DROITS-ZIMBABWE: Une autre tentative pour revendiquer l'indépendance des médias

HARARE, 22 juin (IPS) – Les professionnels des médias zimbabwéens ont procédé au lancement d'un organe d'autorégulation des médias malgré les menaces du gouvernement de prendre des mesures non précisées à leur encontre.

L'Alliance des médias du Zimbabwe (MAZ), une organisation non gouvernementale, a procédé au lancement du Conseil des médias du Zimbabwe (MCZ) au début de ce mois. Si les membres du MCZ ont leurs méthodes, le parti au pouvoir, le ZANU-PF, cessera sa domination sur les activités des médias du pays et chargera cet organe autonome de réguler et de surveiller de façon indépendante les médias au Zimbabwe.

Plusieurs journaux, y compris le quotidien indépendant du pays, 'The Daily News', et sa publication sœur, 'The Daily News on Sunday', ont été fermés par le gouvernement suite à l'introduction des lois sévères sur les médias visant à imposer des restrictions sur des reportages médiatiques. Les lois répressives que le gouvernement a introduites au cours des cinq dernières années ont vu également l'imposition des autorisations de l'Etat sur des journalistes locaux. Il est interdit aux journalistes étrangers de travailler dans le pays.

CNN et BBC figurent parmi les organes internationaux de radiodiffusion qui sont devenus victimes des mesures de répression du gouvernement. Le gouvernement considère ces organes comme responsables de la diffusion de fausses informations sur la situation du Zimbabwe. Les responsables du gouvernement voient un lien entre le lancement du parti politique de l'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) et ce qu'ils considèrent comme la propagande antigouvernementale des médias indépendants, qui vise à pousser les masses à se révolter contre le règne de 27 ans du président Robert Mugabe.

Le gouvernement croit que les médias indépendants supportent le MDC quand ils dénigrent la politique du gouvernement.

Apparemment, l'économie du Zimbabwe sombre de façon irréversible dans un gouffre dont le MDC rejette la responsabilité sur ce qu'il qualifie de mesures économiques, sociales et politiques insensées qui ont laissé des mendiants zimbabwéens dans un pays regorgeant de ressources naturelles.

Le taux d'inflation du pays tourne actuellement au tour de la barre de 3.000 pour cent, avec des analystes indépendants qui prédisent qu'il pourrait atteindre près de 10.000 pour cent d'ici à la fin de cette année si le gouvernement n'arrive pas à proposer un programme de sauvetage pour l'économie.

Le lancement du Conseil d'autorégulation des médias du Zimbabwe, selon Matthew Takaona, président de l'Union des journalistes du Zimbabwe, est un signal venant des journalistes selon lequel ils peuvent se réguler eux-mêmes, contrairement au scénario actuel où les opérations liées à l'information sont régulées par une commission nommée par le gouvernement. Tafataona Mahoso, qui a été décrit par ses opposants comme chanteur de louanges du parti ZANU-PF et bourreau des médias, préside actuellement la Commission des médias et de l'information — une institution officielle. S'adressant à environ 150 journalistes et membres de la société civile qui se sont réunis pour assister au lancement le 8 juin, Takaona a déclaré que le conseil des médias cherchait à surveiller et à maintenir une conduite professionnelle et éthique au sein des professionnels des médias du pays. "Un conseil des médias indépendant, impartial et apolitique, contrairement à un organe de régulation obligatoire, est le meilleur système pour promouvoir la liberté d'expression. En tant qu'Union des journalistes du Zimbabwe, nous soutenons le lancement du conseil des médias volontaire et espérons qu'il marquera le début d'une ère nouvelle pour les médias dans ce pays", a ajouté Takaona. Il a également souligné que l'organe devrait assurer un arbitrage impartial sur les problèmes des médias pour éviter des poursuites judiciaires comme c'est monnaie courante dans le pays présentement. L'incapacité à proposer des décisions matures pourrait affecter négativement le conseil. "Ce conseil des médias vient au milieu des tempêtes de l'intérieur et sans la confraternité des médias. A ce titre, j'aimerais exhorter ceux qui sont élus dans ce conseil à cesser de prendre des décisions naïves qui affecteront la durée de vie du conseil parce que, en tant que journalistes, nous avons senti la douleur de la régulation gouvernementale". "Je veux également exhorter les membres élus à arrêter de tâter de la politique puisque nous ne sommes pas dans les affaires de la politique, mais dans le rôle de réguler et d'arbitrer, aussi efficacement que possible, les disputes des médias avec le gouvernement et la société civile", a souligné Takaona.

Parmi les 14 membres du conseil, figurent Chris Chinaka, correspondant de Reuters à Harare, Edna Machirori, journaliste chevronné et rédacteur en chef adjoint du principal hebdomadaire économique 'The Financial Gazette', Bornwell Chakaodza, ancien éditeur du journal Standard, et Angus Shaw, correspondant de 'Associated Press'. D'autres membres sont l'avocat Irene Petras, membre de 'Zimbabwe Lawyers for Human Rights' (Avocats pour les droits de l'Homme au Zimbabwe), Lawrence Chibwe, éminent avocat de Harare, Oscar Wermter et Sebastian Bakare, représentants de l'église, George Smith, un juge retraité, Muchadeyi Masunda, ancien directeur général de 'Associated Newspapers of Zimbabwe' et Geoff Feltoe, maître de conférence en droit à l'Université du Zimbabwe. Les trois autres membres seront issus des associations de rédacteurs et des éditeurs de journaux du pays.