BLANTYRE, 28 juin (IPS) – Pendant que le gouvernement se prépare à introduire, en juin, le nouveau régime de traitement anti-rétroviral, coûteux, recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des craintes subsistent sur la viabilité du programme après le rejet, par le Fonds mondial, de deux récentes propositions de financement.

En novembre 2009, l'OMS a recommandé de nouvelles directives sur le traitement anti-rétroviral (TAR) visant à réduire les décès liés au VIH. L’organisation a recommandé le remplacement de l’ARV Stavudine à cause des effets secondaires négatifs observés.

Mais le nouveau régime est près de cinq fois plus coûteux que le régime actuel. La secrétaire principale pour la nutrition et la lutte contre le VIH/SIDA au cabinet du président, Mary Shawa, affirme que le gouvernement dépense actuellement environ 34 millions de dollars par an sur les anti-rétroviraux (ARV). Le nouveau régime coûtera jusqu'à 105 millions de dollars par an.

Mais elle insiste qu’en dépit du fait que le Fonds mondial a rejeté deux propositions du Malawi pour une valeur totale de 564 millions de dollars, le gouvernement continuera à utiliser ses propres ressources pour couvrir le coût du nouveau régime de traitement. “Le président a ordonné que nous migrions vers le nouveau régime”, confie-t-elle.

Toutefois, le Fonds mondial, les Nations Unies et le département britannique du Développement international appuient pour 80 pour cent le budget de la santé au Malawi.

Les raisons pour ce rejet sont variées. Certains disent que c'était dû à l'incapacité du gouvernement d'inclure dans sa proposition les groupes minoritaires, tels que les homosexuels, qui ne sont pas acceptés au Malawi. Cependant, Shawa affirme que le gouvernement a inclus les gays et lesbiennes dans sa proposition.

Elle a qualifié le rejet de normale et a indiqué que le gouvernement trouverait un moyen pour s'assurer que les malades accèdent au traitement cette année. Mais le manque d'assistance n'est pas seulement du côté du Fonds mondial. Le gouvernement britannique a annoncé en mai qu'il suspendait toute nouvelle aide au Malawi après l'expulsion de l'envoyé britannique pour avoir accusé le président Bingu wa Mutharika d’être autocratique. L'Allemagne retient aussi une partie de son aide pour des allégations de violation des droits humains par le gouvernement. Cela a entraîné des craintes selon lesquelles le Malawi ne réussirait pas le nouveau régime.

Mais le gouvernement a annoncé qu'il migrerait vers le nouveau régime quand même et pourrait financer le programme pendant les quatre ans et demi à venir en utilisant ses propres ressources. Selon une étude commandée par le gouvernement sur la façon de mettre en œuvre les nouvelles directives du TAR, le gouvernement devra désormais fournir un traitement à davantage de personnes.

L'étude a constaté que l'adoption des nouvelles procédures signifierait que les personnes vivant avec le VIH/SIDA devraient commencer à prendre des médicaments à un taux de CD4 plus élevé de 350. Cela augmenterait le nombre total de malades sous ART de 50 pour cent. Actuellement, il y a 250.000 personnes qui reçoivent un traitement gratuit dans les hôpitaux publics au Malawi, indiquent les registres gouvernementaux.

Priée de dire là où exactement le gouvernement obtiendrait l'argent, autre que le Fonds mondial, Shawa a déclaré que l'argent proviendra d'autres sources, notamment celles de l’intérieur. Mais un responsable de la Commission nationale de lutte contre le SIDA affirme que le gouvernement est en train de préparer une autre proposition au Fonds mondial pour le prochain round.

“Je ne mentirais pas que le gouvernement peut le gérer tout seul pendant trop longtemps. Toutefois, pour l'instant, les deux rejets (par le Fonds mondial) ont permis au gouvernement de rechercher l'argent ailleurs; d’où la position actuelle que nous pouvons encore appuyer le programme pour un certain temps. L'absence de l'argent des donateurs signifie plutôt que les ressources devraient être prises dans d'autres secteurs. Mais nous sommes confiants que nous n’irons pas dans cette direction”, a indiqué ce responsable de la commission.

Des activistes de la santé ne sont pas sûrs si le gouvernement peut soutenir le nouveau programme sans l’appui du Fonds mondial, mais ils ont applaudi le gouvernement pour avoir migré vers le nouveau régime.

Martha Kwataine, la directrice exécutive du 'Malawi Health Equity Network' (Réseau pour l’équité en santé au Malawi – MHEN), un regroupement d'organisations non gouvernementales de la santé, affirme que c'est le mandat constitutionnel du gouvernement de fournir des services de santé de qualité à ses citoyens, indépendamment du coût.

“Le coût (de gestion du nouveau régime) est très élevé, mais la qualité a un prix. Plus le prix est bas, plus la qualité est faible, d’où les effets secondaires négatifs des médicaments. Le coût en vaut la peine parce que la vie n’a pas de prix. Considérant les effets secondaires négatifs que les personnes vivant avec le VIH ont ressentis, en particulier les femmes, il est temps pour le Malawi de se tourner vers le nouveau régime”, a-t-elle déclaré.

Et il y a certaines personnes qui ne peuvent pas attendre le nouveau régime. Pendant qu’elle faisait la queue pour obtenir ses ARV à l'Hôpital du district de Chiradzulu juste à la sortie de Blantyre, la capitale économique du Malawi, une patiente a montré ses jambes à IPS, affirmant qu'elles ont été défigurées à cause de son traitement anti-rétroviral.