GAROUA, 28 août (IPS) – “Je suis venu planter des arbres — c'est pour cela que j'ai laissé ma veste et ma cravate à Yaoundé”, a déclaré le ministre camerounais des Forêts et de la Faune, Elvis Ngolle Ngolle, au lancement de la plantation des arbres dans un petit village non loin de la ville de Kousseri, dans le nord du pays.
En quatre minutes, le ministre et son staff avaient planté une centaine d'arbres comme un rempart contre l'avancée rapide du désert. Environ 80.000 arbres ont été plantés dans cette région — décrite par le maire de Kousseri, Mahamat Abdoulkarim, comme la porte d'entrée du désert au Cameroun. Plus d'un million d'arbres seront plantés dans tout le Cameroun cette année. “C'est la contribution du pays aux efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique”, a déclaré le ministre. Il a dit que planter des arbres n'est plus l'affaire des professionnels mais la préoccupation de tout le monde, tout en mettant l'accent sur le fait que les gens doivent non seulement planter des arbres, mais aussi les entretenir pour s'assurer que les arbres poussent bien. Dans la zone sahélienne sèche du Cameroun, environ 97 pour cent de la population dépendent du bois comme première source de combustible pour la cuisson des aliments. “Aujourd'hui, l'exploitation du bois de chauffe est une activité commerciale intense dans le nord. C'est une source très importante d'emploi pour les habitants et si on doit l'arrêter, il faut rechercher une autre source d'emploi”, souligne Jacques Billong, le délégué de la Province du Nord pour l'environnement et la protection de la nature.
C'est dans cet esprit que le ministre Ngolle Ngolle est en train de sillonner le pays au cours de ce mois pour éveiller la conscience nationale sur la nécessité de planter plus d'arbres. Dans la partie méridionale du pays, l'exploitation commerciale du bois constitue le problème le plus important. Le nord est miné par une perte significative de la savane boisée originale en raison de l'agriculture itinérante, du surpâturage par le bétail, de l'exploitation artisanale du bois pour les besoins d'énergie domestique, des feux de brousse dévastateurs, de la chasse aux trophées et du braconnage. Par suite des guerres et des coups d'Etat au Tchad voisin, la partie septentrionale du Cameroun a été témoin d'un afflux significatif de réfugiés avec la pression foncière supplémentaire qui s'ensuit.
Dans le nord, presque toutes les aires protégées, les réserves et les parcs sont en train d'être réduits. Dans la division administrative de Faro, les gens défrichent de vastes superficies boisées, exposant ainsi la terre et les hommes à des conditions extrêmes pendant la saison sèche. Entre janvier et approximativement la mi-mai, les températures atteignent parfois 47 degrés Celsius dans cette région.
“Durant toute cette période, il nous faut simplement dresser nos moustiquaires sur les vérandas en dehors de nos chambres”, confirme Ngwa Bah, un enseignant du primaire en poste à Garoua, une ville dans laquelle chaque maison a ses arbres, plantés pour adoucir les fortes températures. “Depuis neuf à 10 ans maintenant, les lits des fleuves sont à sec. Il y a des ruisseaux qui auparavant coulaient en permanence, mais aujourd'hui, on n'y trouve de l'eau qu'en plein cœur de la saison pluvieuse”, affirme Clement Njiti, directeur adjoint du Corps de la Paix, chargé de l'agro-foresterie et de l'environnement. Il déclare que 78 pour cent des habitants de Garoua dépendent du bois de chauffe pour la cuisson des aliments; en dehors de la ville, le bois de chauffe est la seule source de combustible. Gatwe Juskine, un technicien des eaux et forêts, explique que le désert avance à un rythme alarmant. D'un point d'observation en dehors de Garoua, l'on voit une plaine vide qui s'étend à perte de vue, balayée par les vents du sud. Dans certains villages, les femmes parcourent cinq kilomètres à pied pour aller puiser de l'eau. Les hommes disputent les points d'eau avec les animaux. Dans les principaux parcs de faune, plusieurs espèces dont le rhinocéros noir, l'hippopotame, les chiens sauvages, le guépard et les panthères sont menacées de disparition puisqu'il ne reste que de petites portions de la savane boisée. Nombre d'éleveurs de bétail se déplacent en permanence vers le sud à la recherche des terres de pâturage.
Tout au début des années 1980, l'Opération Sahel vert avait planté environ 10 millions d'arbres dans un effort visant à arrêter l'avancée du désert, mais ce programme a brusquement pris fin en raison des crises économiques généralisées. Certaines des méthodes répressives utilisées — y compris les saisies de bois et de charbon ainsi que la détention des personnes soupçonnées d'exploitation illégale du bois — sont encore appliquées, mais le désert continue d'avancer sans relâche vers le sud. Les ONG locales et internationales et même le secteur commercial sont intervenus pour appuyer les efforts renouvelés du gouvernement. Le Fonds mondial pour la nature est en train d'exécuter actuellement un projet de reboisement avec l'appui d'une importante compagnie de téléphonie mobile. Le projet “Arbre pour la vie” vise à planter au moins 90.000 arbres, dont environ le quart sera constitué d'arbres fruitiers. L'objectif est d'encourager les populations locales à voir et à sentir les avantages du reboisement et de protéger les plants nouvellement mis en terre. Njiti du Corps de la Paix adhère à cette stratégie : “En dernière analyse, le seul moyen de sauver la situation est de planter des arbres pour arrêter l'avancée du désert. Mais nous ne devons pas planter n'importe quels arbres; ils doivent être des arbres qui poussent vite et qui servent à beaucoup de choses”.
Billong résume la situation comme suit : “Je peux affirmer que la lutte contre la désertification est ancrée dans la mentalité des gens dans le nord, car ils la sentent. Mais la pauvreté et le chômage les poussent à continuer de mettre la pression sur la savane boisée”.

