MBABANE, 28 juin (IPS) – «Les effets dus au changement climatique constituent un nouveau défi qui affecte le développement des pays d’Afrique et freine la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)», selon des rapports sur l’eau publiés en Afrique australe.
Ces rapports ont été distribués au 5ème Dialogue sur l’eau organisé à Mbabane, la capitale du Swaziland, par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), du 28 au 29 juin.
Selon le Centre pour la recherche internationale en foresterie, «un aspect notable est que les moyens d’existence de la population, en particulier les femmes, dépendent des secteurs sensibles comme l’agriculture, la pêche, l’élevage, les forêts, l’eau… qui contribuent à plus ou moins 75 pour cent du PIB (produit intérieur brut) des pays du Bassin du Congo, par exemple». Et ces secteurs sont «déjà aussi affectés» par le changement climatique.
Pour les pays membres du Bassin du Congo, «il est nécessaire de relancer l’idée d’un projet de gestion intergouvernementale des ressources en eaux transfrontalières et des forêts pour faire face à ces nouveaux défis», affirme la délégation de la République démocratique du Congo (RDC) à la rencontre.
L’un des objectifs du dialogue étant de «pousser les parties prenantes et en particulier les gestionnaires des ressources en eaux à engager des échanges sur les effets et impacts du changement climatique, il est nécessaire, pour le Bassin du Congo, de réfléchir sur les bénéfices mutuels à tirer d’immenses réserves dont dispose le bassin», indique Cyrille Masamba, membre de la délégation congolaise.
Chrispin Sedeke, chef de Division gestion des eaux transfrontalières au ministère de l’Environnement, et délégué de la RDC à Mbabane, a déclaré à IPS: «On pourrait penser à développer des stratégies d’adaptation et d’atténuation des effets de serre à travers cet espace sans compromettre l’intégrité de ces forêts pour assurer l’approvisionnement continu en biens et services de l’écosystème».
«Il faut trouver des finances nécessaires et des compétences avérées dans le domaine: c’est l’autre défi», ajoute Sedeke.
La réflexion doit prioritairement prendre en compte la déforestation et la sécheresse, deux fléaux de plus en plus remarquables dans la région. A cause de ces deux menaces, on sait, par exemple, qu’il y a une baisse de la navigabilité annuelle de l’Oubangi, un important affluant du fleuve Congo en Afrique centrale. «De neuf à 10 navigations l’an, on est passé à trois ou quatre seulement en 2010», selon Masamba.
Masamba, qui est également membre du Comité national d’action de l’eau et assainissement, une structure interministérielle en RDC, affirme qu’il «faut, dans ce cas, penser à mettre en place une autorité intergouvernementale pour une gestion conjointe des eaux concernées et des problèmes qui en découlent».
Le rapport présenté par la Coopération allemande (GTZ), dont copie est parvenue à IPS, indique qu’une «importante initiative existe déjà dans ce sens à travers la Commission internationale du Bassin du Congo, Oubangi, Sangha, mise en place depuis 1999 par quatre pays – la RDC, le Congo Brazzaville, la Centrafrique et le Cameroun – pour une gestion collaborative du fleuve Congo et de ses affluents».
Selon le rapport de la GTZ, un «tel projet aiderait les pays en désertification comme le Tchad, la Mauritanie et bien d’autres qui se trouvent plus au sud, comme la Namibie, à tirer des bénéfices des réserves en eaux dont dispose le bassin».
Cependant, Werani Zabula, chargée de la communication à la SADC, souligne à IPS: «Il ne s’agit pas seulement de gérer les problèmes, mais il faut aussi penser à organiser le partage mutuel des bénéfices des eaux et d’autres ressources connexes pour un développement partagé entre Etats impliqués, comme c’est déjà le cas dans certains Etats africains».
«L’exemple de ce moyen de développement communautaire nous est déjà donné par le projet commun initié par les gouvernements d’Afrique du Sud et du Swaziland, connu sous le nom de 'Komati Basin Water Authority' (KOBWA)», affirme Sipho Nkambule, directeur exécutif du projet.
Nkambule a indiqué à IPS que «ce projet fonctionne à travers une autorité conjointe mise en place par ces deux gouvernements afin de réguler la gestion de la rivière Komati, située dans le nord du Swaziland, ainsi que l’utilisation rationnelle des réserves d’eaux qu’elle renferme».

