LE CAP, 12 juil (IPS) – Des chauffe-eau solaires offrent la possibilité aux gens d'économiser de l'argent, d'augmenter la sécurité de l'approvisionnement en énergie sur le plan local et national — et de réduire les émissions à effet de serre supposées être à l'origine du changement climatique. Cependant, des toits à travers l'Afrique du Sud sont nettement nus.
Selon une recherche publiée cette année par Energie durable Afrique, une organisation non-gouvernementale (ONG) basée au Cap, ville côtière sud-africaine, moins d'un pour cent des ménages ont des chauffe-eau solaires (SWH) — même si l'Afrique du Sud est inondée de la lumière du soleil.
Actuellement, Le Cap envisage de changer cet état de choses, avec un nouvel Arrêté sur le chauffage de l'eau à l'énergie solaire.
L'initiative vient à la suite de nombreuses pannes d'électricité dans la ville il y a environ un an, quand divers facteurs ont fait que tous les deux réacteurs de la Centrale électrique nucléaire de Koeberg ont fonctionné en dessous de la pleine capacité au même moment. L'un des réacteurs a besoin d'être réparé après avoir causé un dommage à générateur, et ceci pendant que le second était en train d'être ravitaillé en carburant. Le ministre des entreprises publiques, Alec Erwin, semblait au départ indiquer que le générateur avait été la cible d'un sabotage — mais plus tard, il a nié avoir suggéré cela. Environ 400 des 4.300 mégawatt/heures (MWh) nécessaires par jour pour Le Cap et ses alentours n'ont pas été fournis pendant approximativement cinq mois, soulignant le danger d'avoir ces zones tellement dépendant d'une seule centrale électrique.
La technologie du solaire, disponible au moins depuis les années 1950, semble bien placée pour servir de source d'énergie alternative dont Le Cap a si nettement besoin. Les appareils de chauffage sont relativement chers à installer, coûtant environ entre 555 et 2.085 dollars. Mais ils demandent peu d'entretien et sont également durables, pendant environ 25 années. Ceci permet aux utilisateurs de rentrer dans leurs fonds d'installations à travers des économies d'électricité futures. En vertu de l'arrêté proposé — le premier du genre en Afrique du Sud — il sera exigé de la plupart des nouveaux bâtiments (et ceux en train d'être rénovés) d'une valeur de plus de 70.000 dollars environ, une participation d'au moins 60 pour cent pour leurs besoins en chauffage à base des appareils de chauffage solaires. La 'Stratégie d'énergie et de changement climatique' de 2005 de la ville s'est fixé pour objectif de voir 10 pour cent de tous les ménages de la ville utiliser un chauffage d'eau solaire d'ici à 2010. Des estimations officielles placent la population du Cap à 3,23 millions. La législation n'aborde pas le problème des coûts d'installation élevés : avec une absence d'incitations, ceci est considéré comme faisant partie des raisons les plus importantes pour lesquelles des gens n'achètent pas des appareils de chauffage d’eau solaires. Mais Osman Asmal, directeur de la gestion des ressources environnementales du Cap, déclare que la ville est "en train d’examiner" les incitations et les options de financement.
L'arrêté sur le SWH n'a pas été programmé sans tenir compte des autres programmes régionaux et nationaux d'efficacité de l'énergie, ajoute-t-il. Eskom, le service national d'électricité, a récemment annoncé des subventions significatives pour des installations de SWH — et le Cap est en train d'assurer que ses résidents pourront bénéficier de ce projet. Avoir simplement un nombre élevé d'appareils de chauffage et les faire fonctionner représentent également un défi. "Il n'y a aucun doute que la capacité d'installation constituera un problème", déclare Nerial Hurwitz du Chauffage d'eau solaire de Suntank, une firme basée dans la capitale, Pretoria. "Nous n'avons pas encore assez de plombiers et d'électriciens qualifiés". Un chauffe-eau solaire est typiquement composé d'un réservoir de stockage d'eau chaude ou chauffe-eau, et d'un caisson à cheval sur le toit (appelé collecteur) qui absorbe l'énergie du soleil et l'utilise pour chauffer l'eau du réservoir. Dans certains cas, toutefois, la ville peut simplement être en train de se créer des problèmes.
