ABIDJAN, 21 juil (IPS) – Le gouvernement ivoirien a procédé au dédommagement des petites et moyennes entreprises (PME) sinistrées pour relancer une économie ébranlée par quatre mois de crise postélectorale dans le pays. L'enveloppe allouée s'élève à six milliards de francs CFA (environ 13 millions de dollars).
Cette décision, intervenue le 15 juillet, s’explique par le fait que le secteur privé en Côte d’Ivoire est dominé par les PME, les micro-entreprises, ainsi qu’un vaste secteur informel, selon le ministère de l’Economie. Le ministère estime à environ 18 pour cent les contributions des PME au produit intérieur brut (PIB) de la Côte d’Ivoire où elles totalisent ensemble 23 pour cent des emplois formels. Par ailleurs, un allègement fiscal de 34 milliards FCFA (environ 74 millions de dollars) en faveur des banques a été annoncé le 19 juillet par le ministre de l’Economie, Charles Diby Koffi, afin que ces institutions financières puissent soutenir les entreprises par des prêts. “La relance économique constitue l’une des priorités du gouvernement. Il est donc impérieux d’accompagner les PME afin d’éviter non seulement une explosion du taux de chômage, qui est de plus de 25 pour cent, mais aussi de donner de l’oxygène aux responsables des entreprises pour les inciter à poursuivre leurs activités”, affirme Michel Koné, inspecteur des finances au ministère de l’Economie. Des vitres encore éparpillées, des locaux décoiffés laissant l’intérieur inondé par l’eau de pluie, les deux entreprises de vente de mobiliers appartenant à Florent Amédée, tombent en ruine depuis trois mois à Marcory, au sud d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Accompagné de trois de ses employés, Amédée, 38 ans, entreprend de faire le ménage, le 17 juillet. “Nous allons rouvrir d’ici trois à quatre semaines. Le temps que les commandes passées en Europe et en Asie arrivent, nous remettons nos locaux dans un meilleur état”, explique-t-il à IPS. Selon Amédée, son entreprise emploie 32 personnes, dont cinq contractuels. Après l’évaluation des dégâts causés par les pillages de fin mars et d’avril 2011, il relève une perte de quelque 35 millions de francs CFA (environ 76.000 dollars). “J’ai été obligé de mettre tout le personnel au chômage technique sans un centime dès la fin du mois de mars et ils ne perçoivent rien. Aujourd’hui, il y a un espoir qui a été annoncé par le gouvernement, alors nous revenons reprendre notre place, en espérant que cela sera pour de bon”, indique-t-il. Son livreur, Ousmane Kamara, exprime à IPS la joie de son retour prochain à son poste. “Nous travaillons pour nourrir une famille nombreuse. Alors quand on n’a pas de salaire pendant deux mois, c’est vraiment une catastrophe”, dit-il. Avec six personnes à sa charge, Kamara gagne mensuellement 85.000 FCFA (environ 185 dollars). A Cocody, un quartier de l’est d’Abidjan, Sandrine Dagou, 43 ans, a vu son supermarché éventré. Sa livraison de la troisième semaine de mars ainsi que les produits en rayons avaient été emportés. Le tout évalué à 10 millions FCFA (environ 22.000 dollars). “Ils (les pilleurs) ne m’ont même pas laissé une boîte de sardines. Si le supermarché est de nouveau fonctionnel, c’est en partie grâce à mon épargne”, affirme Dagou à IPS. “Mon personnel de 13 personnes a souffert deux mois durant. Maintenant, la moitié a repris les activités. Avec l’aide de l’Etat, nous allons investir et remettre tout le monde au travail”, ajoute-t-elle. Au plus fort des affrontements entre les soldats pro-Gbagbo et pro-Ouattara, début avril, de nombreuses entreprises, dont celles d’Amédée et Dagou, ont été pillées, dont une cinquantaine a fermé les portes, selon la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire. Elle a estimé leurs pertes à environ 1.000 milliards FCFA (environ deux milliards de dollars). “Les pertes sont tellement importantes qu’il faudra un an, voire deux ans à la Côte d’Ivoire pour renouer avec la croissance”, soutient Issiaka Sangaré, un économiste basé à Abidjan. Il indique cependant que ce programme d'aide aux PME ne pourra réussir que s’il y a un minimum de garantie sécuritaire. “Il faudrait que le pays retrouve la sécurité. Nous sommes en ce moment dans une situation où beaucoup d’hommes sont en armes et il y a toujours des tracasseries et de racket. Cela ne rassure guère les hommes d’affaires et les entreprises”, souligne Sangaré.

