TSHWANE, Afrique du Sud, 28 sep (IPS) – Bien que la région d'Afrique australe maintienne un taux de croissance annuelle de six pour cent, le Sommet des Nations Unies sur les Objectifs du millénaire pour le développement a appris que la majorité des gens d’Afrique australe demeurent parmi les plus pauvres au monde.
Alors que les économies de la région enregistrent une croissance, les inégalités entre les citoyens de ces mêmes pays ont également augmenté. “En Afrique du Sud, par exemple, il y a une croissance des inégalités sur la base des provinces, du sexe, des classes et des races”, a déclaré Dr Agostinho Zacarias, le représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement en Afrique du Sud. Croissance du chômage Selon Isobel Frye, directrice de l’Institut des études sur la pauvreté et l'inégalité (SPII), une forte croissance économique ne se reflétera pas dans l'amélioration de la vie de la majorité, tant que l'exportation des matières premières est en tête des économies dans la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). “L’exportation des matières premières ne favorise pas la création d'emplois parce qu'il n'existe aucune stimulation de la demande locale pour la main-d'œuvre”, a souligné Frye. Elle a dit que la transformation des matières premières dans la région créerait beaucoup plus d'emplois et contribuerait davantage aux recettes nationales. Un autre obstacle à la réduction de la pauvreté dans la région, a indiqué le député sud-africain Stone Sizani, c’est le pouvoir des sociétés transnationales, qui n'investissent pas dans les pays où elles opèrent ni dans la main-d’œuvre locale. Par contre, a-t-il déclaré, elles renvoient leurs bénéfices à leurs pays d'origine. “Vous trouvez la plupart de ces sociétés cotées en bourse dans la Bourse de Londres parce qu'elles n'ont aucun intérêt à investir dans le pays où elles opèrent”, a affirmé Sizani. Des solutions Sizani, Frye et Zacarias étaient parmi les participants à une conférence à Tshwane, en Afrique du Sud, qui a réuni des décideurs, des chercheurs et des parlementaires pour évaluer l'impact de la protection sociale comme un moyen de distribuer les richesses et de réduire la pauvreté dans la région. Les programmes de protection sociale sont considérés comme un outil essentiel pour une meilleure répartition des richesses dans la région. Selon Nicholas Freeland, le directeur du Programme régional de lutte contre la faim et la vulnérabilité, des pensions sociales nationales non-contributives existent désormais en Afrique du Sud, à Maurice, en Namibie, au Botswana, au Swaziland et au Lesotho. Mark Heywood, un militant sud-africain des droits de l’Homme, a dit que les transferts de fonds ont transformé la vie de millions de Sud-Africains dans ces dernières années. Il a affirmé que même si la majorité des citoyens du pays sont toujours pauvres, relativement un petit nombre vit encore dans l'extrême pauvreté. “Les transferts de fonds, conformément à la constitution sud-africaine, constituent un droit humain”, a déclaré Heywood. Il estime qu'il est plus logique de donner aux gens de l’argent plutôt que de l'aide alimentaire parce que cela permet aux individus de faire des choix sur ce qu'il faut faire avec cet argent. “[Certains] peuvent vouloir l'utiliser pour le transport pour aller chercher un emploi, ou acheter de la nourriture ou se rendre à l'hôpital”. Payer pour la protection Malgré le potentiel que les programmes de protection sociale offrent, les gouvernements doivent résoudre la question de la façon de les pérenniser sans les bailleurs de fonds. Une réponse peut être tout juste à portée de la main. “Les pays africains doivent créer une élite de l’administration fiscale hautement qualifiée, bien rémunérée et honnête afin de s'assurer que l'Etat peut percevoir les ressources financières dont il a besoin pour financer des programmes de développement”, a confié à IPS, Jean-Philippe Stijns, au début de cette année. Stijns était l'auteur principal des Perspectives économiques africaines en 2010 de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui ont conclu que les taxes sur l'activité économique, allant des revenus personnels aux industries extractives, doivent être renforcées – ce qui, selon l'OCDE, ne signifie pas nécessairement une augmentation des impôts. Le recouvrement effectif des taxes pourrait être un maillon clé manquant entre la croissance économique et la réduction de la pauvreté. En avril, les économistes Dev Kar et Devon Cartwright-Smith ont publié un rapport intitulé: “Des flux financiers illicites en provenance d'Afrique – Des ressources pour le développement cachées”. Ils estiment que l'Afrique a perdu globalement 854 milliards de dollars dans les flux financiers illicites entre 1970 et 2008. Ces économistes croient que cette sortie, facilitée par des paradis fiscaux, des sociétés déguisées, une mauvaise évaluation des prix du commerce et le blanchiment d'argent, s’est accentuée au cours de la dernière décennie. Une croissance économique, due aux prix forts du pétrole ou aux prix des matières premières, permet de réunir des recettes, affirme Kar. “Mais quand les recettes augmentent, elles vont surtout dans la fuite des capitaux. Sans une bonne gouvernance économique, les perspectives d’une croissance accrue alimentent simplement la fuite des capitaux au lieu de l'arrêter”. Stijn affirme qu’une collecte plus efficace des taxes non seulement augmente les recettes, mais améliore également la démocratie et la gouvernance. “Au-delà des problèmes de l’efficacité de la perception des impôts, se cache la grande question de la crédibilité politique de l'Etat et le degré auquel les contribuables potentiels estiment qu'il existe un précieux 'contrat social'”, a déclaré Stijns à IPS. “Aider les Etats africains à élargir leur assiette fiscale les encourage à s'engager plus directement avec leurs citoyens et mieux prendre en compte leurs besoins”, a expliqué Stijns. C'est un rappel que les Objectifs du millénaire pour le développement ne sont pas isolés. Promouvoir la bonne gouvernance et un système de commerce mondial et financier, ouvert et fondé sur des règles – objectif numéro huit – est étroitement lié à la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim.

