SOUDAN DU SUD: Les femmes veulent protéger leurs droits dans un jeune Etat

WASHINGTON, 20 déc (IPS) – Le Soudan du Sud ayant proposé des pistes de réflexions sur son avenir économique à la récente Conférence de l’engagement international (IEC) à Washington, les femmes du nouveau pays invitent les donateurs à investir dans des projets assurant que les femmes bénéficient équitablement des plans de développement.

Soulignant que les femmes ont joué un rôle crucial dans le référendum qui a fait du Soudan du Sud un pays indépendant en juillet – 52 pour cent des électeurs de ce référendum étaient des femmes – Les femmes sud-soudanaises ont fait pression pour des mesures qui aideraient à assurer une forte présence féminine dans les secteurs incluant le gouvernement, l'agriculture et l'économie.

La IEC, organisée la semaine dernière par l'Agence américaine pour le développement international (USAID), a réuni des dirigeants du Sud Soudan et un groupe de pays riches, des groupes d'aide étrangère et des investisseurs privés pour élaborer un Plan de développement du Soudan du Sud, un modèle pour les politiques sociales et économiques du jeune Etat.

Des groupes comprenant la Société financière internationale, la Banque mondiale, les Nations Unies, l'Union européenne, l'Union africaine, le Conseil des entreprises en Afrique et l'interaction, des officiels du Royaume-Uni, de la Norvège et de la Turquie étaient également présents.

La conférence, qui s'est achevée le 15 décembre, s’est déroulée au milieu de la poursuite des violences dans les Etats frontaliers encore disputés du Sud-Kordofan et du Nil Bleu.

Le Soudan du Nord accuse l’Armée de Libération du peuple soudanais de fournir des armes aux rebelles des deux Etats tandis que des groupes internationaux de défense des droits humains affirment que le Nord a bombardé sans discernement les populations civiles des deux Etats et a refusé l’accès des agences humanitaires de secours à la région.

Pendant que la IEC se déroulait à Washington, les délégués des femmes sud-soudanaises avaient exhorté les personnes présentes à reconnaître le rôle des femmes dans la consolidation de la paix et leur droit à s’asseoir à la table de la planification de l'avenir du pays.

Les femmes ont recommandé que 25 pour cent de tous les investissements dans l'agriculture et l'élevage commercial soient destinés aux femmes, ce qui “augmenterait leur productivité alimentaire, leur esprit d'entreprise, et leur accès aux marchés”. La grande majorité des agriculteurs du Soudan du Sud sont de petites agricultrices, et la guerre a laissé le Soudan du Sud avec un grand nombre de femmes comme chefs de ménages.

“Nous voulons que l’aide cible les femmes en particulier”, a déclaré Sarah James, une militante des droits de l’Homme et présidente de l’Association générale des femmes du Soudan du Sud. “Nous ne pouvons pas présumer que cela parviendra jusqu’à elles”.

S’adressant à une grande foule d'investisseurs et bailleurs de fonds étrangers réunis le premier jour de la conférence, James les a exhortés à considérer les femmes comme des partenaires égaux pour la paix et le développement durable dans le pays.

L'Institut pour la sécurité inclusive de l'ONU-Femmes a organisé un symposium sur le genre en prélude à la IEC où les femmes ont exposé brièvement leurs recommandations. Le symposium a marqué un effort de facilitation de l'accès des femmes sud-soudanaises à la prise des décisions sur l'avenir du nouveau pays.

Cet effort est important car selon l'institut, le redressement post-conflit et le développement du secteur privé dans d'autres pays où les guerres ont pris fin ont “le plus souvent retourné le pouvoir et les opportunités économiques aux élites de sexe masculin”.

Les recommandations des femmes comprennent un plan visant à doubler l'alphabétisation des femmes de 12 à 25 pour cent ainsi qu’à s’assurer que la moitié des revenus pétroliers affectés aux collectivités par le fonds communautaire de développement soit destinée à la sécurité sanitaire, économique et physique des femmes.

Un plan bancaire avec un capital de démarrage de 10 millions de dollars pour les femmes a été également proposé afin de leur offrir des prêts accessibles, à faible taux d'intérêt pour leurs propres entreprises.

“Les gens ramènent chez eux les expériences qu’ils ont acquises dans d'autres pays au cours de leur déplacement”, a affirmé Mary Kojo, qui s’était elle-même déplacée pour un temps vers Khartoum. Elle travaille actuellement avec le ministère du Genre, de l’Enfance et du Bien-être social, et a œuvré à monter de petites entreprises pour les femmes.

Les femmes sont bien qualifiées pour travailler dans tous les secteurs de développement du Soudan du sud, a-t-elle souligné. “Nous avons la capacité. Seulement, on ne nous donne pas l'opportunité”, a déclaré Kojo à IPS. “C'est pourquoi nous sommes ici – nous voulons notre voix partout où les hommes ont la leur”.

La liste des priorités des femmes sud-soudanaises comprend les services de base comme les meilleures écoles et les meilleurs hôpitaux. Selon l'ONU, la marge de progression est importante, avec une femme enceinte sur sept qui meurt des causes liées à la grossesse dans le Soudan du Sud.

Les déléguées des femmes ont également indiqué que de petits prêts pour les femmes sud-soudanaises pourraient aider à accroître la participation des agricultrices au marché des vivres et des légumes, un secteur dans lequel les femmes des pays voisins comme le Kenya, l'Ethiopie et l'Ouganda dominent actuellement en raison de leur accès au capital de démarrage, ont déclaré les femmes à IPS.

Les femmes ont également exhorté le gouvernement à continuer d'appliquer le quota de 25 pour cent actuellement en place pour les femmes à tous les niveaux du gouvernement.

Cette conférence est la première du genre, connue dans le monde de l'aide comme une “conférence des bailleurs de fonds”, pour impliquer les femmes de la société civile dans toutes les sessions, y compris la planification des séances pour la gestion des revenus provenant du pétrole, la prestation des services sociaux, la gouvernance et l'environnement. Anne-Marie Goetz, chef du programme pour la paix et la sécurité de l'ONU-Femmes, a déclaré que l’implication des femmes dans la planification du développement a un sens, non seulement d’un point de vue des droits, mais aussi économiquement. Le secteur agricole est juste un exemple.

“Investir dans la production agricole des femmes est un moyen d'assurer le développement des marchés ruraux et la stabilité de la communauté parce que les femmes investissent dans leurs communautés”, a affirmé Goetz. Elle a ajouté que les statistiques ont prouvé que les femmes investissent 90 pour cent de leur revenu pour le bien-être de leur famille, comparativement aux 40 pour cent que les hommes investissent.

“Si les femmes n’assistent pas aux conférences, alors il n'y a pas de pression pour les quotas, ni pour les droits fonciers des femmes… il n'y a pas de pression pour la justice pour les crimes de guerre”, a ajouté Goetz.

Mais pourquoi fallait-il autant de temps pour impliquer les femmes? Goetz a affirmé que c’est parce que la communauté internationale a été lente à reconnaître que les femmes ont des priorités et des perspectives spécifiques qui sont perçues de façon inadéquate par les gouvernements.

Goetz a déclaré à IPS: “Maintenant, il est de plus en plus reconnu que vous ne pouvez pas instaurer la bonne gouvernance et avoir de solides fondements économiques sans impliquer la moitié de la population”.