YOKOHAMA, Japon, 6 juin (IPS) – Si le gouvernement japonais espérait des garanties des nations africaines qu'elles soutiendraient sa candidature pour un siège permanent au Conseil de sécurité, elles ont plutôt des raisons d'être déçues par les résultats de la quatrième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD IV), la semaine dernière.
L'Afrique représente environ 25 pour cent des 192 membres de l'Assemblée générale, et pèserait d'un poids considérable lorsqu'il s'agira de voter pour la réforme de l'organisation mondiale afin d'agrandir le nombre des membres permanents du Conseil de sécurité. Le thème principal de cette conférence de trois jours, du 28 au 30 mai dans la ville portuaire de Yokohama, près de Tokyo, n'était pas la réforme du Conseil de sécurité, mais 'Vers une Afrique vivante : un continent d'espoir et d'opportunités'. Les discussions ont donc porté sur le renforcement de la croissance économique; assurer 'la sécurité humaine', notamment la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et la consolidation de la paix et de la bonne gouvernance; et aborder les questions environnementales et le changement climatique.
Mais de hauts fonctionnaires du gouvernement et des membres influents du parlement japonais, qui ne voulaient pas être nommés, n'ont pas caché le fait qu'ils espéraient le soutien de l'Afrique à l'ONU.
Le processus de la TICAD a été lancé en 1993 lorsque "la fatigue de l'aide" s'était installée après la fin de la Guerre froide au cours de laquelle des anciennes puissances coloniales et les Etats-Unis donnaient de l'aide au développement pour empêcher l'Afrique de se rapprocher des pays communistes présidés par l'Union soviétique. Le processus de la TICAD, soutenu par le Bureau du conseiller spécial des Nations Unies pour l'Afrique (UNOSAA), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale, a continué avec la TICAD II en 1998 et la TICAD III en 2003. Il est devenu un cadre mondial très important en vue de faciliter des initiatives pour le développement de l'Afrique. La TICAD IV, la dernière, est venue à un moment où le taux de croissance économique moyen de l'Afrique a atteint 6 pour cent, la consolidation de la paix et la démocratisation s'installent, et des pays s'attaquent au changement climatique et aux questions environnementales.
Cinquante et un des 53 pays africains ont pris part au quatrième round de la TICAD, 40 à travers leurs présidents, vice-présidents ou Premiers ministres. Au nombre d'autres participants, figurent 74 organisations internationales et régionales, le secteur privé, les organisations de la société civile, et d'éminentes personnalités telles que le lauréat kényan du Prix Nobel, Wangari Matthai. Ont également pris part à cette conférence des représentants de 34 pays partenaires, notamment les grands pays industrialisés du G8 et des pays asiatiques. "La TICAD IV est devenue l'une des plus grandes conférences internationales jamais organisées par le gouvernement japonais", a déclaré un haut fonctionnaire du ministère nippon des Affaires étrangères. "Je pense que la confiance entre les pays africains et le Japon s'est cristallisée". Ceci ne le devait pas moins aux rencontres bilatérales que le Premier ministre Yasuo Fukuda a eues avec 40 dirigeants africains. Il a reçu ce que le fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères a qualifié de "réponses variées". Le soutien le plus ferme serait venu du président ghanéen, John Kufuor. "Nous soutiendrons le Japon à devenir un membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU", a-t-il dit. Toutefois, la réponse de certains pays était loin d'être encourageante. "Je repartirai dans mon pays avec la question et l'examinerai", a déclaré le président Hifikepunye Pohamba de Namibie. En résumant les réactions africaines, le fonctionnaire japonais a dit : "La plupart des pays participants ont fait preuve de compréhension ou de soutien à la question de (l'ONU). Toutefois, seuls quelques pays sont allés au-delà de leurs positions passées et ont exprimé leur soutien pour notre candidature. "L'Algérie, l'Egypte, la Libye ont affirmé qu'ils n'approuveront pas la réforme du Conseil de sécurité s'ils ne peuvent pas devenir membres permanents eux-mêmes. Certains pays font montre d'un soutien superficiel au Japon alors que dans leur cœur, ils sont moins que favorables", selon un commentaire de l'édition en ligne du quotidien japonais prisé 'Yomiuri'. Le porte-parole du ministère des Affaires extérieures, Kasuo Kodama, a nié les rumeurs dans certains journaux, selon lesquelles, à l'instar de la Chine et de l'Inde, le Japon se jetait simplement dans la course pour les riches ressources de l'Afrique. Mais il a tenu à souligner que la participation africaine à la TICAD IV était plus grande que celle au Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), l'an dernier à Beijing. Par ailleurs, un plus grand nombre de pays africains (40) étaient représentés par leurs chefs d'Etat ou de gouvernement à la conférence de Tokyo qu'à la rencontre de Beijing (35).
Cependant, le Japon a un long chemin à parcourir pour rivaliser avec la Chine dans son commerce avec l'Afrique. Le commerce de la Chine avec des pays africains s'élevait à 73,5 milliards de dollars en 2007. Le commerce entre le Japon et l'Afrique s'élevait à 26,6 milliards de dollars. Le Japon a annoncé un large éventail de mesures à la TICAD IV pour renforcer les relations avec l'Afrique. Il s'agit notamment pour le Japon de doubler l'aide publique au développement (APD) à l'Afrique dans les cinq prochaines années, portant l'aide annuelle des 900 millions de dollars actuels à 1,8 milliard de dollars d'ici à 2012. Le Japon accordera également jusqu'à quatre milliards de dollars de prêts à taux bonifié à l'Afrique au cours des cinq prochaines années pour aider à améliorer des infrastructures. Le Premier ministre Fukuda s'est également engagé à accorder 50 millions de dollars pour aider des pays en développement, notamment ceux d'Afrique, à accroître la production alimentaire, en plus des 100 millions de dollars déjà accordés pour l'aide. L'argent sera utilisé pour fournir des semences, de l'engrais et des machines aux agriculteurs pauvres pour les aider à produire davantage, ont indiqué des officiels japonais. Mais les pays africains pensent que le Japon, la troisième plus grande économie du monde, devrait faire davantage. Dans un discours-programme le 27 mai, le président de la Tanzanie, Jakaya Mrisho Kikwete, qui préside également l'Union africaine (UA), a salué l'annonce d'une aide supplémentaire par le Premier ministre japonais, mais a affirmé : "L'Afrique a besoin de plus d'APD pour développer ses infrastructures, son capital humain et améliorer la fourniture des services sociaux et économiques de base".

