sa vie pour étudier les saisons ont échoué. La saison de plantations commence souvent là-bas en octobre avec les pluies, mais au début de décembre, la pluie ne s’annonce même pas encore. “Nous nous dirigeons vers une nouvelle sécheresse”, songe-t-elle avec une frustration palpable.
Après la mauvaise récolte de l’année dernière, Sibanda ne souhaite pas envisager une autre année de faible rendement, notamment ici dans les zones rurales où les villageois cultivent leur propre nourriture. Sibanda se retrouve au centre des préoccupations croissantes du changement climatique qui ont modifié la saison des récoltes, en tournant sur leur tête de longs cycles de plantation suivis. Traditionnellement, la saison de plantation commence au début du mois d’octobre au Zimbabwe. “Nous avons toujours examiné le ciel pour connaître le début de la saison. A présent, nous n’en savons plus rien”, déclare Sibanda à IPS.
Jennifer Nkomo, la voisine de Sibanda a affirmé qu’elles sont toutes conscientes de la menace que constituent les mauvaises récoltes et craignent que l'arrivée tardive des pluies ne signifie qu’elles se dirigent vers une assistance alimentaire.
“Nous avons toujours voulu nous nourrir de nos propres cultures, mais sans les pluies cela n'arrivera pas et nous ne pouvons pas nous permettre de maudire les cieux”, indique Nkomo, exprimant la frustration qui est devenue palpable au sein des petits exploitants agricoles.
“Nous voulons seulement que les cieux s’ouvrent”, dit-elle. Mais même quand les pluies arrivent, les niveaux ne sont plus les mêmes que par le passé. Selon le ministère des Services météorologiques du Zimbabwe, des pluies qui sont en “deçà de la normale” ont commencé le 18 décembre, plus de deux mois après leur attente dans la province de Midlands. Le Réseau de connaissance sur le climat et le développement (CDKN), qui travaille avec le gouvernement zimbabwéen pour formuler une politique sur le changement climatique, affirme que les premières recherches sur l'impact du changement climatique indiquent que le pays devra faire face aux changements des précipitations, à l’élévation de la température et aux événements météorologiques les plus extrêmes, comme les inondations et les sécheresses.
Le CDKN affirme que des sécheresses plus longues et plus fréquentes pourraient réduire considérablement la récolte des cultures, y compris celle du maïs – l’aliment de base du pays.
Sobona Mtisi, un expert du changement climatique, qui est à la tête des recherches du CDKN au Zimbabwe, indique que “le changement du climat a une incidence négative sur la production”. “Compte tenu de l'évolution perceptible du climat, ce changement est également marqué par de fréquentes sécheresses”, ajoute Mtisi.
Le Syndicat des fermiers commerciaux de Zimbabwe (ZCFU) affirme que les petits exploitants agricoles à travers le pays ont connu la baisse de leur rendement entre 50 et 75 pour cent cette année par rapport au rendement en 2000. Le Zimbabwe a connu de mauvaises récoltes successives dues à l’interruption des activités agricoles après le lancement du programme de réforme agraire en 2000, et aux changements climatiques.
Les récoltes sont seulement de 800.000 tonnes cette année contre 1,2 million de tonnes attendues, selon le ZCFU. Des inquiétudes ont été soulevées quant par rapport aux méthodes agricoles alternatives pour atténuer les effets du changement climatique. Aujourd'hui, le Zimbabwe est devenu un grand importateur de maïs des pays voisins, dépensant 270 millions de dollars pour importer un million de tonnes de maïs cette année. “Les petits exploitants agricoles ont particulièrement été touchés par les changements climatiques car ils n'ont aucune idée du moment où il faut planter ou non, puisque les systèmes de connaissances qu'ils utilisent s'avèrent inutiles”, explique Josh Manyora, de la Surveillance de l'environnement en Afrique.
“En l'absence des programmes qui enseignent aux gens dans la plupart des zones rurales reculées sur la météo, le climat et les nouvelles techniques agricoles qui répondent aux défis du changement climatique, je pense que nous aurons ces problèmes tous les ans”, indique Manyora.
Face aux signes qui montrent que le pays ne sera pas en mesure de produire suffisamment pour nourrir ses habitants, l’observateur de la sécurité alimentaire des Etats-Unis a annoncé en novembre que plus d’un million de Zimbabwéens auront besoin d'aide alimentaire l’année prochaine. La sécurité alimentaire reste liée aux défis posés par le changement climatique, selon le Groupe d'analyse des systèmes climatiques, qui a noté que les systèmes agro-alimentaires pluviaux en Afrique portent le fardeau du changement climatique.
L'Alliance pour la révolution verte en Afrique (AGRA) déclare que “pour des centaines de millions de personnes en Afrique, le changement climatique ne consiste pas à réduire les émissions de fumées ou à éteindre les lampes électriques. Leur problème est de savoir s’ils auront assez à manger ou non”.
Sibanda et Nkomo sont très bien conscientes de cela. Mais elles ne sont que deux parmi plus de 70 pour cent d’Africains – dont la majorité sont des femmes – qui selon AGRA, comptent sur l'agriculture pour leur survie.

