LILONGWE, 4 oct (IPS) – Au Malawi, jusqu'à un quart de tous les ménages sont dirigés par des femmes. L'agriculture est le pilier de l'économie et quelque 80 pour cent des Malawites dépendent directement de ce secteur. Avec une moyenne de six enfants par ménage, la plupart des femmes s'engagent dans de petites entreprises pour arrondir leurs revenus issus des activités agricoles.

Comme le commerce devient de plus en plus sophistiqué et mondial, les petites femmes d'affaires du Malawi sont confrontées à un défi majeur, celui d'être à la hauteur des changements — spécialement parce que le taux d'alphabétisation des femmes adultes représente environ quelques misérables 44 pour cent. (Jusqu'à 72 pour cent des hommes sont lettrés). Seulement cinq pour cent des femmes au Malawi, en Zambie, au Zimbabwe, au Swaziland, en Namibie et en République démocratique du Congo sont informées des opportunités d'affaires disponibles dans la région, selon une étude de 2007 réalisée pour le compte du Marché commun pour l'Afrique orientale et australe (COMESA). Les résultats de cette recherche ont également montré que les femmes d'affaires du COMESA font face aux mêmes défis concernant leur capacité à pénétrer dans le marché de l'exportation. Ces conclusions constituent un avertissement pour les femmes de la région, a déclaré Mary Malunga, présidente de la Fédération des associations nationales des femmes d'affaires du COMESA (FEMCOM). Elle préside également l'Association nationale des femmes d'affaires du Malawi (NABW). La FEMCOM travaille dans le sens de la promotion des programmes qui intègrent les femmes dans le commerce et le développement depuis juillet 1993. Elle s'est actuellement engagée dans un programme visant à sensibiliser les femmes au sein de la zone de libre-échange (FTA) du COMESA sur les marchés d'exportation. La FTA comprend Djibouti, l'Egypte, le Zimbabwe, la Zambie, le Madagascar, le Soudan, l'Ile Maurice, le Malawi et le Kenya. "Nous voulons renforcer les capacités des membres de la FEMCOM dans la gestion des affaires et des exportations pour que les femmes de la région soient en mesure de faire concurrence favorablement à la fois sur le marché régional et mondial", a indiqué Malunga à IPS. Les secteurs sur lesquels la FEMCOM se concentre sont l'agriculture, la pêche, l'exploitation minière, l'énergie, le transport et la communication. L'organisation regarde également vers les ressources naturelles dans le but d'améliorer les conditions économiques des femmes. Le COMESA a une politique de genre qui souligne clairement le rôle important des femmes dans les activités régionales. Malgré cette politique et la vision ainsi que les objectifs nobles du COMESA, déclare Malunga, l'inégalité de genre reste un problème majeur qui affecte les efforts d'intégration régionale. "Les femmes en particulier ont tendance à avoir un accès limité aux marchés régionaux et internationaux. Mais les facteurs qui engendrent cette situation n'ont pas fait l'objet d'une étude bien élaborée", s'inquiète Malunga. La compréhension du régime commercial du COMESA par les femmes d'affaires malawites est minime. La nature et le niveau de participation des femmes d'affaires malawites au commerce intra-régional du COMESA se font uniquement à travers le commerce informel transfrontalier. La FEMCOM a découvert que malgré le lancement de la zone de libre-échange du COMESA en 2000, des femmes commerçantes dans les différents Etats membres sont toujours soumises au harcèlement douanier. Ceci comprend des fouilles injustifiées et la confiscation des biens par des douaniers qui ne sont pas sensibles au genre. Ces expériences découragent plusieurs femmes à entreprendre des activités au-delà de leurs frontières. D'autres problèmes majeurs rencontrés par les femmes au sein du COMESA sont des procédures inhabituelles et compliquées dans la gestion des exportations, le manque de compétences pour le contrôle de la qualité, le conditionnement, la gestion et les techniques d'importation. "L'accès inadéquat à l'information commerciale et à l'étude de marchés constitue également une barrière importante à la participation des femmes au commerce. Les femmes ont tendance à être plus sérieusement touchées que les hommes par ces problèmes du fait du niveau d'instruction bas de la majorité des femmes au sein du COMESA", souligne Malunga. Elle est également préoccupée du fait que des femmes pourraient être exclues par inadvertance des avantages de la zone régionale de libre-échange à cause des procédures compliquées, telles que l'adhésion aux règles d'origine dans le but d’exempter des biens de taxes douanières.

"La plupart des femmes peuvent ne pas être au courant de cette exigence à cause de l'analphabétisme et du manque d'informations tandis que la majorité peut ne pas avoir les qualités requises pour recevoir des certificats d'origine à cause des procédés de production qu'elles utilisent", indique Malunga. L'accès inadéquat aux crédits et aux financements a été également cité par la présidente de la FEMCOM comme barrière principale à la participation effective des femmes dans le commerce régional et international. Elle dit que l'exigence des nantissements empêche beaucoup de femmes d'être à même d'accéder aux crédits puisqu'elles ont un accès et un contrôle limités sur la propriété.

La faible qualité des biens produits par les femmes est une autre barrière qui les bloque en les empêchant de faire concurrence efficacement dans des économies libéralisées.

D'autres facteurs conduisant aux défis sont l'incapacité de former des partenariats et des entreprises communes, l'inadéquation des sources de capitaux pour les femmes entrepreneurs et la faible capacité des associations commerciales féminines. La formation qui a été formulée par la FEMCOM comporte par conséquent la sensibilisation sur le régime commercial du COMESA, la gestion de la qualité, le conditionnement, l'information sur le marché, la gestion des normes et des affaires. Les femmes malawites ont les possibilités pour percer sur le marché régional avec des biens et des produits fabriqués localement, déclare Evans Lwanga, consultant travaillant au secrétariat du COMESA et qui forme actuellement les femmes dans le marketing de l'exportation. "Il y a beaucoup de possibilités. Ces femmes sont très laborieuses. Le défi est qu'elles manquent d'informations au sujet des marchés", Selon Lwanga. "Le COMESA est intervenu pour renforcer les capacités des femmes afin qu'elles soient informées des accords commerciaux dans la région". Le programme à long terme de la FEMCOM est de renforcer ses propres capacités pour fournir des ressources techniques et financières. Son objectif est de permettre aux femmes d'affaires de participer activement au commerce intra-régional de façon formelle. La FEMCOM Malawi travaille également pour créer une association des femmes exportatrices qui plaidera activement pour des politiques favorables à l'implication des femmes dans le marché de l'exportation. Elle fera également pression sur les décideurs pour le compte de ses membres afin de les alerter sur les problèmes que les femmes rencontrent spécialement aux postes frontaliers. La FEMCOM a demandé au gouvernement du Malawi d'impliquer des associations commerciales et des individus dans la formulation des politiques qui ont un impact direct sur leurs activités. En outre, des douaniers et des agents de postes frontaliers devraient être formés dans le traitement de la clientèle et la connaissance du régime commercial du COMESA.