SOMALIE: L’aide diminue et des maladies se propagent

MOGADISCIO, 25 nov (IPS) – Les médecins à Mogadiscio indiquent que les victimes de la famine dans les camps de personnes déplacées à l’intérieur (PDI) sont devenues vulnérables aux maladies contagieuses comme le choléra et la rougeole, puisque les conditions sont ici réunies pour une épidémie.

Cela survient puisque des PDI se plaignent de ce que l'aide humanitaire accordée à certains camps a diminué ou est arrêtée.

Dr Abdi Ibrahim Ahmed, le chef d'un groupe de médecins bénévoles somaliens qui aident les victimes de famine vivant dans des camps en dehors de Mogadiscio, a déclaré à IPS que l'assainissement dans les camps est préoccupant et que beaucoup de personnes n'ont pas accès à l'eau potable.

“Les conditions dans les camps sont bien réunies pour les maladies mortelles. Les médecins sont prêts à contribuer de leur temps, de leurs connaissances et de leur énergie, mais nous demandons au gouvernement somalien de prendre au sérieux nos avertissements”, a indiqué Ahmed à IPS.

Il a affirmé que les gens dans des camps de PDI ont contracté diverses maladies, y compris des infections respiratoires supérieures et inférieures, la rougeole, le paludisme et la méningite.

Ahmed a déclaré que des unités médicales de secours doivent être installées dans les camps, ajoutant qu’une amélioration de l'assainissement est nécessaire pour aider à prévenir la propagation des maladies.

“Si des pluies torrentielles tombent et qu’il n'y a pas d'équipes mobiles opérant dans les camps, je crains que des maladies contagieuses tuent beaucoup de personnes”, a expliqué ce médecin à IPS.

Bien que l'aide internationale continue d’être apportée à la Somalie, les efforts d’aide humanitaire dans certains camps ont diminué ou cessé.

Le camp de Sigale à la périphérie de Mogadiscio abrite plus de 3.000 personnes, selon le président du camp, Mohamed Hassan Sheik Abdi. Cependant, ils n'ont pas reçu d'aide humanitaire depuis début août.

“Nous avons reçu notre dernière aide alimentaire du Qatar dès les premiers jours du Ramadan. Depuis ce temps, personne n'est venu vers nous. Nous avons seulement entendu à la radio que l'aide provenant de la communauté internationale arrive quotidiennement et que la distribution des vivres se poursuit dans certains camps de PDI”, a souligné Abdi à IPS.

Il a dit que tous les matins, des mères et des pères venant du camp vont en ville où ils quémandent la nourriture et la charité.

“Ils reviennent avec ce qu'ils ont reçu dans la soirée et nourrissent leurs enfants qui n’ont pas mangé toute la journée”, a-t-il ajouté.

Les conditions de vie se détériorent ici rapidement.

Bien que le Fonds des Nations Unies pour l'enfance ait construit quelques toilettes dans les camps de PDI de Sigale et d’autres, celles-ci ne sont pas suffisantes pour répondre aux besoins de la population croissante de ces camps. Tandis que les adultes forment de longues queues pour utiliser les quelques toilettes à Sigale, les enfants choisissent de déféquer à l'extérieur.

Il y a également un manque d'eau chronique et les femmes sont obligées de parcourir de longues distances avant de trouver de l'eau.

Il n'est pas étonnant que l'eau à boire soit contaminée et ait conduit à un certain nombre de cas de diarrhée aqueuse, qui constitue aujourd'hui l'une des principales causes de décès dans les camps.

Selon Abdi, 10 personnes, essentiellement des enfants de moins de cinq ans, sont mortes de diarrhée aqueuse, de la coqueluche et de la diphtérie à Sigale depuis fin septembre.

Depuis août, au moins 38 personnes à Sigale et dans quatre d’autres camps environnants de PDI sont mortes de diarrhée aqueuse et d'autres maladies.

L'organisation humanitaire non gouvernementale 'Qatar Charity' était l'une des premières agences à arriver en Somalie avec une aide pour les victimes de la famine et de la sécheresse. Cette sécheresse a été considérée comme la pire dans la région d’Afrique de l'est en plus de 60 ans.

Duran Ahmed Farah, directeur de 'Qatar Charity' en Somalie, a déclaré à IPS que son agence a fourni une aide alimentaire à des milliers de Somaliens et qu’elle projette maintenant de s'attaquer aux problèmes d'assainissement et de santé dans les camps.

“Nous avons d'abord essayé de mener une campagne salvatrice parce que les gens mouraient de faim et voulaient quelque chose à manger. Maintenant, nous allons mettre en place des équipes médicales mobiles qui fourniront des soins de santé dans les camps de PDI”, a expliqué Farah à IPS.

Il a ajouté que les agences humanitaires n'ont pas arrêté leurs efforts d’aide mais qu’elles nourrissent les nouveaux venus à Mogadiscio.

“L’énorme besoin ici ne peut être satisfait dans un bref délai”, a-t-il souligné.

En attendant, l'organisation humanitaire 'Usmani Community Centre' (Centre communautaire Usmani) a commencé à creuser des puits dans certains camps.

“Nous avons creusé des puits dans deux camps dans les districts d’Hamar-Weyne et d’Abdel Aziz. En janvier, nous projetons de creuser des puits dans les sept camps qui ont le plus grand nombre de PDI à Mogadiscio”, a déclaré à IPS, Abdulaahi Mohamed Saneey, représentant somalien de l’organisation caritative.

Mohamed Abdullahi Arig, porte-parole du gouvernement somalien à Mogadiscio, a expliqué à IPS que le gouvernement avait besoin d'aide pour éviter une éventuelle épidémie de choléra et prévenir la propagation d'autres maladies contagieuses dans les camps.

“Le gouvernement est plus vigilant, mais notre capacité est trop petite. Nous avons besoin de l'aide de la communauté internationale dans ce secteur”, a précisé Arig.