SANTE: L’Afrique du Sud devient victime de son succès en traitement ARV

DURBAN, 31 août (IPS) – Près d’un million de Sud-africains sont déjà sous traitement anti-rétroviral permanent et ce nombre est supposé tripler dans les dix prochaines années si le gouvernement sud-africain s’en tient à son plan de mise en œuvre.

Mais l’espoir du gouvernement de pouvoir atteindre son objectif de traiter 80 pour cent de ceux qui en ont besoin d’ici à 2011 est menacé par le manque de fonds. Un certain nombre d’organisations et d’éminents responsables dans le domaine du SIDA ont condamné la 'réduction' des fonds des donateurs lors de la récente conférence internationale sur le SIDA à Vienne.

En 2009, les bailleurs de fonds ont contribué de 7.6 milliards de dollars à la lutte internationale contre le VIH et le SIDA, une légère baisse par rapport à 7.7 milliards de dollars en 2008, selon la Fondation Kaiser Family.

Cependant, pour que davantage de personnes suivent un traitement qui sauve la vie, on a besoin de dépenser plus de fonds. L’Afrique du Sud seule a besoin de 272 millions de dollars supplémentaires par an pour atteindre tous ceux qui ont besoin d’un traitement anti-rétroviral.

Une planification de scénario de la direction du trésor de l’Afrique du Sud indique que la demande en traitement et en soins atteindra le maximum en 2021, au moment où le pays aura besoin de quelque quatre milliards de dollars pour fournir ces services.

“Nous sommes confrontés à une double malchance de devoir augmenter rapidement les dépenses sur le VIH et le SIDA en même temps que nous devons remplacer les fonds des donateurs”, a déclaré Dr Keith Cloete du service du trésor du Cap Occidental, une province au sud du pays.

Au cours des cinq à 10 prochaines années, nous avons besoin de fonds supplémentaires. Ce n’est pas le moment de retirer les fonds puisque les programmes vont s’effondrer”, a déclaré Cloete, dans un discours lors de la rencontre sur les projets de l’Afrique du Sud financés par la Plan d’urgence du président américain contre le SIDA (PEPFAR) en début de 2010.

Pour l’année budgétaire en cours (2010), le PEPFAR a contribué de 585 millions de dollars au programme de traitement ARV du pays – presque autant que la contribution totale de 680 millions de dollars du gouvernement, selon le ministère des Finances.

Le gouvernement américain a annoncé en décembre 2009 qu’il donnerait à l’Afrique du Sud 120 millions de dollars supplémentaires “en réponse directe à une demande du président Jacob Zuma” pour obtenir des ARV, ce qui aidera à assurer la disponibilité de stocks suffisants pour répondre à la demande croissante d’ARV en Afrique du Sud.

Cela a fait suite aux pénuries d’ARV plus particulièrement dans l’Etat-Libre, une province au centre du pays qui a suspendu son programme de traitement du VIH pour avoir dépassé le budget.

Cependant, la contribution supplémentaire du PEPFAR est considérée comme étant exceptionnelle et non susceptible de se répéter, selon Dr Roxana Rogers, chef de l’équipe santé de l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

Pendant que les responsables du PEPFAR parlent de passer d’un “plan d’urgence” à un “programme durable”, la perspective d’un financement supplémentaire américain pour le programme de traitement ARV est éloignée.

Les bailleurs de fonds comme le gouvernement sont en train d’essayer plutôt de trouver les moyens de réduire les coûts. Le premier objectif est le coût actuel des ARV, avec l’Afrique du Sud payant environs 20 pour cent de plus pour les ARV par rapport aux médicaments les moins chers du marché.

Cela est dû d’une part à l’insistance du PEPFAR sur les ARV de marque utilisés dans les programmes qu’il soutient et d’autre part aux coûts que fait payer Aspen, la société pharmaceutique générique qui a gagné l’offre pour la fourniture d’ARV au gouvernement.

L’offre a pris fin en mai 2009 et une autre n’est pas encore lancée, mais le ministre de la Santé, Aaron Motsoaledi a clairement fait savoir que le gouvernement est à la recherche des options les moins chères.

Un autre problème, selon l’analyste américain de la santé et auteur Laurie Garrett, est le manque de “bonnes informations” sur les progrès que font les pays de l’Afrique sub-saharienne pour empêcher de nouvelles infections au VIH.

La prévention du VIH a été péniblement lente, mais comme le déclare encore l’économiste de la santé professeur Alan Whiteside: “le traitement du VIH sans la prévention est comme nettoyer le plancher pendant que le robinet coule”.

En Afrique du Sud, le taux d’infection prénatale au VIH (en mesurant le VIH parmi les femmes enceintes) a légèrement baissé au cours des quatre dernières années mais pas presque assez pour renverser la tendance contre le VIH.

Bill Gates, le plus grand bailleur en solitaire du monde pour le VIH et le SIDA, a déclaré à la conférence de Vienne sur le SIDA en juillet 2010: “Nous devons être honnêtes avec nous-mêmes: nous n’avons pas l’argent qu’il faut pour nous débarrasser de cette épidémie à notre manière”.

“Même en continuant de plaider pour davantage de financement, nous avons besoin de nous assurer que nous tirons le plus de bénéfice de chaque dollar du financement et de chaque once d’effort”, a-t-il ajouté.

Gates plaide pour “une nouvelle orientation sur l’efficacité, surtout en matière de prévention” qui se focalise d'abord sur l’augmentation des outils existants tels la circoncision des hommes et la prévention de la transmission de mère à enfant, et qui concentre ensuite les efforts de prévention sur les communautés à haut risque telles que les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, les consommateurs de drogue injectable et les travailleurs de sexe.

La troisième orientation doit être sur les innovations dans les sciences fondamentales, y compris les vaccins, les nouveaux diagnostics et la prévention à base d’ARV (les pilules, les injections et les gels).

Cependant, jusqu’à ce que ces efforts commencent par avoir un impact significatif, on sera à court d’argent pour traiter tous ceux qui ont besoin d’ARV et le rationnement, dans lequel les groupes pauvres, ceux des zones rurales et les plus marginalisés vont une nouvelle fois souffrir le plus, pourrait intervenir, selon 'Health-e News Service'.