KHARTOUM, 3 nov (IPS) – Des femmes dans la région du Darfour, au Soudan, ont été violées en toute impunité depuis le début du conflit en 2003. Aujourd'hui, une campagne visant à réformer la loi sur le viol, initiée par Alliance 149, une coalition nationale née à la fin de 2009, gagne du terrain dans le pays.
En vertu de l'article 149 – la partie du Code pénal soudanais de 1991 qui porte sur le viol -, ce crime est qualifié de “zina”, des rapports sexuels sans consentement entre un homme et une femme qui ne sont pas unis par le mariage. La loi stipule que la femme doit présenter quatre témoins masculins pour prouver que l’acte a été posé “sans consentement”. Si elle dépose une plainte pour viol et est incapable de présenter de telles preuves, elle sera accusée d'adultère et condamnée à 100 coups de fouet, si elle n’est pas mariée, ou à la mort par lapidation, au cas où elle est mariée. “La loi réformée sera un succès pour toutes les femmes soudanaises puisque l'adultère et le viol seront séparés et le criminel sera condamné à une lourde peine”, a déclaré Kamal Amro, un avocat qui travaille comme bénévole pour le 'Sudan Human Rights Monitor ' (Moniteur soudanais des droits de l'Homme) et membre du conseil d’administration de Alliance 149. Le Code pénal soudanais “est soi-disant basé sur la charia, mais du fait que l'article 149 ne fait pas de distinction entre zina et le viol est problématique et anti-islamique”, a-t-il indiqué. La région occidentale du Darfour mérite une approche différente. Le conflit en cours entre des rebelles non-arabes, l'armée soudanaise et les milices arabes du Janjaweed, a fait 300.000 morts parmi les civils et plus de deux millions de personnes déplacées à l'intérieur. L'alliance propose l'adoption des lois humanitaires internationales afin de mieux répondre aux besoins des victimes de violences sexuelles au Darfour. Les femmes qui vivent là-bas continuent d’être victimes de viol ou forcées de se déplacer quotidiennement. Beaucoup ont quitté leurs maisons et vivent dans des camps installés par le gouvernement – certaines restent dans ces camps pendant des années. “Ce n'est pas facile pour une femme qui a été violée dans notre communauté, surtout quand un bébé est né du viol. La communauté n'acceptera pas ce bébé”, a expliqué Mahbouba Abdur Rahman Ali, de l'Organisation pour l’autonomisation des femmes. L'Accord de paix global, conclu en 2005, qui a mis fin à 21 ans de conflit entre le nord arabo-musulman et le sud chrétien et noir, exige une réforme juridique pour se conformer aux normes internationales relatives aux droits humains, selon l'Alliance 149. “Le Soudan n'est pas signataire de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW)”, a déclaré une source de l’organisation 'Family and Child Unit' à TerraViva. “Cela fait qu’il est difficile de réformer les lois actuelles relatives aux femmes parce que personne n’est en charge des affaires féminines”. Alliance 149 gagne lentement l'attention des législateurs. Lorsqu’elle a lancé sa campagne, en janvier, elle a attiré des responsables du ministère de l'Intérieur, les forces de police, des parlementaires et des représentants de partis politiques. “C'était formidable de voir des groupes de femmes et des représentants du gouvernement et du pouvoir judiciaire travailler ensemble pour une cause aussi noble”, a déclaré Fahima Hashim, membre du conseil d’administration de l'Alliance et directrice de 'Salmmah Women's Resource Centre'.

