LESOTHO: Vaincre la sécheresse par l’irrigation

MASERU, 25 oct (IPS) – Les champs de Bonang Charles sont une riche verdure rare dans le paysage desséché d’octobre, le long de la rivière Phutiatsana. C’est une preuve palpable que les petits agriculteurs du Lesotho ont un accès limité à l’irrigation.

Il y a huit ans, cet ancien berger a commencé par louer la terre dans la région de Thaba-Bosiu, à 15 kilomètres à l’est de la capitale Maseru; ses voisins étaient seulement très heureux d’accepter l’équivalent de 30 à 45 dollars pour les champs qu’ils n’avaient pas pu exploiter efficacement.

D’autres agriculteurs de la région ont depuis abandonné l’agriculture à cause de l’absence des pluies; mais Charles est en train de prospérer à partir de ses récoltes d’épinards, de colza et de pois.

Coup de chance La clé de son succès est une pompe d’occasion qu’il a achetée au ministère de l’agriculture, l’un des quatre équipements non désirés dont le ministère se débarrassait.

Charles a payé par versements 7.400 dollars pour la pompe à essence qu’il a installée à coté de l’éternelle Phuthiatsana pour arroser ses champs.

“Je n’ai pas regardé derrière depuis que j’ai commencé cette aventure il y a huit ans. Je peux nourrir ma famille et approvisionner les clients d’autres districts”, déclare Charles, en regardant ses six employés répandre l’engrais sur l’un des champs. Le produit est le plus souvent vendu en gros aux personnes qui en retour le vendent dans les marchés de rue à Maseru et au-delà.

“J’ai vécu de l’agriculture toutes ces années”, déclare Charles. “Je vous assure qu’il y a la vie dans l’agriculture et la terre et je ne mourrai jamais de faim en étant dans la production alimentaire”.

La saison culturale démarre en août dans les régions montagneuses, et l’exploitation de Charles bouillonne d’activité; pourtant, les champs de ses voisins sont stériles. Sans la pluie, ils ne peuvent ni labourer ni planter. La situation s’est répétée de façon préoccupante à la campagne agricole de 2006-2007 qui a été si ruinée par la sécheresse que le pays a déclaré une crise alimentaire en 2007.

Réduire la dépendance des agriculteurs de la pluie pour l’arrosage de leurs cultures est essentiel pour renforcer la résistance à la sécheresse, non seulement au Lesotho mais aussi à travers la région d’Afrique australe. Selon les prévisions, les sécheresses deviendront plus fréquentes à l’avenir dans cette partie du continent en raison du changement climatique.

Charles a été assez chanceux pour pouvoir mobiliser l’argent et saisir l’unique occasion pour l’achat de la pompe au cœur de son succès; mais le gouvernement a fait des efforts pour étendre l’irrigation aux gens ayant des moyens plus limités, ceux ayant des résultats mitigés.

Le financement est un problème Plus loin, le long de la rivière, Thoso Bokaako est un homme frustré. Agent d’irrigation au ministère de l’agriculture, il est en train de scruter les champs arides, non cultivés qui devaient être arrosés par un barrage construit par son ministère.

“Comme les champs doivent être irrigués par une pompe, les agriculteurs craignent de les labourer”, explique-il. “Mais la maintenance est coûteuse au cas où la pompe tombe en panne. Alors elle gît là, inutilisée”.

Le programme d’appui du gouvernement pour les agriculteurs intègre la récupération de la totalité ou d’une partie des coûts d’assistance. Le ministère de l’agriculture loue l’équipement aux agriculteurs, par exemple: avoir un hectare de terre labourée avec le ministère de l’agriculture coûte l’équivalent de 70 dollars.

Mais demander aux agriculteurs de supporter les coûts de maintenance pour les pompes d’irrigation semble avoir révélé le niveau de pauvreté dans les régions rurales au lieu de réduire les coûts nets pour le gouvernement.

Les agriculteurs du district de Bokaako n’ont pas pu prendre en charge les coûts d’entretien de la pompe. Bokaako déclare que le ministère travaille maintenant sur l’introduction des systèmes d’irrigation par gravité, tirant avantage des coteaux escarpés des régions montagneuses pour fournir l’eau aux champs.

Un tel système est déjà opérationnel dans la région de Roma, à 15 kilomètres de Phuthiatsana, permettant à 22 agriculteurs communaux de cultiver toute l’année.

Il comprend des barrages déversoirs – de faibles barrières qui élèvent le niveau de l’eau dans la rivière sans réduire son débit – des réservoirs d’accumulation et des tuyaux qui descendent vers les champs irrigués à une altitude plus basse. De pareils systèmes sont en installation dans les districts de Matsieng et de Mazenod dont Bokaako est responsable.

“Le système sera bientôt opérationnel, puisqu’il a été achevé en septembre. Il est actuellement en essai”, déclare-t-il.

Environ 800.000 rands ont été investis dans ces projets d’irrigation par gravité.

“Les trois systèmes ont été initiés par le ministère pour vaincre les effets de la sécheresse. La plupart de nos agriculteurs de subsistance comptent sur les précipitations pour cultiver”, déclare Bokaako.

Regardant la région de Thaba-Bosiu, Thai Thai, un ingénieur mécanique au bureau de l’agriculture du district, déclare que les conditions climatiques de 2010 sont bien connues et demande davantage d’action pour la protection des petits agriculteurs.

“Il y a eu beaucoup de pluie au début de 2002, mais elle s’est arrêtée au moment de cultiver. Il faut construire des barrages”, déclare Thai, qui a 28 années d’expérience en agriculture.

Il aimerait également voir le gouvernement prendre en charge l’exploitation des systèmes d’irrigation existants dans le cadre de l’appui aux agriculteurs.

“Les tuyaux d’irrigation ont été posés dans les champs, mais aucun labour n’est en cours. Je pense que le gouvernement doit assister les agriculteurs”, déclare Thai.