WINDHOEK, 12 fév (IPS) – Une décennie après les ravages causés par de fortes inondations en Afrique australe, la région est mieux préparée pour surveiller et répondre aux inondations saisonnières. Cela est dû aussi bien à la puissance croissante des instituions transfrontalières qu’aux améliorations techniques.
Les niveaux d’eau pendant la saison d’inondation de cette année en Afrique australe dépasseront probablement les inondations désastreuses de 2000.
Cette année-là, la capitale mozambicaine de Maputo a été inondée au moment où les rives du Limpopo ont débordé et quelque 45.000 personnes ont dû être secourues. Les inondations ont été combinées avec des maladies hydriques et un cyclone tropical. Les autorités de la région ont été critiquées pour n’avoir pas réussi à déterminer par anticipation les régions qui seraient les plus touchées ainsi que pour la réponse lente et inappropriée à la crise qui a fait 800 morts.
Système d’alerte au niveau des basins Une réponse aux catastrophes de 2000 a été de renforcer les systèmes d’alerte le long des nombreux bassins fluviaux de la région.
Un système d’alerte rapide de pointe a été conçu pour la région. Le système d’observation du cycle hydrologique de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC-HYCOS) devait avoir 128 stations météorologiques qui transmettent des données précises et régulières à un satellite. Un institut de recherche allemand devait décoder les données et les afficher sur un site web – les informations devaient transparaître sur un site entretenu par le ministère sud-africain des Affaires de l’eau.
“L’idée du HYCOS était que toutes les stations transmettent des informations en temps réel à la même base de données qui pourraient être utilisées pour prévoir les inondations”, explique Guido van Langenhove, l’hydrologue en chef de la Namibie. Mais bien que certains pays comme la Namibie et l’Afrique du Sud aient installé eux-mêmes les pièces d’un tel système, le HYCOS semble être devenu un éléphant blanc – mouillé.
Selon le ministère sud-africain des Affaires de l’eau (DWAF), 108 parmi les 128 stations prévues – chacune coûtant 10.000 dollars – ont été installées. Mais une seule station sur cinq transmet présentement des relevés fiables.
“Il n’y a pas de stations fonctionnelles au nord de la Namibie”, déclare van Langenhove; pourtant, selon le DWAF, l’Angola et la Zambie doivent avoir entre elles 17 stations de surveillance automatisées.
“C’était un gaspillage d’argent”, affirme van Langenhove. “Beaucoup de matériels électroniques ont été déversés, mais il n’y a pas eu de renforcement des capacités ni de formation des techniciens. Les stations fonctionnaient parfois pendant une semaine, parfois pendant un an. Lorsqu’elles tombaient en panne, il n’y avait personne pour les réparer. Ou soit elles se mettaient à mal fonctionner et à donner de faux relevés. La Namibie avait neuf stations mais aucune d’elles ne fonctionnait, nous devions les réparer nous-mêmes”.
Il estime que le projet a coûté quatre millions de dollars. Les bailleurs de fonds du projet, le gouvernement des Pays bas, se sont retirés. Le bureau du SADC-HYCOS à Pretoria a été démantelé et le projet est actuellement suspendu.
La gestion de l’eau au-delà des frontières “Le HYCOS ne fonctionne pas de manière optimale”, déclare Phera Ramoeli, ingénieur en chef de la division de l’eau de la SADC. “Certaines stations ont été touchées par les inondations et les informations pourraient être inadéquates. Le projet a été aussi retardé parce que nous devions changer les systèmes de base de données après qu’un système provenant du Royaume Uni est devenu superflu”.
L’avenir du HYCOS est incertain, mais les pays semblent être en train de bien surveiller ensemble l’inondation à travers la région, sur la base de leurs ressources humaines de plus en plus qualifiées.
Loin en amont sur le Zambèze, les responsables zambiens de l’eau mesurent le niveau du fleuve puissant et envoient les résultats par téléphone à Lusaka, la capitale. Les données sont envoyées par email aux ministères de l’Eau dans d’autres pays.
“Cela nous alerte deux semaines à l’avance”, déclare van Langenhove. “Nous avons démarré cela après 2008 lorsque de grandes parties du nord de la Namibie ont été inondées sans alerte”.
Sur le fleuve Kavango, les hydrologues namibiens font la même chose pour leurs collègues botswanais travaillant dans le delta d’Okavango. Dans toute la région, des systèmes ad hoc similaires sont en place. “C’est un peu informel, mais cela fonctionne”, déclare van Langenhove.
Le système témoigne des relations qui ont été nouées entre les collègues et qui ont été entretenues, en partie grâce aux Organismes de bassins fluviaux (RBO) qui ont été érigés partout dans la région lors de la dernière décennie, souligne Ramoeli.
“La coopération entre les pays s’améliorent. Il y a 10 ans, les organismes de bassins fluviaux étaient peu nombreux et éloignés les uns des autres. Maintenant, nous avons des bassins comme ORASECOM et OKACOM où des protocoles d’utilisation fluviale ont été conclus par les différents Etats”.
Les organismes de bassins fluviaux ORASECOM – la Commission du fleuve Orange-Senqu – et OKACOM – la commission permanente de l’eau du bassin d’Okavango – sont les deux RBO les mieux établis, chacun facilitant, entre autres fonctions, le partage d’informations au niveau régional.
“Des experts de différents pays mènent des études conjointes qui conduisent à une meilleure compréhension du bassin dans l’ensemble. Même lorsqu’il n’y a pas d’organisme formel de bassin, nous voyons que les hydrologues partagent les informations via email. Donc il y a eu une certaine évolution remarquable”, déclare Ramoeli.
“Durant les 10 dernières années, les RBO ont acquis une bien meilleure compréhension sur ce qui se passe réellement dans les bassins”, affirme Peter Pyke, ingénieur en chef au DWAF, qui est étroitement associé à ORASCOM. Le fleuve Orange qui coule des zones montagneuses du Lesotho vers l’océan atlantique sur la frontière séparant l’Afrique du Sud et la Namibie, est l’un des fleuves qui débordent actuellement.
Les inondations sont ici pour y demeurer, estime Pyke. “Pour le moment, les informations venant d’amont sont habituellement peu fiables. S’il y a une diminution d’inondation, il est difficile d’avoir une idée sur ce qui se passe réellement. Il y a [trop] peu de stations de calibre et une inondation peut facilement se développer entre elles.
“Il n’est pas suffisant de connaître seulement la quantité de pluie tombée en amont. Vous ne pouvez pas non plus ouvrir les écluses en spéculant qu’une inondation vient. Et si elle ne vient pas ? Alors il n’y a pas d’eau pour la saison sèche”.
Selon Pyke, l’Afrique du Sud a développé des modèles de gestion de ressource d’eau qu’elle partage avec d’autres bassins de la région. “Ces modèles vous permettent de prévoir ce qui se passe dans le bassin”, explique-t-il.
Ces prévissions aideraient les autorités à planifier en cas d’inondations imminentes.
“A cause de notre environnement aride, nous n’élimineront jamais totalement les inondations. Les agences en charge de l’eau de la région devront toujours trouver un équilibre entre maintenir les barrages aussi pleins que possible pour la saison sèche et laisser l’eau passer.
“Le contrôle efficace de l’inondation rendrait les barrages aussi vides que possible. Mais cela n’est pas une option car, avant la fin de l’inondation, nous avons besoin d’un barrage plein. Donc, nous devons gérer les inondations avec attention, en utilisant les différents barrages pour aplanir les points culminants de l’eau et pour éviter que ces derniers s’accumulent en fortes inondations”.

