MANZINI, Swaziland, 6 juil (IPS) – La région d'Afrique australe sous-exploite ses eaux – une ressource à laquelle ses citoyens ont déjà un accès limité, affirment des spécialistes de la question.
Le professeur Mike Muller de 'Global Water Partnership' (Partenariat mondial de l’eau) a déclaré aux experts de l’eau, de l’environnement, des changements climatiques et aux organisations de la société civile d'Afrique australe que la fourniture de l'eau aux populations est le plus grand obstacle parmi les pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).
“C'est vrai que les pays d'Afrique australe sont sous le stress de l’eau”, a indiqué Muller. “Cela va s'aggraver avec l'augmentation de la population et l'effet des changements climatiques”. Cela a entraîné l'intensification de la pauvreté et de l'insécurité de l'eau dans la région, a déclaré Muller, au cours du Dialogue de la SADC sur l'eau, organisé du 28 au 29 juin à Manzini, au Swaziland.
Il a affirmé qu’alors que la perception est que les pays ayant de vastes déserts, tels que le Botswana et la Namibie, sont ceux qui ne disposent pas de quantités suffisantes d'eau par personne, la réalité est que l'Afrique du Sud et le Malawi sont en tête en termes de manque d'accès à l'eau.
L’astuce, c’est la taille des investissements dans les infrastructures de l'eau et comment l'amener plus près des populations, une force qui fait défaut à tous les pays de la SADC.
Bien que le Mozambique soit en tête en termes de disponibilité de l'eau, avec 11.320 mètres cubes par personne par an, le pays n’exploite que 0,3 pour cent de ses ressources. Sur ses 1.110 mètres cubes par personne par an, l’Afrique du Sud utilise 31 pour cent de ses ressources et elle est le premier pays en termes d’utilisation de l'eau.
Il a indiqué que la région n'a pas réussi à exploiter ses ressources en eau pour produire suffisamment de nourriture à travers l'agriculture et l'énergie hydroélectrique. “L'agriculture industrielle pourrait transformer la région”, a-t-il dit.
En effet, s’il y a une exploitation adéquate de l'eau pour promouvoir l'agriculture, la région pourrait également réaliser l'efficacité énergétique grâce à la bioénergie. Les entreprises dans le secteur de la canne à sucre sont également capables de produire de l'éthanol, a-t-il ajouté. Muller a déclaré que le Projet de développement du Bas-Usuthu (LUSIP), en aval, est un bel exemple d'intégration et d'exploitation des eaux régionales. Le LUSIP résulte d'une coopération entre trois gouvernements, le Mozambique, l’Afrique du Sud et le Swaziland, et vise à exploiter le fleuve du Grand Usuthu pour des entreprises agricoles au Swaziland.
Bien que le gouvernement swazi ait construit le barrage au profit de ses communautés rurales pauvres situées dans les environs de Siphofaneni, le fleuve du Grand Usuthu est basé en Afrique du Sud et l'eau est autorisée à couler au Swaziland. En retour, le Swaziland permet l’écoulement de l’eau vers le Mozambique. Muller a dit que l'eau devrait être utilisée non seulement pour des bénéfices, mais aussi pour améliorer les moyens de subsistance – d'où la participation des communautés est très cruciale.
“Les communautés ont été impliquées pour participer de manière significative dès les stades de planification du LUSIP”, a indiqué Gugulethu Hlophe, directeur général par intérim de la 'Swaziland Water and Agricultural Enterprises' (Société d'eau et de développement agricole du Swaziland).
La ministre des Ressources naturelles et de l'Energie du Swaziland, Princesse Tsandzile, qui a ouvert le dialogue, a déclaré que le LUSIP et le Projet de développement du bassin de Komati, en aval, à partir du fleuve Komati, sont en train de transformer les moyens de subsistance.
Bien que la construction de barrages soit une initiative coûteuse, a indiqué Bogadi Mathangwane, directeur adjoint des affaires de l’eau au Botswana, les gouvernements ont vu la nécessité d'investir dans les infrastructures de l'eau.
“Le défi d'amener l'eau aux populations est que vous constatez que certains villages sont très loin de l'infrastructure et amener l'eau à la population tend à être très coûteux”, a expliqué Mathangwane.
Le dialogue est la clé de la question du développement des infrastructures parce que les 15 pays de la SADC sont en train de trouver des moyens de puiser dans les finances du climat, étant donné que leurs gouvernements ne disposent pas de budgets adéquats pour investir dans les infrastructures de l'eau.
“Bien qu'il y ait des fonds disponibles pour les changements climatiques, il est très difficile d’y accéder parce que le secteur de l'eau est fragmenté entre différents ministères dans nos pays”, a souligné Mathangwane.
Muller a conseillé que le secteur de l'eau dans la région mette de l’ordre dans sa maison avant que d'autres ministères ne puissent s'impliquer.

