LUAPULA, Zambie, 18 jan (IPS) – En Zambie, de beaux jours sont en vue dans la lutte contre la faim et la pauvreté très répandues en milieu rural, grâce à une recherche agricole nationale.
Des scientifiques locaux ont développé avec succès quatre nouvelles variétés de manioc à maturité précoce et à haut rendement dans un projet de recherche ambitieux mené dans la province riche en manioc de Luapula, dans le cadre du Programme d’amélioration des racines et tubercules (RTIP) en cours. Selon les experts, ces variétés testées au laboratoire et prouvées sur le terrain – qui ont comme avantages la réduction de moitié du temps de maturité et l’augmentation de la production par rapport aux variétés traditionnelles – ont un potentiel démontrable pour transformer de manière significative le paysage socio-économique dérapant de la Zambie. Dr Martin Chiona est le chef d’équipe du RTIP basé au bureau de l’Institut national de recherche agricole de la Zambie (ZARI) à Mansa, la capitale de la province de Luapula. Avec 20 ans d’expérience dans ce bureau, ce phytogénéticien est le seul membre survivant parmi les 13 chercheurs locaux ayant démarré le RTIP au début des années 1990. “C’est une grande réussite – non seulement pour nous mais aussi pour le pays tout entier. Les avantages des nouvelles variétés parlent d’eux-mêmes si vous considérez qu’il y a tellement de choses à faire avec le manioc et qui seraient impossibles avec le maïs et le blé”, affirme-t-il. “Qu’est-ce que nous ne pouvons pas faire avec le manioc? Avec cette culture, vous ne jetez littéralement rien du tout. Je crois fermement que nous n’aurons la capacité de faire de même en Zambie que si nous devenons un peu plus organisés dans ce secteur”, déclare Dr Chiona. Il ajoute que dans certaines communautés rurales de la province de Luapula, certaines utilisations traditionnelles du manioc comprennent la cire, les produits chimiques pour les cheveux, la nourriture pour les animaux et les poissons à partir des feuilles, le bois de chauffage et les boutures à partir des tiges et le fourrage à partir des épluchures. De nombreuses personnes pauvres en milieu rural sont en train d’adopter les nouvelles variétés de manioc comme la panacée pouvant changer leur vie en proie à la pauvreté. Rose Mwelwa et Elias Mwila de Mansa ont beaucoup de choses en commun. Ils ont chacun cinq enfants, nourris à base de cette culture de subsistance qu’est le manioc. Après leur participation aux manifestations du RTIP en faveur des nouvelles variétés, ils sont maintenant des leaders communautaires dans les campagnes de promotion du programme. Les deux ont maintenant une nouvelle vision optimiste de la culture du manioc. “En tant qu’une veuve avec une grande famille, les nouvelles variétés me permettront de nourrir ma famille. Je pourrai également vendre le surplus et mobiliser plus d’argent pour d’autres utilisations comme la santé et l’éducation”, déclare Mwelwa, âgée de 41 ans. Pour Mwila, 40 ans et sans emploi, les nouvelles variétés lui ont donné un élan renouvelé pour mieux se débrouiller pour sa famille : “Je n’utilise l’ancienne variété de manioc depuis 1992 que pour répondre aux besoins alimentaires fondamentaux de ma famille. Mais les choses ont changé et maintenant, je suis même en train de faire le projet de vendre le surplus”. En attendant, les chercheurs et les autorités pourraient retarder la récolte de ces variétés améliorées afin de faciliter la mise en œuvre d’une composante du RTIP relative à la multiplication des semences qui implique la redistribution gratuite des tiges parmi beaucoup d’autres agriculteurs potentiels. Pourtant, cette décision n’a pas découragé Mwelwa, Mwila et 2.000 autres membres de l’Association des agriculteurs du district de Mansa (MDFA), un partenaire clé de la mise en œuvre du RTIP. Le coordonnateur de la MDFA, Joseph Chanda, indique qu’ils sont encore tous remplis de joie par cette récolte différée. Chanda est aussi un agriculteur employé à plein temps par le gouvernement avec plus de 21 ans de service à Mansa seule. “Nous soutenons pleinement ce programme parce qu’il aidera encore plus d’agriculteurs à accéder aux nouvelles variétés. Le manioc est un aliment de base ici à Luapula et presque tous les ménages sont impliqués dans la culture de cette plante”. Luapula est la principale province de production du manioc en Zambie. L’Office central des statistiques (CSO) a prévu que la région devrait récolter 1,5 million de tonnes métriques en 2010, contre 1,3 million de tonnes métriques l’année précédente. Les statistiques de 2008 présentent en outre la province de Luapula comme ayant la plus vaste zone de production de manioc évaluée à 115.000 hectares par rapport au pan de la province de Lusaka – couvrant 544 hectares. Le manioc a en effet grandi comme une arme efficace non seulement pour aider à combattre la faim et la pauvreté, mais aussi pour soutenir la croissance socio-économique à tous les niveaux. Pour la Zambie, la période de 2001 à 2010 a été une décennie de succès pour le secteur agricole en général et le sous-secteur du manioc en particulier. Bien que la décennie se soit terminée avec une récolte exceptionnelle de maïs battant tous les records, l’aliment de base du pays, le manioc, a aussi enregistré des progrès constants. Les statistiques du CSO montrent une augmentation en flèche de la production du manioc de 815.000 tonnes métriques en 2001 à 4,7 millions de tonnes métriques prévues pour 2010. Mais bien que l’on craigne de plus en plus que la récolte exceptionnelle de maïs de la Zambie puisse se perdre en raison de mauvaises politiques de conservation, de distribution et de commercialisation, l’histoire est différente pour le manioc. Le gouvernement, en collaboration avec des donateurs, vient de produire un document intitulé 'Le manioc: Une stratégie pour la Zambie' tenant lieu de plan directeur pour l’orientation du développement du secteur à partir de 2011 et au-delà. La Société civile pour la réduction de la pauvreté (CSPR) croit que, pour être efficace, toutes les tentatives d’allègement de la pauvreté en Zambie doivent viser les régions rurales où vit la majorité des pauvres. La CSPR, un réseau d’organisations de la société civile, suggère que les autorités utilisent le Sixième plan de développement national (SNDP) qui démarre en 2011 pour transformer les régions rurales et réduire la pauvreté avec un accent sur le soutien au développement agricole. Tous les indicateurs montrent que le manioc est toujours sur le point de prendre de l’envergure, non seulement comme un aliment de base important pour renforcer la sécurité alimentaire nationale, mais aussi comme une culture commerciale pour contenir la faim et la pauvreté à travers une croissance économique durable. Et le ciel sera la limite si on en juge par le zèle collectif et la volonté des agriculteurs, des chercheurs, des autorités, des donateurs ainsi que des autres acteurs et parties prenantes du secteur du manioc en Zambie.

