JOHANNESBURG, 13 oct (IPS) – Dans la ville rurale de Jozini, au KwaZulu Natal, Thembeni Madlopha-Mthethwa a été maire de la ville pendant une décennie. Et contrairement au reste du pays, qui a connu de nombreuses grèves civiles et des plaintes de prestation de services, Jozini a rarement eu de tels problèmes.
Le succès de la municipalité, déclare Madlopha-Mthethwa, est dû au fait qu'elle a une relation saine et efficace avec les chefs traditionnels et (les conseillers tribaux) de l’Induna et les implique toujours dans les discussions sur les grandes questions touchant la région. C’est, estime Madlopha-Mthethwa, un système qui pourrait être utilisé comme un modèle de bonne gouvernance. Mais malgré le bon travail abattu par sa municipalité qui comprend également des projets sur les violences basées sur le genre et le développement, couronnés de succès, les gens à travers le pays ne peuvent pas s’inspirer de leur exemple à cause de l'absence de couverture médiatique de ces projets, explique-t-elle. Les femmes sud-africaines en politique ne sont souvent couvertes par les médias que si elles sont au premier plan de leurs organisations ou si elles sont impliquées dans des scandales, souligne le maire du 'Inkatha Freedom Party' (Parti de la liberté Inkatha – IFP). Voici des extraits de l’entretien. Q: Quels sont les défis auxquels vous avez été confrontée dans vos efforts d’obtenir du soutien politique? R: Quand j'ai commencé, la plupart des femmes ne voulaient pas s'associer avec moi. Les femmes de ma région à Jozini se sont abstenues de l’activité politique et ont souvent laissé les hommes (y participer). Bien que la politique soit mal vue par beaucoup de femmes dans ma communauté, j'ai décidé de m’engager pour ce que je croyais et pour le changement que je voulais voir s’opérer dans ma communauté. J'ai donc rejoint l'IFP. Lorsque j'ai décidé de faire campagne pour devenir maire, la grande partie du soutien dont j’ai bénéficié est venue au départ de mes parents et amis proches. Puis les femmes ont commencé lentement à y adhérer puisqu’elles appréciaient les idées que je présentais. Pendant que ma campagne évoluait, les hommes politiques ont commencé à voir les qualités de leadership en moi et ils se sont mis à avoir confiance en moi en tant que leader. Les hommes membres de l'IFP ont soutenu ma campagne et cela m'a motivée à continuer avec la politique puisque j'ai remarqué que j'avais brisé les barrières et étais entrée dans ce qui était perçu comme un milieu dominé par les hommes. Quand je suis devenue maire en 2000, j'ai senti que j'avais gagné la confiance et le soutien de ma communauté et de mes collègues de parti, hommes et femmes à la fois. Q: Comment avez-vous pu entrer dans un parti politique essentiellement dominé par des hommes, qui a aussi de profondes racines culturelles? R: Il existe une grande perception selon laquelle la culture zulu n'a pas de place pour les femmes leaders en raison de ses racines patriarcales. Cette perception n'est pas vraie parce que même au temps du roi Shaka Zulu (le roi zulu au début du 19ème siècle), il y avait des femmes leaders. Si vous faites preuve de vraies qualités de leadership et avez confiance à vous engager pour ce que vous croyez, alors les hommes et la communauté vous respecteront et vous soutiendront. Ainsi, la culture n'offre pas de limites au leadership politique féminin. Q: Comment votre parti politique a-t-il soutenu votre candidature? R: Quand le parti politique vous désigne comme son ambassadrice, il vous apporte tout le soutien nécessaire. Il vous fournit l’appui financier, la documentation et le matériel nécessaire pour faire votre travail, que vous soyez homme ou femme. Même avec cet appui, il y aura des moments où vous êtes confronté à l'opposition et au manque de coopération occasionnels des membres du parti qui estiment qu'ils méritaient d'être désignés avant vous. Ces petites choses viennent avec le travail et doivent être considérées comme des défis qui aident à renforcer votre caractère personnel. Q: Comment sont vos relations avec les médias? R: Durant mes années en tant que maire, j’ai constaté qu'il était vraiment difficile d'obtenir la couverture médiatique des femmes politiques qui ne sont pas controversées, en particulier si vous venez d'une zone rurale reculée. Notre municipalité se bat vraiment pour amener les médias à constater notre bon travail et les choses que nous avons réalisées dans la communauté. La couverture médiatique des femmes en politique est très biaisée dans ce pays. Si vous êtes une femme politicienne provenant d'une petite circonscription électorale et que vous n'êtes pas considérée comme assez grande sur la scène politique, les médias vous ignorent généralement. Q: Comment le manque de couverture médiatique affecte-t-il la situation des femmes politiques en général? R: Le manque de couverture médiatique adéquate du travail abattu par les femmes politiciennes contribue à l’absence de reconnaissance des choses que d'autres femmes leaders sont en train de réaliser en Afrique du Sud. Les femmes ne seront pas inspirées par les œuvres des autres femmes si elles n’en sont pas informées. La raison pour laquelle les gens pensent que la politique est un milieu dominé par les hommes est parce qu'ils entendent rarement parler des réelles contributions des femmes politiques. Q: Que faites-vous en tant que leader pour renforcer la présence des femmes en politique? R: En tant que maire, j'ai essayé d'augmenter le nombre de femmes impliquées dans la politique dans ma région, en particulier au niveau du conseil et de la communauté. Les femmes sont souvent motivées par d'autres femmes qui occupent des postes politiques; alors quand elles voient une femme dans un rôle de leadership, elles développent également un intérêt pour la politique. Même si nous ne passons pas de porte à porte pour convaincre les femmes à faire de la politique, nous constatons que les femmes dans notre région se proposent à faire de la politique et y affichent un intérêt. Personnellement, je guide d'autres femmes maires de l'IFP. Quand ces femmes ont entendu parler du travail que je faisais, elles ont commencé à m'appeler et voulaient savoir comment travailler avec les hommes politiques et comment établir de bonnes relations avec les acteurs dans la communauté. Mon principal conseil à elles est qu'elles ne doivent pas se considérer comme étant femmes, mais en tant que représentantes de leur peuple. Le genre n'est pas un facteur limitatif quand il s’agit du leadership.

