OUGANDA: Des infirmières et une culture hostiles retardent l’implication des hommes dans la prévention du VIH

MBALE, Ouganda, 2 sep (IPS) – Irène Wangolo a été conseillée de faire un test du VIH au cours de sa visite prénatale et de revenir à la maternité avec son mari afin que le couple puisse recevoir des conseils sur la prévention de la transmission du VIH à leur bébé.

Mais son mari a refusé de l'accompagner affirmant que ce n'était pas son affaire et Wangolo n'est jamais retournée dans le centre à Bungokho, dans l'est de l'Ouganda. Ainsi, elle a raté tous les services, y compris la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME). Mais l'expérience de Wangolo est semblable à ce auquel beaucoup d'autres femmes enceintes en Ouganda sont confrontées quand il s'agit de l'accès aux services de PTME. Robina Kaitirimba, coordonnatrice nationale de l’Organisation nationale des usagers/consommateurs de la santé en Ouganda, une organisation non gouvernementale (ONG), a déclaré à IPS que l'incapacité à atteindre les partenaires sexuels des femmes séropositives demeure encore le principal obstacle à la PTME en Ouganda. La participation des hommes à la PTME en Ouganda se situe seulement à cinq pour cent, selon Kaitirimba. Dr Robert Byamugisha, auteur principal de l'étude intitulée “Les déterminants de l’implication des hommes dans le programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant dans l’est de l'Ouganda”, a indiqué que les raisons pour lesquelles les hommes ne fréquentent pas les centres de santé prénatale avec leurs épouses comprenaient des croyances culturelles et des raisons économiques. Acceptée pour être publiée dans la revue de la Santé de la reproduction en juin, l’étude a révélé également que les hommes avaient l’impression que la création des centres de santé prénatale n’était pas favorable aux usagers hommes. Les hommes avaient été aussi réticents à fréquenter les centres parce qu’ils trouvaient les sages-femmes impolies. Titus Namanda a accompagné sa femme une fois dans un centre de santé prénatale pendant sa première grossesse. Il a juré de ne jamais y revenir à cause de la façon dont les sages-femmes ont traité sa femme et d'autres femmes enceintes. “J'aime ma femme et je l'ai toujours amenée à bicyclette à la maternité jusque-là. Elles m'ont fait attendre pendant trois heures et je les regardais insulter ma femme et d’autres femmes. J'ai décidé de ne pas y revenir”, a confié Namanda, qui vit dans le village de Bunghokho, dans le district de Mbale, dans l’est de l'Ouganda. L'Ouganda était l'un des pionniers des programmes de PTME en Afrique en 2000. Les services sont désormais disponibles dans la plupart des comtés dans plus de 80 districts. Mais les statistiques du ministère de la Santé du pays indiquent que bien que presque toutes les femmes qui fréquentaient les centres de santé aient accepté le test du VIH et les conseils, seulement deux-tiers sont revenus chercher leurs résultats. Parmi celles qui ont été déclarées séropositives, seulement 17 pour cent sont revenues accoucher dans des hôpitaux. L'Ouganda compte actuellement plus de 110.000 enfants vivant avec le VIH/SIDA et continue d'enregistrer environ 25.000 nouvelles infections chaque année. La plupart des enfants sont infectés à la naissance, selon Dr Zainab Akol, la directrice des programmes de lutte contre le VIH/SIDA au ministère de la Santé. “C'est pourquoi nous voulons que les mères fassent le test avec leurs partenaires. Parfois, elles sont infectées plus tard au cours de la grossesse. Au cours des conseils et du dépistage, nous sommes en mesure d'informer les deux parents sur un comportement responsable (à adopter) afin de sauver le fœtus”, a-t-elle indiqué. Mais les contraintes financières étaient également une des raisons pour lesquelles les hommes ne sont pas impliqués dans les services de PTME. Bien que l'étude ait révélé que 97 pour cent des hommes interrogés fournissaient un appui financier afin que leurs épouses puissent fréquenter les centres de santé prénatale, beaucoup ont déclaré qu'ils manquaient de temps ou d'argent pour s'impliquer dans les programmes de PTME. Mutwalibu Wambete, un mari et père de deux enfants, a déclaré à IPS qu'il préfèrerait passer son temps à gagner un revenu pour sa famille que de fréquenter un centre de consultation prénatale. “Je loue cette moto auprès d'un home riche pour transporter les passagers et gagner de l'argent. Le propriétaire me demande de payer cinq dollars par jour. Alors, si je passe le temps à la maternité, nous serons affamés et les enfants n’iront pas à l'école”, a-t-il expliqué. Mais tous les hommes n’ont pas rejeté l'appel à accompagner leurs épouses dans les centres de santé prénatale. A l'Hôpital régional de Tororo, dans l'est de l'Ouganda, Salim Kato est assis à côté de sa femme au milieu de 40 autres femmes enceintes. Kato a confié à IPS qu'il croyait qu'il avait la responsabilité de veiller à ce que sa femme donne naissance à un bébé bien portant.