BERLIN, 10 juin (IPS) – L'état de l'économie mondiale sera en tête, comme d'habitude, de l'ordre du jour du sommet du G8 des principales nations occidentales industrialisées. Mais le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda, qui présidera ce rassemblement de haut niveau, tient à consacrer une attention égale au changement climatique et au développement de l'Afrique.
Le sommet du G8 du 7 au 9 juillet à Hokkaido Toyako se tiendra environ cinq semaines après les rencontres du sommet Japon-Afrique, du 28 au 30 mai à Yokohama, dans le cadre du quatrième round de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD). Le Premier ministre nippon a rassuré 40 chefs d'Etat et de gouvernement africains dans des rencontres bilatérales qu'il transmettrait leurs préoccupations et souhaits au G8 (les huit pays les plus industrialisés: Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, Etats-Unis, Canada, Japon et Russie), a déclaré Shigeyuki Hiroki, directeur général adjoint pour la coopération internationale au ministère des Affaires étrangères, au directeur Europe de IPS, Ramesh Jaura, au cours des rencontres de la TICAD. Quelques extraits de l'interview: IPS: Qu'est-ce que votre Premier ministre envisage de faire pour l'Afrique au sommet du G8?
Shigeyuki Hiroki (SH): Notre Premier ministre informera d'autres participants de ce que le Japon fera, notamment doubler notre APD à l'Afrique pour atteindre 1,8 milliard de dollars d'ici à 2012, au cours des cinq prochaines années. Il transmettra également aux autres chefs d'Etat et de gouvernement les souhaits des dirigeants africains exprimés (à la TICAD IV) à Yokohama. Le développement et le changement climatique sont deux questions cruciales. IPS: Avez-vous l'intention d'inviter des chefs d'Etat et de gouvernement africains au sommet du G8?
SH: Nous invitons un groupe de huit comprenant l'Afrique du Sud, l'Algérie, l'Ethiopie, le Ghana, le Nigeria, le Sénégal, la Tanzanie et l'Union Africaine (UA) pour discuter des questions concernant le développement de l'Afrique. IPS: Et à propos des 05 (les cinq grands pays émergents) invités par l'Allemagne, l'année dernière au sommet du G8 à Heiligendamm?
SH: Nous sommes en train d'élargir ce groupe à huit et avons invité l'Australie, le Brésil, la Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Mexique, la Corée et l'Afrique du Sud. Ce groupe se concentrera sur le changement climatique en discussions avec le G8. IPS: Le Japon traîne loin derrière d'autres nations industrialisées et ne fournit que 0,17 pour cent de son revenu national brut (RNB) comme l'APD (aide publique au développement). Avez-vous fixé un calendrier pour atteindre l'objectif de l'ONU de 0,7 pour cent? Voyez-vous une quelconque possibilité pour votre Premier ministre d'annoncer au sommet du G8 que le Japon augmentera son APD à au moins 0,3 pour cent d'ici à 2015, la date limite pour réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)?
SH: La nôtre est une approche progressive. Nous disons seulement des choses que nous pouvons réellement donner. Nous ne sommes pas sûrs de ce qui se passera dans notre programme d'APD d'ici à 2015. Donc nous aimerions doubler notre APD pour l'Afrique au cours des cinq prochaines années, d'ici à 2012. Ensuite, nous verrons ce que nous avons réalisé. Il se pourrait que notre RNB change d'ici à cette date et que nous soyons obligés de réajuster notre programme. Nous aimerions beaucoup aller vers 0,7 pour cent dès que possible. Mais nous ne prévoyons pas à l'avance de faire quelque chose à partir de 2000 et plus si bien que nous ne savons pas si nous pouvons ou pas. Ce n'est pas notre manière d'aborder la question. IPS: Est-ce une partie du problème selon lequel au Japon, il n'y a pas de tradition de charité comme en Grande-Bretagne ou dans d'autres pays européens?
