OUAGADOUGOU, 30 août (IPS) – Le bois sacré de Ouagadougou, appelé ‘’poumon vert’’ de Ouaga, longtemps abandonné, pillé de ses ressources naturelles, devenu le repère des bandits, est enfin réhabilité.
Il est aujourd’hui un rempart efficace contre l’avancée du désert dans une grande ville du Sahel. Sa réhabilitation, commencée depuis 1997, arrive presque à son terme en 2007, soit dix années plus tard.
Le bois sacré de Ouagadougou, désormais appelé Parc de Bangréwéogo, ‘’forêt du savoir’’ en langue locale Moré, autrefois propriété de l’empereur des Mossi, est un espace d’environ 300 hectares de forêt tropicale située à l’est de la capitale burkinabé, Ouagadougou.
‘’La végétation de cette forêt avait été presque entièrement dévastée. Les populations riveraines venaient y chercher du bois de chauffe et d’autres herbes prisées pour leurs vertus thérapeutiques’’, raconte à IPS Moustapha Saar, directeur général de Bangréwéogo, aujourd’hui érigé en parc.
La forêt de Bangréwéogo avait été tellement négligée. Elle était devenue une poubelle urbaine où tout le monde venait déposer ses déchets : les industries, les ménages, l’administration, etc. Même les délinquants de la ville y avaient élu domicile, indique Saar.
Petit à petit, ‘’la poubelle s’était retrouvée au coeur de la ville’’, précise-t-il. Il fallait donc réagir et agir, mais vite. Le parc ne pouvait rester dans cet état de dégradation.
‘’Nous sommes allés vers les populations et les chefs coutumiers pour leur expliquer l’importance de préserver cette forêt urbaine et ils ont adhéré à notre programme de réhabilitation’’, explique Saar. ‘’Nous leur avons fait comprendre qu’elle nous appartient à tous et que c’est ensemble que nous devons la protéger’’, poursuit-il.
Les autorités municipales y ont créé un jardin botanique planté d’espèces végétales locales autrefois disparues. Environ 1.500 nouvelles espèces y sont réintroduites chaque année, mais beaucoup de ces arbres meurent quelques mois plus tard, faute d’arrosages réguliers. Le taux de réussite est d’environ 80 pour cent.
Aussi, beaucoup d’autres arbres sont mis en terre chaque année à l’occasion de la journée annuelle de l’arbre.
En juillet et août de cette année, la ville a élaboré un programme de mise en terre d’environ 4.000 plants par diverses associations de lutte contre la désertification.
On voulait ‘’réconcilier la population avec sa forêt’’, explique Michel Yaméogo, ingénieur des Eaux et Forêts, un des artisans de la réhabilitation de la forêt.
Environ 72 hectares de cette forêt ont été exclusivement aménagés pour les animaux. Les autorités qui gèrent le parc indiquent qu’il abrite aujourd’hui environ 200 caïmans, qu’on ne doit jamais tuer, parce qu’ils sont sacrés, plus de 225 espèces d’oiseaux, des hyènes, des antilopes, des singes, des serpents, des phacochères, des tortues, etc.
‘’Le plus gros acquis de ce parc est qu’il est devenu aujourd’hui un espace d’évasion pour le citadin et les touristes’’, précise Yaméogo.
Après sa réhabilitation, les chefs coutumiers, gardiens de la tradition et autres chefs religieux ont également retrouvé en ce parc le lieu autrefois perdu de leurs cérémonies traditionnelles.
Baloum Naba, chef de Toukin, une bourgade proche de Ouagadougou, dans le centre du pays, se rappelle, avec douleur, toutes ces années où les cérémonies d’initiation et de libations se tenaient loin des fétiches qu’ils implorent au quotidien pour conjurer le mauvais sort ou obtenir de bonnes récoltes.
Pendant les années de dégradation de la forêt, surtout entre 1997 et 2007, raconte Naba, ‘’nous étions obligés de faire nos cérémonies d’initiation à la maison, loin de nos fétiches, cela nous faisait de la peine’’, confie-t-il, amer.
Les chercheurs, les enseignants, et leurs étudiants ont également trouvé en cette forêt un environnement propice à la recherche et à l’observation.
Issaka Kabore, un phytochimiste, y emmène ses étudiants de troisième cycle pour leur apprendre à mieux connaître les plantes, leurs différentes parties, leurs vertus, etc.
‘’Sur le plan académique, quand vous apprenez à un étudiant l’utilisation des plantes, c’est purement descriptif. Mais ici, c’est vivant, c’est concret’’, explique Kabore.
Le parc reçoit par ailleurs, chaque année, une cinquantaine de d’étudiants stagiaires, dont une douzaine d’Européens, qui viennent faire des recherches ou préparer leurs mémoires de fin d’études en botanique.
‘’Grâce à ce parc situé au cœur de la ville, toute la pollution atmosphérique est absorbée par les arbres, et cela a pour effet de purifier l’air et d’atténuer l’action de la poussière’’, confie Tidiane Zougouri, directeur du Laboratoire national de l’environnement.
Selon la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, élaborée à New York et adoptée le 9 mai 1992, ce genre de forêt urbaine, qui absorbe la poussière et amoindrie les effets du réchauffement, est recommandé dans toutes les villes du monde.
Les autorités municipales ont déjà dépensé, depuis 2001, environ 2,6 millions de dollars pour aménager le parc. Et pourtant, elles restent inquiètes car toute menace sur cet espace n’est pas éloignée.
En dehors des eaux de pluie et des eaux usées non évacuées, la principale menace qui pèse sur cette forêt reste le chrome, ‘’ce métal lourd, très toxique, pour l’homme, le sol et les animaux’’, que les industries de Ouagadougou y ont déposé pendant des années et qui n’a pas été complètement nettoyé jusqu’à ce jour, indique Zougouri.

