UTRECHT, Pays-Bas, 14 juin (IPS) – L'entrée d'un consortium pétrolier dirigé par un suédois dans le sud du Soudan en 1997 a déclenché la guerre civile et des crimes contre l'humanité, affirme une coalition européenne d’agences d'aide.
La Coalition européenne pour le pétrole au Soudan (ECOS) a fait appel aux gouvernements suédois, autrichien et malaisien pour qu’ils enquêtent sur l’éventuelle complicité du consortium dans les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité.
Lorsque la société suédoise Lundin Oil a formé un consortium avec Petronas Carigali Overseas de la Malaisie, OMV (Sudan) Exploration de l’Autriche et Sudapet du Soudan en 1997, ils ont signé un contrat avec Khartoum pour forer un puits de pétrole dans le Bloc 5A dans l’Etat de l’Unité, au sud du Soudan.
Mais à cette époque, la région n’était pas entièrement sous le contrôle du gouvernement. Cela a déclenché une spirale de violence, selon un nouveau rapport publié par ECOS, intitulé ‘Unpaid Debt’ (Dette impayée), qui couvre la période allant jusqu’à 2003.
Bien que les vrais auteurs fussent les forces gouvernementales et des groupes armés alliés aux forces gouvernementales ou à leurs opposants, leur but était de préparer le terrain pour les compagnies pétrolières.
“Les recherches pétrolières ont joué un rôle crucial dans les atrocités”, a déclaré à IPS Egbert Wesselink, coordinateur de la commission d’ECOS.
Basé sur des preuves complètes, le rapport de Wesselink estime que 12.000 personnes ont été tuées ou sont mortes de faim ou de maladies liées à la guerre. Beaucoup ont été violés et torturés, un demi-million de bétail a été perdu et presque 200.000 personnes ont été déplacées brutalement.
“Les entreprises devraient avoir été au courant des violences, mais elles ont continué à collaborer avec le gouvernement et son armée”, a déclaré Wesselink.
Wesselink demande maintenant aux gouvernements respectifs d’ouvrir une enquête pour savoir si les entreprises ont été complices des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par d'autres.
“Nous avons spécifiquement porté cette affaire devant les gouvernements suédois et autrichien, parce qu’ils ont reconnu leur engagement à l'Accord global de paix au Soudan”, a déclaré Wesselink. Cet accord a créé le droit au dédommagement pour les injustices résultant de l'exploitation pétrolière. “Cette promesse n'a pas été tenue jusqu’à ce jour.” “Ils ont commencé d'abord avec un bombardement aérien, qui a duré plusieurs jours”, a rappelé le révérend James Koung Ninrew, secrétaire général du conseil de paix dans la région. Les habitants de sa ville, Koch, dans l’Etat de l’Unité, sont décédés ou ont fui. “Ensuite, les troupes de l’armée de terre sont venues sonder la situation, tuant le reste de la population et mettant les villages en feu. Enfin, ils ont déclaré que la région était sécurisée et les compagnies pétrolières y sont venues.” Le consortium n'a pas été directement impliqué dans les atrocités, a expliqué Ninrew à IPS.
“Mais c’est le consortium qui a exprimé le besoin d’une zone sécurisée pour ses opérations”, a déclaré Ninrew. “En outre, sans les contrats, le gouvernement n’aurait pas eu d’argent pour acheter des hélicoptères de guerre et des munitions. Dès que les troupes ont sécurisé la zone, elles ont déménagé vers une autre, systématiquement, et les entreprises ont suivi, jusqu'à ce que toute la zone du Bloc 5A ait été placée sous contrôle. Les entreprises pouvaient voir les villages encore en feu”.
Durant la guerre dans le bloc 5A, le consortium a travaillé aux côtés des auteurs de crimes internationaux, indique le rapport. Leurs infrastructures ont même servi à la commission des crimes. Par exemple, un grand pont et une route ont augmenté la possibilité géographique de contacts par les groupes armés, et permis leur accès sur toute l’année à des communautés qui étaient auparavant isolées dans cette vaste région marécageuse, une plaine sur la rive ouest du Nil Blanc.
Le porte-parole de Lundin Oil n'était pas disponible pour recevoir IPS. Toutefois, dans une lettre ouverte aux actionnaires, écrite cette semaine, Lan Lundin, président du conseil d’administration, écrit qu’ECOS “reprend les inférences, les insinuations et les fausses allégations fondées sur des informations partisanes et trompeuses qui ont été réfutées [des années avant]”.
“Lundin a contribué à la paix et à la stabilité dans cette région”, et s’était “activement engagé avec des parties prenantes”, soutient la lettre.
Selon Wesselink, Lundin Oil a fait une sélection extrêmement biaisée des parties prenantes pour leur dialogue. “Leurs parties prenantes étaient deux des leaders politiques de la région. Mais lorsque ces leaders se sont retournés contre le consortium, ils ont choisi d’autres parties prenantes.
Le ministère suédois des affaires étrangères a refusé de réagir au rapport. “Nous ne faisons pas de commentaires sur les entreprises individuelles et il ne nous revient pas de mener les enquêtes sur elles”, a déclaré à IPS le porte-parole Irena Busic. “Le procureur le fera”.
Le ministre se cache derrière la possibilité de poursuites pénales, soutient Wesselink. “Ils se trompent sur nos intentions. Il y a de bonnes raisons pour des poursuites pénales, mais ce n’est pas notre objectif. Ce n’est pas ce que le peuple au sud du Soudan attend. Nous voulons que les gouvernements garantissent le paiement convenable de dommages et intérêts à toutes les personnes dont les droits ont été violés et les compagnies doivent payer la part qui leur revient à juste titre.
ECOS estime le paiement des dommages nécessaires à 300 millions de dollars.
“Les populations nourrissent actuellement une grande amertume”, a expliqué Ninrew. “Elles veulent que la compagnie reconnaisse qu’ils ont fait des erreurs. Cela signifie aussi dédommagement aux personnes qui ont souffert de préjudices”.
“Lundin pense que cette tempête va passer”, a déclaré Wesselink. “Nous pensons que cette fois-ci elle ne passera pas.”

