NAIROBI, 19 août (IPS) – Les Kényans peuvent désormais économiser pour faire face au coût de l'accouchement dans la plus grande maternité du pays grâce à un système de carte médicale prépayée.
La carte prépayée offerte par la Maternité de Pumwani à Nairobi permet aux titulaires d’y placer de petites sommes d'argent grâce au système M-PESA de transfert d'argent par téléphone cellulaire. Lorsque les femmes viennent pour des consultations à Pumwani, le coût de leurs soins médicaux est déduit de leur épargne sur cette carte prépayée. Environ cinq pour cent des Kényans ont une assurance médicale selon Samuel Agutu, le directeur général de 'Changamka Microhealth Limited', la compagnie qui fait la promotion de la carte prépayée. Les Kényans employés dans le secteur formel paient l'assurance médicale obligatoire, mais 11 millions d'adultes travaillant dans le secteur informel et les personnes à charge – représentant le segment le plus vulnérable de la population – n'ont pas une telle assurance. “Sans la couverture médicale, le paiement des frais de maternité devient un défi pour la plupart des gens au Kenya et en dépit du fait que les hôpitaux publics exigent des frais très modestes, des familles ne peuvent pas payer ces frais. Ainsi, les femmes continuent d'accoucher à domicile avec l'aide de personnes inexpérimentées et la plupart meurent lorsque des situations d'urgence se présentent”, explique Agutu. Un accouchement normal coûte l'équivalent de 42 dollars à la Maternité de Pumwani; une césarienne coûte 75 dollars. La direction de l’hôpital dit qu'elle est forcée d’abandonner des frais à hauteur de 19.000 dollars tous les mois. Les statistiques gouvernementales du Kenya indiquent que 56 pour cent des femmes accouchent à domicile, mettant la mère et l'enfant en danger. Lorsque les données sont ventilées géographiquement, il ressort que 63 pour cent des accouchements dans les zones rurales et les installations informelles ont lieu à la maison. Eviter une visite coûteuse à l’hôpital est un facteur favorable. “Ma sœur a accouché récemment de son troisième enfant à la Maternité de Pumwani”, confie Judith Ayuma, une domestique à 'Pipeline Estate' à Nairobi. “Elle espérait accoucher au centre de santé de Makadara où le coût est de 30 shillings kenyans (un peu moins de 40 cents US), mais puisque le travail a commencé la nuit [au moment où le centre de santé était fermé] elle a dû être amenée précipitamment à Pumwani où le coût de l’accouchement est plus élevé. Elle s’est fait enregistrer dans l'hôpital, mais n'avait aucune idée de la façon dont elle payerait la facture”. Lorsque le moment de sa libération est arrivé, la sœur d’Ayuma a été gardée à l'hôpital jusqu'à ce que les parents aient pu réunir les frais qui s’élevaient à 42 dollars. Agutu dit que l'idée derrière la carte à puce est d'encourager les familles à développer une culture de l'épargne pour l'accouchement ainsi que pour leurs autres besoins de santé. “Nous disons tout simplement aux familles que les soins de santé sont aussi essentiels que l’alimentation et d’autres besoins de base. Tout comme elles économisent pour d'autres besoins, elles doivent économiser pour les soins médicaux”, souligne Agutu. “Même si nous reconnaissons qu'il y a un groupe de femmes qui ne peuvent même pas épargner 30 shillings par jour, nous savons également que les femmes sont novatrices et appartiennent à plusieurs groupes d'épargne communément appelés 'Chamas'. Nous disons aux femmes de prendre une partie de cet argent qu'elles reçoivent du 'manège' et mettre une partie sur la carte à puce afin de répondre aux besoins médicaux de leur famille”, indique-t-il. Changamka a lancé une carte prépayée en septembre 2009, offrant des tarifs réduits dans les centres médicaux qui participent à l’opération visant à aider les gens à voir un médecin, à faire des tests ou à acheter des médicaments. “Nous avons négocié avec des dispensateurs de soins de santé particuliers qui ont accepté de prendre la modeste somme de 450 shillings (5,50 dollars) lorsque les titulaires de la carte visitent leurs centres. En échange, nous promettons aux centres de santé une augmentation du nombre de patients qui sont détenteurs de la carte à puce”, explique Agutu. Se fondant sur sa réussite, l'entreprise élargit aujourd'hui la couverture aux soins maternels. Ce projet de carte prépayée offerte par Changamka – un mot swahili qui signifie 's’exciter' ou 's’éveiller' – pourrait être un complément important à la subvention offerte par le système de bon. Agutu affirme que depuis le début de juillet, 500 cartes de maternité à puce ont été achetées. Sa société est en train de négocier pour augmenter le nombre de dispensateurs de soins qui acceptent la carte. Il est convaincu que l'intérêt sera grand, suggérant qu’une combinaison intelligente d'un moyen commode pour épargner et des services d’escompte disponibles dans une gamme variée de centres de santé, pourrait offrir à un grand nombre de Kényans non assurés l'accès aux services médicaux essentiels.