SH: Non, je ne pense pas. Un grand nombre de Japonais ont fait des dons aux personnes qui sont victimes des catastrophes naturelles en Chine et au Myanmar (Birmanie). Donc je pense que l'esprit est le même au Japon comme ailleurs, l'esprit d'aider les gens qui sont terriblement dans le besoin, où qu'ils soient. IPS: Que qualifierez-vous de résultat majeur de la TICAD IV, le quatrième round de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique?
SH: D'abord, l'appropriation et le partenariat sont les deux principaux piliers du processus de la TICAD qui a commencé depuis 1993. Dans la TICAD IV, nous avons confirmé la validité de ces concepts.
Deuxièmement, nous pourrions nous mettre ensemble et discuter de la crise alimentaire qui est d'un intérêt capital pour bon nombre de pays africains en développement. Nous sommes parvenus à la conclusion que — comme l'indiquent les documents finaux, et abordés par le Premier ministre dans le résumé du président — c'est un défi pressant qui demande une attention urgente. Troisièmement, des pays africains se sont rendu compte de la gravité du réchauffement mondial. Plusieurs pays ont apprécié les efforts du Japon dans le sens d'un 'Cool Earth Partnership'. Notre Premier ministre a annoncé un programme de 10 milliards de dollars pour les cinq prochaines années. Puisque plusieurs pays africains ont de grandes difficultés à s'adapter au changement climatique, nous pensons être en position d'offrir la plus grande partie de ce montant pour améliorer leur situation. IPS: Des pays africains se plaignent que c'est un fonds mondial et qu'il serait absorbé par les économies plus grandes, particulièrement en Asie.
SH: La première étape importante est qu'ils se joignent à nous dans ce partenariat — en fait beaucoup de pays africains ont manifesté leur intérêt dans ce partenariat. Ensuite, nous évoluerons vers la seconde étape. Je suis très sûr que plusieurs pays africains peuvent bénéficier de ce partenariat. IPS: Si je vous ai bien compris, voulez-vous dire qu'avant la TICAD IV, bon nombre de pays africains ne se rendaient pas compte de l'ampleur de la situation provenant du réchauffement mondial?
SH: Le fait est que, bien qu'ils soient conscients –- avant et maintenant — de la gravité de la situation, la TICAD IV leur a montré le chemin vers des mesures concrètes pour faire face eux-mêmes au problème. La désertification, par exemple, est un problème extrêmement grave. Le 'Cool Earth Partnership' donne une solution pour sortir d'une situation difficile. IPS: Qu'est-ce qui fait la différence ente le 'Cool Earth Partnership' et d'autres programmes existants?
SH: L'objectif du 'Cool Earth Partnership' est que le développement doit aller de pair avec la protection environnementale. Donc nous ne contestons pas les souhaits des pays africains de se développer tant qu'ils adopteront l'idée de cette approche d'ensemble. IPS: La célébrité irlandaise Bono de l'orchestre U2 de rock critique le gouvernement japonais pour avoir trompé le public quand il déclare que l'APD à l'Afrique sera doublée pour atteindre 1,8 milliard de dollars au cours des cinq prochaines années, d'ici à 2012.
SH: Nous avons contacté M. Bono. Il veut que le Japon joue un rôle de leader sur la route vers le développement de l'Afrique. Nous aimerions promouvoir l'idée de fournir assez de soutien pour le développement de l'Afrique. Nous avons pris l'engagement de ce que nous pouvons donner. Et M. Bono comprend l'importance de notre engagement, et nous donnerons ce que nous avons promis. Nous avons tenu nos promesses durant tout le processus de la TICAD au cours des 15 années précédentes. Et nous ferons de même au cours des cinq prochaines années. IPS: A quel point la TICAD IV a-t-elle aidé à changer l'attitude de base d'un Japonais moyen vis-à-vis de l'Afrique ou des pays en développement?
SH: Le peuple nippon sent un engagement beaucoup plus grand vis-à-vis de l'Afrique. L'Afrique était à la télévision, à la radio et dans les journaux tous les jours tout au long du mois de mai. Cela a emmené le public japonais à comprendre et apprécier les problèmes et espoirs des Africains. Cela constitue un grand changement pour l'image de l'Afrique dans les esprits des Japonais moyens.

