BLANTYRE, 11 août (IPS) – Cecilia Gondwe attend à l’ombre d’un arbre au poste frontalier de Mwanza, entre le Malawi et le Mozambique. Quelque part à l’intérieur, un agent en douane est en train de remplir pour elle les formalités détaillées.

L’agent traitera avec les douaniers pour examiner les formulaires et calculer les droits d’importation et de contribution indirecte…

Gondwe est une ancienne commerçante, mais les aspects techniques de l’opération demeurent obscurs pour elle. Elle jette de fréquents regards en direction des bureaux. Un homme se faisant passer pour un agent en douane l’avait une fois dupée et disparu avec son argent.

Son anxiété s’est dissipée avec le bavardage des autres femmes en sa compagnie.

“Quelqu’un est en train de courir dans tous les sens avec le formulaire et je ne sais combien de temps cela prendra. Je n’ai qu’à attendre”, déclare Gondwe. “Quatre heures après, il revient et je dois aussi le payer pour son travail. C’est un calvaire”.

Steve Kapoloma, directeur de l’éducation des contribuables et des relations publiques à l’Autorité fiscale du Malawi, déclare que la plupart des petits commerçants arrivent à la frontière sans assez d’argent pour payer les frais de leurs marchandises. D’autres arrivent sans être sûrs des documents censés accompagner leurs marchandises.

Il reconnaît que pour un commerçant, le fait d’être retenu à la frontière pendant quatre heures ou plus, avec des expéditions de moins de 500 dollars, relève peu du sens des affaires. Il déclare que c’est la raison pour laquelle les commerçants ont si souvent recours à la contrebande, au risque de confrontation avec les agents chargés d’appliquer la loi.

La contrebande, c’est aussi de modestes recettes douanières perdues pour le Malawi et ses voisins, mais ce qui est beaucoup plus dommageable est la conséquence sur la compilation des statistiques fiables sur les volumes commerciaux.

“Ces chiffres aident à la planification du développement et à la gestion du commerce”, déclare Maurice Gondwe (aucun rapport avec Cecilia), un chargé de recherche et des projets au Conseil de promotion des exportations du Malawi (MEPC).

Les commerçants qui attendent patiemment sous l’arbre envient profondément leurs homologues dont les affaires les amènent à traverser la frontière entre le Malawi et la Zambie: ceux-ci profitent des avantages du régime commercial simplifié (STR).

Au poste frontalier de Mwami/Mchinji, les petits commerçants allant et venant de la Zambie n’ont plus besoin d’un agent en douane: un simple formulaire a été spécifiquement conçu pour les petites expéditions.

La seconde page du formulaire simplifié, dont la longueur fait moins de la moitié, contient des instructions et un glossaire. Si le commerçant ne connaît pas ce que veut dire “Port de dédouanement”, “Poids net”, “Déclaration de l’exportateur/importateur”, “Quantité” et “Identification de transport”, les explications sont là.

Les expéditions en dessous de 500 dollars US sont exonérées de droits d’importation et d’exportation, de même que l’exigence de certificat d’origine.

Le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) est l’initiateur du régime simplifié. Peter Oldham, coordonnateur du commerce transfrontalier à COMESA, déclare que le Malawi et la Zambie étaient les premiers parmi les 10 membres de l’organe du commerce régional à être d’accord pour ramener l’application du STR en 2006.

Oldham explique qu’un régime similaire est en application sous une forme légèrement différente dans la région de la Communauté de l’Afrique orientale. L’Ouganda y a pris les devants, suivi du Rwanda.

Le régime favorise des intérêts partagés entre les Etats membres, déclare Oldham.

“Le STR est un processus par lequel les gouvernements doivent convenir d’une approche commune concernant les petits commerçants. L’accord sur une liste commune de marchandises non imposables et ne nécessitant pas de certificat d’origine est la reconnaissance de l’intérêt commun à promouvoir le commerce”, déclare-t-il.

L’analyste de politique économique, Mavuto Bamusi, admet qu’il y a de nombreux avantages, mais il a des réserves. Il craint que les règles commerciales simplifiées étouffent le développement de la production au Malawi.

Bamusi déclare que les commerçants zambiens sont plus expérimentés et plus dynamiques que les malawites. Le volume commercial entre les deux pays favorise actuellement la Zambie, selon les statistiques du COMESA. En 2008, les exportations zambiennes vers le Malawi se sont élevées à 60 millions de dollars pendant que ses importations depuis le Malawi valent seulement environ 12 millions de dollars.

“Le STR pourrait étendre ces déséquilibres qui pourraient affecter la production locale, à moins que le gouvernement mette en place des mesures pour protéger l’industrie locale”, déclare Bamusi.

Mais, Maurice Gondwe du MEPC n’est pas de cet avis. “L’accord nous met au défi d’accélérer la production et de tirer partie du créneau des marchandises exonérées”.

La liste des marchandises exonérées est dominée par les produits agricoles y compris des bananes, des lapins vivants, des oignons, des graines de tournesols, des chèvres vivantes, des tomates, des patates, des moutons vivants, du poisson fumé, et des champignons. Le secteur agricole malawite est en pleine croissance”, soutient-il.

“Eduquons plutôt nos commerçants sur le fait qu’ils n’ont plus besoin de faire la contrebande des marchandises. Les choses sont plus équitables pour eux maintenant et ils ont la chance de faire de bons bénéfices et d’accroître leurs affaires”, déclare-t-il.

La Zambie est parvenue à un accord avec le Zimbabwe sur un régime commercial simplifié en juin et le COMESA espère voir l’application du STR à travers les Etats membres d’ici à fin 2010.

Pourtant, Cecilia Gondwe et son groupe doivent encore lutter au poste frontalier de Mwanza. L’Afrique du Sud n’a pas encore appliqué le régime et l’autre pays sur sa route commerciale, le Mozambique, ne fait pas partie du bloc du COMESA.

*La seconde partie d’un article concernant le régime commercial simplifié entre le Malawi et ses voisins.