BURKINA FASO: Mettre fin aux discriminations pour arrêter la mortalité maternelle

OUAGADOUGOU, 16 fév (IPS) – Elizabeth Kaboré, une habitante d’un quartier de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, déclare qu’elle a toujours payé pour les consultations prénatales, malgré la gratuité que le gouvernement leur promet dans des centres de santé en vue de réduire la mortalité maternelle dans le pays.

«Au lieu de la gratuité, à chaque consultation, il faut débourser 600 francs CFA (environ 1,2 dollar US) pour voir les sages-femmes», affirme Kaboré, enceinte de plusieurs mois. «Pour les injections, je paye 100 FCFA (deux cents) et la sage-femme m’explique que c’est pour celles qui sont de garde», ajoute-t-elle à IPS. De son côté, Korotoumou Sawadogo affirme qu’au cours des derniers mois de sa grossesse, elle avait été déjà contactée par des individus lui promettant de lui faciliter l’accouchement au cas où elle connaîtrait des ennuis de santé dans la période prénatale. «On vous met en contact avec une sage-femme d’un hôpital à qui vous versez 25.000 FCFA (environ 54 dollars) et quand le travail commence, elle est à votre disposition», explique-t-elle à IPS.

L’organisation de défense des droits de l’Homme, Amnesty International, appelle à l’élimination des obstacles financiers qui figurent parmi les principaux goulots d’étranglement empêchant l’éradication de la mortalité maternelle encore élevée au Burkina Faso. Amnesty International a donc lancé, dans ce pays sahélien d’Afrique de l’ouest, une campagne contre la mortalité maternelle, qui s’est matérialisée par une caravane de sensibilisation à travers une dizaine de villes du Burkina pendant la première quinzaine de février.

«Cette caravane veut contribuer à réduire le taux de mortalité maternelle au Burkina Faso parce que c’est une violation des droits de la femme car on peut raisonnablement accoucher sans courir le risque de mourir», déclare Gaétan Moutou, chercheur à Amnesty International (AI).

«Dans nos sociétés, c’est l’homme qui décide, la femme n’a pas beaucoup de pouvoir; la femme est privée d’un certain nombre de droits, et ce sont ces droits que nous demandons d’accorder aux femmes», explique Moutou à IPS. «Et en mettant fin à ces discriminations, on peut contribuer à ce que les femmes accouchent de façon décente et réviser à la baisse» le taux de mortalité dans le pays.

Selon les chiffres du ministère de la Santé du Burkina Faso, 307 femmes décèdent pour 100.000 naissances vivantes, soit environ 2.000 par an.

La campagne contre la mortalité maternelle au Burkina Faso s’inscrit dans une campagne mondiale intitulée «Exigeons la dignité» lancée par AI depuis l’an dernier. Une campagne similaire a déjà eu lieu en Sierra Léone à cette période. Au cours de la campagne au Burkina, les membres de la caravane ont visité des centres de santé, rencontré les populations, et les autorités des localités choisies en raison de leur vulnérabilité en sollicitant leur engagement en faveur de la santé maternelle. Selon Moutou, les obstacles financiers sont le principal frein à l’accès de la femme aux soins comme il a pu l’observer lui-même dans deux régions où la subvention aux soins de santé maternelle de 100 pour cent fait augmenter la fréquentation des centres de trois à quatre fois par rapport au chiffre antérieur.

Pour sa part, le ministère burkinabé de la Santé reconnaît que la capacité des acteurs (sages-femmes) à détecter les grossesses à risque est faible. Ainsi, dans de nombreux districts du pays, la proportion de grossesses à risque dépistées est de deux à trois pour cent pour une norme estimée à cinq pour cent.

En 2006, le gouvernement avait adopté une politique de subvention prévoyant la prise en charge de 80 pour cent des frais d’accouchement et la gratuité totale pour les femmes les plus pauvres, affirme le ministère. Le gouvernement «fait ce qu’il peut avec ses moyens», estime Dr Souleymane Sanou, directeur général de la santé au Burkina. «Si des partenaires veulent nous aider, ils sont les bienvenus», dit-il, reconnaissant par ailleurs que la caravane est une bonne idée si elle peut amener les femmes à fréquenter les centres de santé pour les consultations prénatales et les accouchements.

Selon Sanou, une mutuelle dans un district de l’est du Burkina et une ONG du Sahel permettent aux femmes enceintes de ces deux régions de bénéficier d’une prise en charge de 100 pour cent des soins dans les centres de santé.

Mais selon AI, cette politique est mal connue des populations qui se laissent souvent exploiter par des personnes sans scrupule. Amnesty International estime également que le manque de critère pour déterminer les bénéficiaires de la mesure et le coût (les 20 pour cent restants payés par les femmes) restent un obstacle important dans l’accès aux soins.

Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), qui finance la plupart des activités relatives à la santé de la reproduction, reconnaît l’existence du problème, mais admet que des solutions sont envisageables.

«C’est vrai que les obstacles financiers existent, l’application des mesures est difficile», admet Olga Sankara, chargée de programmes au bureau de l’UNFPA à Ouagadougou.

L’UNFPA a soutenu le ministère de la Santé pour faire une campagne de communication car il y a des populations qui ne sont pas informées et se font abuser par des agents de santé, déclare Sankara à IPS.

«L’argent qu’on donne dans le cadre de la subvention est presque sans contrôle, et il faudra trouver un moyen afin que ce ne soit pas le prestataire (de service) qui gère les moyens; la réflexion est ouverte», affirme Sankara. Selon l’Enquête démographique de santé de 1998-1999, les principales causes des décès maternels dans les formations sanitaires sont les hémorragies (30 pour cent), et les infections (23 pour cent). Les autres causes sont la rétention placentaire, les ruptures utérines, les complications des avortements, les éclampsies, et les anémies. Amnesty International a par ailleurs appelé le gouvernement burkinabé à étendre et à améliorer l’accès des femmes aux services de planification familiale.

Le ministère de la Santé affirme que le taux de prévalence contraceptive est en croissance, mais il reste encore bas, ne touchant que 14,48 pour cent des femmes dans le pays.

Selon le Programme national de développement sanitaire, l'objectif pour la planification familiale est d'augmenter le taux de prévalence contraceptive – pour des méthodes modernes – de six pour cent en 1998 à 19 pour cent en 2015. Cette année est prévue par l’ONU pour voir réduit de trois quarts le taux de mortalité maternelle comme un des Objectifs du millénaire pour le développement.