Q&R: Examiner les efforts d’adaptation des fermiers kényans

NAIROBI, 28 avr (IPS) – Les changements climatiques sont devenus une partie importante du programme de développement. En Afrique, les agriculteurs et les consommateurs en ressentent les effets sur la productivité et la sécurité alimentaire.

Le professeur Judi Wakhungu est le chercheur principal sur le Projet d’adaptation communautaire aux changements climatiques, qui collecte des données et des études de cas d'adaptation pour fournir aux décideurs des preuves scientifiques et techniques pour les guider. Il a accordé un entretien à IPS.

Q: Comment les résultats du projet de recherche aideront-ils les fermiers? R: Nous travaillons dans huit pays différents et cherchons à voir comment les communautés font face aux changements climatiques. Ce que nous faisons au Kenya, c’est de comparer la région des terres sèches dans l'est du Kenya avec une autre qui se trouve dans l'ouest du pays, près du lac Victoria. Les expériences dans les deux zones sont presque opposées dans ce régime de temps instable que nous vivons. La plus proche du lac est confrontée à des inondations constantes chaque année, tandis que dans la zone du côté de l’est, les pluies ne tombent pas. Nous ne disposons pas de réponses: ce que nous faisons, c’est d’essayer de regarder ce que les différentes communautés vivent et de nous appuyer sur cela pour développer des politiques. Ce que nous espérons voir, se sont des plans à mettre en œuvre comme politique internationale afin que nous puissions avoir des institutions et des lois sur la manière dont nous sommes censés réagir lorsque la situation devient tragique. Présentement, nous ne disposons pas d'un mécanisme d’intervention. Q: Quels sont les exemples de fermiers qui s’adaptent déjà avec succès aux changements climatiques? R: Par exemple, dans l'est du Kenya, dans le district de Makueni, nous avons vu beaucoup d'innovations en termes de comment les agriculteurs font face à la sécheresse. Tandis qu’à Oyola et Wakesi, qui sont près de Kisumu, nous avons constaté que les fermiers avaient des difficultés à faire face aux inondations. Dans certains cas, les agriculteurs comptent presque entièrement sur le gouvernement national pour obtenir des semences [qui ont des qualités de résister à la sécheresse ou aux inondations]. D'autre part, dans certaines communautés, nous avons constaté que les fermiers sont devenus eux-mêmes des innovateurs. En ce sens que certains agriculteurs sont devenus désormais des spécialistes et sont capables de produire des semences hybrides qui pourraient résister aux conditions climatiques extrêmes. Q: Quelles sont vos préoccupations par rapport à la dépendance des agriculteurs vis-à-vis du gouvernement pour des semences? R: Cela apporte une sorte de dépendance qui met l’agriculteur de subsistance dans une position très dangereuse. Toute la notion d'être un fermier de subsistance, c’est d'être autonome. De l'autre côté, nous avons vu que les agriculteurs ont commencé à dépendre de ce que nous appelons “cultures orphelines”. Les fermiers dépendaient du sorgho et du millet, puis ils se sont tournés vers le maïs et dans certains cas le riz. Maintenant, ils sont revenus aux vieilles cultures. Les agriculteurs doivent être les gardiens des semences. Q: Mais ne serait-il pas mieux pour les agriculteurs si les gouvernements avaient un système bien géré qui leur fournirait des semences en cas de besoin? R: Absolument. C'est pourquoi nous continuons de faire le travail que nous faisons afin que le gouvernement puisse mettre en place des programmes là où il a les infrastructures pour amener la nourriture aux personnes qui en ont besoin. Q: Si l’agriculture et la sécurité alimentaire sont des domaines prioritaires lorsqu’on est confronté aux changements climatiques, comment l'utilisation des terres arables pour les biocarburants peut-elle se justifier? R: La réponse est oui et non. Vous devez regarder les conditions dans tous les pays africains. Nous ne pouvons pas faire une déclaration générale. Permettez-moi de vous donner un exemple: la Tanzanie a fait de l'agriculture une priorité nationale; elle a même un slogan national qui dit: “L'agriculture d’abord et l'agriculture pour l'avenir”. La Tanzanie a beaucoup de terres et un régime foncier différent puisque la terre appartient au gouvernement. Alors elle a créé un fonds et une partie des terres a été mise de côté pour les biocarburants sous la forme de jatropha et de producteurs de canne à sucre pour l'éthanol. L'argument est que si la production d'éthanol marche, alors les gens seront en mesure de gagner un revenu afin de produire de la nourriture. Q: Pourtant, dans le cas de la Tanzanie, IPS a fait un reportage récemment sur un projet bâclé de biocarburants dans le district de Kilwa… R: Ce projet particulier a été mal planifié, et ils ont aussi choisi d'utiliser un seul biocarburant – le jatropha – qui n'est pas le meilleur pour cette région. Donc, cela a été fait à la hâte, sans la mise en place des politiques et l’entreprise semblait être mal préparée pour faire face aux conditions et aux pratiques locales. En outre, les agriculteurs ont été mal informés sur la façon dont ils devaient en tirer profit. Nous avons utilisé ce projet pour montrer combien il est important d'avoir en place les vraies politiques, le vrai cadre juridique afin que tous les partenaires comprennent ce qui relève de leurs responsabilités. Au Kenya, nous n'avons tout simplement pas ce genre de terres [disponibles], pour mettre de côté des étendues de terre pour attirer des investisseurs étrangers pour la production de biocarburants. Cela a été tenté, mais il a été condamné très politiquement, avec des gens qui viennent dire que certains de ces accords ne sont pas négociés de manière franche. Donc, ce serait une catastrophe ici et cela conduirait à l'insécurité alimentaire.