ENVIRONNEMENT: Pays forestier, le Congo plante toujours des arbres

BRAZZAVILLE, 17 nov (IPS) – Quelque 166.000 arbres plantés le 6 novembre dernier à Yié, village situé à 60 km au nord de Brazzaville, la capitale congolaise, ont marqué le lancement du Programme national d’afforestation et de reboisement (PRONAR) visant la plantation d’un million d’hectares d’arbres en dix ans.

“Nous voulons envoyer un signal fort au monde dans la lutte contre la déforestation et les changements climatiques”, a déclaré le président Denis Sassou Nguesso, plantant un eucalyptus sur ce site.

A Loudima, dans le sud-ouest, 750 hectares d’acacias et d’eucalyptus ont été plantés, et 300 hectares à Kintele, à 30 km au nord de Brazzaville. Dans la cité forestière de Ngouha II, au sud-ouest, quelque 200 hectares de limba (arbre exploité pour son bois) ont été plantés par le Service national de reboisement (SNR).

Sur l’ensemble du pays, le SNR boise régulièrement les savanes. En 2010, 206,06 hectares d’arbres ont été plantés, contre 176 hectares en 2009. Sur la ceinture côtière et continentale de la ville de Pointe-Noire (au sud), 45.000 hectares d’eucalyptus et de sapins ont été plantés entre 1978 et 2000.

Le Congo est le premier pays à expérimenter en 1975 le clonage et le bouturage des eucalyptus. La loi a institué, depuis 1986, le 6 novembre comme journée nationale de l'arbre.

Malgré sa dense couverture forestière de 22 millions d’hectares, soit 65 pour cent du territoire national, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation (FAO), le Congo continue de planter les arbres, essentiellement sur les 10 millions d’hectares de savane. “Notre ambition est de faire que le Congo ne soit pas surpris par la déforestation, ni ne subisse les effets de changements climatiques”, a expliqué Henri Djombo, ministre en charge des forêts.

“Nous nous intéressons au marché de carbone, il nous faut par conséquent des forêts”, a indiqué à IPS Rosalie Matondo, coordonatrice du PRONAR. “Actuellement, les forêts artificielles sont détruites par les populations. Il faut replanter pour éviter de dégrader le sol qui a été couvert pendant longtemps par le bois”, a affirmé Faustin Ngoulou, chercheur au Centre d’étude des ressources végétales de l’université de Brazzaville.

“Nous fournissons gratuitement des plantes à croissance rapide aux coopératives que nous aidons aussi à aménager les terrains”, a dit Jean Sylvestre Loembet, directeur du SNR, ajoutant qu’en 2010, le SNR a produit 89.100 plantes contre 70.124 en 2009 dans ses pépinières.

“J’ai planté en 2005 deux hectares d’acacias”, fait savoir Jonas Nguimbi, agriculteur dans la Bouenza, au sud-ouest. Il a envisagé de les vendre bientôt comme bois de chauffe et pour d'autres usages domestiques. Le million d'hectares d’arbres prévus en dix ans par le PRONAR sera plus concentré dans les régions de savanes comme les Plateaux, au centre; le Pool au sud et la ville côtière de Pointe-Noire.

Voisin de Brazzaville, le Pool a perdu toute sa couverture forestière en moins de 20 ans, d’après le Conseil départemental. “Ma crainte, c’est de voir le Pool devenir un désert, si on ne replante pas les arbres qu’on ne cesse de couper”, s’est inquiété, Prosper Mayembo, ancien directeur départemental de l’Environnement dans le Pool.

Le gouvernement a lancé un appel de fonds aux partenaires internationaux pour financer le PRONAR. Ce projet coûtera 2,4 milliards de dollars, mais le Congo ne dispose que de 400 millions de dollars. “Nous demandons à nos partenaires de se joindre à nous pour financer la plantation des espaces encore vides”, a dit Djombo.

D’après les autorités, le PRONAR créera 50.000 emplois. En 2012, un premier centre de métiers de bois sera ouvert dans le pays, alors que l’Etat astreindra les sociétés forestières de transformer sur place les 85 pour cent du bois exploité.

Au Congo, le bois est, avec 5,3 pour cent du Produit intérieur brut, le deuxième produit d'exportation après le pétrole. Cette part du bois n'était que de deux pour cent à la fin des années 1990. D'après le gouvernement, le secteur forestier représente 10 pour cent des emplois officiels.

Le pays regorge du cinquième des forêts du Bassin du Congo qui représentent au total 140 millions d’hectares, soit le tiers de la superficie des six pays qui le couvre: Congo-Brazzaville, Centrafrique, Gabon, Cameroun, Guinée Equatoriale et République démocratique du Congo (RDC). La FAO indique que le Bassin du Congo perd chaque année 800.000 hectares des forêts, du fait de l’action de l’homme.

En RDC, par exemple, la déforestation atteint chaque année 0,27 pour cent des 130 millions d’hectares de ses forêts. Greenpeace a noté que depuis 2009, 243 contrats d’exploitation forestière ont été délivrés pour 43 millions d’hectares, un territoire grand comme le Royaume uni. Elle a estimé que la RDC pourra perdre jusqu’à 50 pour cent de ses forêts d’ici à 2050 avec une telle exploitation forestière.

Le Gabon, qui a déjà perdu 31 pour cent de ses 17 millions d’hectares de forêts, fait face à 0,7 pour cent d’hectares de taux de déforestation annuel.

D’après l’étude de l’ONG américaine 'Woods Hole Reacherh' publiée en juin 2011, en moyenne, “la construction des routes dans les forêts représente 38 pour cent de la longueur totale de toutes les voies de circulation dans le Bassin du Congo, et même 60 pour cent au Congo-Brazzaville et au Gabon”.