WINDHOEK, 24 jan (IPS) – La Namibie est prête à mettre en valeur ses riches ressources d’uranium et compte poursuivre l’enrichissement de l’uranium localement. Elle prévoit également de construire sa propre centrale électrique nucléaire.
Des experts en énergie nucléaire de l’Autorité nucléaire et de radiation de la Finlande aident actuellement le ministère des Mines et de l’Energie (MME) à élaborer la toute première politique nucléaire de la Namibie, qui doit être achevée à la mi-2011, avec des lois appropriées. La Namibie envisage de produire de l’électricité à partir de son propre réacteur nucléaire d’ici à 2018. “C’est la décision exprimée par le gouvernement namibien d’envisager sérieusement le développement de l’énergie nucléaire afin de compléter le panier énergétique national et de fournir suffisamment de l’énergie pour notre développement”, a déclaré récemment le ministre des Mines, Isak Katali, lors d’une conférence introductive à la politique nucléaire. “La politique de l’uranium et de l’énergie nucléaire qui sera élaborée couvrira tout le cycle du combustible nucléaire, que ce soit l’exploration, l’exploitation minière, le fraisage et [la production] de l’énergie nucléaire”, a ajouté Katali. La politique nucléaire intègrera la création d’un fonds de gestion des déchets nucléaires, l’autonomisation économique des Noirs à travers une participation par fonds propres dans le secteur de l’uranium, le transfert des compétences aux Namibiens et l’utilisation de l’uranium seulement à des fins pacifiques. La Namibie produit environ 5.000 tonnes d’uranium chaque année et était le quatrième producteur mondial en 2009, fournissant près de 10 pour cent des besoins mondiaux. “Ce n’est un secret pour personne que le gouvernement a pris la décision de développer l’énergie nucléaire localement – la demande énergétique augmente”, affirme Joseph Iita, secrétaire permanent au MME. “Nous avons de grandes ressources d’uranium et nous travaillons ensemble avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) afin de réaliser un cadre politique solide en faveur d’une politique nucléaire sûre et efficace à des fins pacifiques seulement”. La Namibie est signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), de l’Accord de garanties généralisées relatif au TNP et du Protocole additionnel à l’accord de garanties. Le pays a mis en place l’Office namibien de l’énergie atomique en février 2009. “La Namibie s’est engagée à réaliser un monde sans armes nucléaires, où les nations et les peuples peuvent vivre dans la paix et l’harmonie; et nous saluons l’entrée en vigueur du Traité sur la zone exempte d’armes nucléaires en Afrique – le Traité de Pelindaba”, a déclaré le ministre des Affaires étrangères de la Namibie, Utoni Nujoma, à la Conférence de revue du TNP à New York, l’année dernière. “Nous considérons ce jalon important comme une étape importante pour la paix et la sécurité régionales. La Namibie est sur le point de ratifier cet instrument important”, a indiqué Nujoma. En raison du manque d’un cadre politique, le gouvernement a imposé un moratoire sur la délivrance des licences d’exploration exclusive d’uranium (EPL) en 2007. Quelque 66 sociétés, la plupart d’origine australienne, canadienne et chinoise, ont des EPL pour l’exploration de l’uranium en Namibie, notamment dans la région côtière d’Erongo. Seules quatre sociétés d’uranium ont obtenu les licences d’exploitation d’uranium avec deux mines opérationnelles et deux nouvelles en construction, parmi elles. La plus vieille mine, la 'Rössing Uranium' de la société britannique Rio Tinto, a démarré en 1976, elle sera seulement rejointe trois décennies plus tard en 2007 par la 'Langer Heinrich Uranium' (LHU). La LHU appartient à la société minière australienne 'Paladin Energy', qui a produit 1.170 tonnes d’uranium traité appelé 'yellow cake' (gâteau jaune) en 2009. Le gouvernement iranien détient une part de 15 pour cent dans la 'Rössing Uranium'. Au moins cinq autres mines sont en perspective dans les trois à quatre prochaines années et la société nationale d’énergie NamPower étend déjà son réseau électrique et sa capacité de production électrique. Les nouvelles zones minières d’uranium sont en partie situées dans un parc déclaré national et comme étant l’un des foyers touristiques les plus populaires du pays. “A moins que tout cela soit bien géré et que les garanties nécessaires soient en place, la course vers l’uranium affectera négativement l’environnement – à la fois au niveau de chaque mine et de toutes les mines confondues -, ce qui affectera la valeur profonde du milieu, le tourisme, la vie et les moyens d’existence”, a expliqué Peter Tarr, l’un des experts ayant réalisé une étude approfondie sur l’impact de l’industrie d’uranium future. Peter Versveld travaille pour une compagnie touristique dans le désert du Namib et emmène des visiteurs voir les magnifiques chaînes de montagnes accidentées appelées 'moon landscape' (paysage lunaire) et les célèbres plantes du désert, les Welwitschia, dont certaines sont âgées de mille ans. “Nous sommes très inquiets pour le mauvais impact qu’aura sur le beau paysage ici l’essor de l’uranium et la construction possible d’un réacteur nucléaire. Cela affectera négativement notre secteur touristique à la côte et sur le désert avoisinant”, déclare Versveld. Mais Johannes Goraseb, dont la famille a vécu depuis des générations dans des demeures modestes, à quelque 80 kilomètres, à l’est de la ville côtière de Swakopmund, près d’un autre foyer touristique – les montagnes de Spitzkoppe qui ont donné d’anciennes peintures rupestres -, attend impatiemment d’avoir un emploi. “Il n’y a pas assez de touristes qui viennent ici pour nous soutenir tous; donc, lorsque la mine d’uranium en construction à côté deviendra opérationnelle, j’espère y obtenir un emploi”, dit-il. “Areva, à qui appartient la nouvelle mine, nous a déjà donné des réservoirs d’eau. Ils apportent le développement puisqu’ils construiront aussi un village minier pour leur personnel et cela apportera le développement ici dans le désert”, a-t-il ajouté. Le gouverneur régional d’Erongo, Samuel Nuuyoma, estime que l’exploitation minière de l’uranium était un pilier économique important et devrait augmenter de 5,54 pour cent du PIB namibien en 2008 à 14,78 pour cent d’ici à 2015. “Sa contribution à l’économie devrait plus que doubler de 150 millions de dollars actuels à 305 millions de dollars d’ici à 2015”, indique Nuuyoma. Mike Leech, le président de la Chambre des mines, a expliqué: “Les pays producteurs d’uranium tels que la Namibie sont inévitablement confrontés aux questions de santé, de sécurité environnementale et radioactive, de déchets et de non-prolifération”. Avec de nouvelles mines d’uranium à l’horizon et des projets d’expansion dans les mines actuelles, on estime que des milliers d’emplois peuvent être créés dans la région d’Erongo seule.