L'arrêté proposé conçoit des spécifications d'installation détaillées, par exemple, concernant l'angle auquel un collecteur devrait être monté pour assurer qu'il absorbera assez de lumière du soleil. Une déclaration sur le débit journalier d'eau chaude est aussi exigée de même que d'autres informations. Ces exigences avaient été retenues dans la conviction qu’elles étaient essentielles pour évaluer le succès de l’arrêté.
Mais est-ce que tout ceci est réellement nécessaire, demande David Rossiter du Régulateur australien d'énergie renouvelable, en Afrique du Sud, récemment pour prendre part au Sommet d'Afrique australe sur le chauffage solaire. "Nous reconnaissons que si vous avez dépensé de l'argent sur un chauffe-eau solaire, vous le mettrez approximativement au bon endroit!", souligne-t-il. L'Australie fait des remises aux ménages qui installent des chauffe-eau solaires — et la demande s'est accrue au point où le pays a déjà atteint le seuil de l'énergie renouvelable initialement fixé à 2010 : 9,5 millions de MWh supplémentaires d'énergie produite annuellement par des sources renouvelables. Le Brésil a également fait des avancées avec l'introduction de cette technologie. Trois villes de ce pays d'Amérique du sud ont déjà adopté des arrêtés sur le chauffage d'eau solaire, pendant que d'autres 12 pays sont en train de les examiner, déclare Delcio Rodrigues de l'Institut Vitae Vicilis, une ONG basée dans la capitale économique, Sao Paulo.
Des résidents utilisant des chauffe-eau solaires reçoivent une remise de 10 pour cent sur les taxes municipales — élevée à 15 pour cent si les appareils étaient fabriqués dans des villes où ils vivent. De plus, cinq universités et écoles techniques au Brésil donnent une formation dans l'installation du SWH, pour permettre au pays de ne pas souffrir de la crise de l'emploi à laquelle Hurwitz a fait allusion. "Nous ne pouvons pas avoir un arrêté obligeant toute personne à faire quelque chose, ou réduisant les taux, sans ce système de formation et de qualification", observe Rodrigues, qui a également participé au Sommet de l'Afrique australe sur le chauffage solaire, indiquant qu'il y a eu un accroissement de 15 pour cent dans les ventes de SWH depuis que des campagnes de sensibilisation publiques ont démarré anticipant sur la législation. Les arrêtés brésiliens ont été adoptés en décembre 2006.
Toutefois, la Namibie et le Kenya sont en train de lutter contre une pénurie des travailleurs qualifiés pour installer les appareils de chauffage. Shimweefeleni Hamutswe Jr du ministère namibien des Mines et de l'Energie, ainsi que Jared Atiang de l'ONG Réseau de l'énergie, de l'environnement et du développement pour l'Afrique, au Kenya, estiment, tous les deux, que ce manque est en train d'entraver les efforts pour élargir l'utilisation des SWH dans leurs pays. En Namibie, une directive du cabinet rend obligatoire l'usage des chauffe-eau solaires dans tous les nouveaux bâtiments publics et parapublics. A présent, l'arrêté du Cap sur les SWH est en train d'être examiné par les juristes de la ville. Un vote sur cette législation est attendu provisoirement dans les prochains mois, après quoi il est probable que cette loi entrera en vigueur progressivement pour donner du temps à la municipalité, à l'industrie, aux entrepreneurs en bâtiment, aux architectes et autres de se préparer, selon Asmal. Ceux qui soutiennent que des lois sont nécessaires — et qu'une augmentation des SWH peut être laissée au marché — sont en erreur, affirme Kevin Nassiep, président directeur général de l'Institut national sud-africain pour la recherche en énergie, associé avec l'Université du Cap.
"Un environnement d’acheteur et de vendeur consentants ne livrera pas à temps l'énergie renouvelable", indique-t-il. "Nous devons explorer d'autres méthodes de livraison". (*Cet article fait partie d'une série de papiers sur le développement durable rédigés par IPS-Inter Press Service et IFEJ-Fédération internationale des journalistes environnementalistes).

