FARAMANA, sud-ouest du Burkina Faso, 13 juin (IPS) – Mahamoudou Sawadogo, un cotonculteur de Faramana, dans le sud-ouest du Burkina Faso, estime que même s'il va continuer à produire du coton, il envisagerait, si les prix chutent toujours, de revoir toute son approche par rapport à cette culture.
“Notre situation aujourd'hui est comparable à celle d'une personne malnutrie à laquelle une maladie vient s'ajouter, et le traitement devient difficile”, déclare Sawadogo à l'annonce du prix au producteur fixé à environ 29 cents US le kilogramme pour la campagne 2007-2008, soit 12 pour cent de moins que la saison précédente. Le prix du kg de coton graine était de 33 cents US en 2007, contre 42 cents en 2001.
“Maintenant, avec le prix à 145 francs CFA (environ 29 cents US), quand on fait les calculs, on n'a pas de bénéfice car le sol est aride et on ne peut pas avoir deux tonnes à l'hectare”, explique-t-il à IPS.
Selon Célestin Tiendrébéogo, le directeur général de la Société des fibres et textiles du Burkina (Sofitex), et président de l'Association cotonnière africaine (ACA), le prix du coton sur le marché international, et la situation financière de la filière ont entraîné la baisse du prix d'achat du coton graine pour la campagne 2007-2008.
Pour les deux précédentes campagnes, la Sofitex seule avait accumulé 98 millions de dollars des 131,4 millions de dollars de perte que les trois sociétés cotonnières avaient subie.
“C'est une douche froide qu'on annonce aux producteurs, mais on ne peut pas tricher car les finances ne sont pas bonnes”, explique Tiendrébéogo à IPS après la décision de l'Association inter-cotonnière du Burkina (AICB) qui — regroupe les trois sociétés cotonnières du pays — de réduire de nouveau le prix au producteur. La baisse s'ajoute à un retard dans le paiement des producteurs dont les taux d'impayés varient entre 40 et 88 pour cent en fonction des régions de ce pays d'Afrique de l'ouest, selon Tiendrébéogo.
Abdoulaye Badini, producteur à Faramana, qui cultive le coton depuis 19 ans, confirme l'idée de douche froide. “Nous cultivions six à sept hectares, mais cette année, nous allons nous reposer et prospecter car avec la baisse du prix du coton et l'augmentation du prix des intrants, nous ne pouvons pas avoir de bénéfice”.
La baisse du prix au producteur est accompagnée de l'augmentation du prix des intrants. Le prix du sac d'intrants qui coûtait environ 25 dollars est passé à près de 33,5 dollars.
“On va vers l'humiliation, nous allons privilégier les cultures de subsistance et le maraîchage, et exporter le surplus vers le Mali voisin”, ajoute Badini.
Face à la fronde des producteurs, la Sofitex a envoyé, le mois dernier, plusieurs équipes sur le terrain pour les “encourager et les galvaniser”. “Nous allons retourner vers eux en petits comités, faire l'encadrement de proximité pour leur expliquer tout le sacrifice consenti par l'Etat”, indique Abidine Ba, un cadre de la Sofitex. “Nous allons faire de l'encadrement de proximité pour pouvoir trouver des points d'adhésion avec les producteurs de coton”.
La situation précaire de la filière a entraîné une méfiance des banques qui ont refusé de financer les campagnes à venir sans la moindre garantie. Pour rassurer les banques, l'Etat, qui a interrompu sa subvention annuelle de sept millions de dollars pour les intrants depuis 2002, a néanmoins investi quelque 100 millions de dollars pour garantir les emprunts des sociétés cotonnières auprès des banques.
La Sofitex a dû recourir à une recapitalisation, pour répondre aux exigences des banques, portant les fonds de la société de huit millions de dollars à 76,8 millions de dollars.
Selon la Sofitex, une baisse de la production de 10 pour cent entraîne 40 millions de dollars de moins dans la balance commerciale.
“Il n'y a pas une renonciation à faire du coton, mais il peut avoir une réduction de superficie, ou même un sous-dosage des intrants qui pourrait entraîner une baisse de rendement et de la qualité du coton”, admet pour la première fois Tiendrébéogo. Pour cette campagne la Sofitex seule attend 600.000 tonnes de coton sur 660.000 hectares.
“A partir du moment où nous luttons contre la pauvreté, je demande aux gouvernements d'apporter — pas de donner — des prêts de longues durées, à des taux concessionnels aux sociétés cotonnières et j'espère que le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale ne vont pas s'opposer à ce genre d'interventions pour permettre à ces sociétés de pouvoir vivre en maintenant un revenu minimum à des millions de personnes”, déclare Tiendrébéogo à IPS. En Afrique occidentale et centrale, 10 millions de personnes dépendent directement de la culture du coton et plusieurs autres millions vivent indirectement de la filière, dit-il. Le coton représente 40 à 60 pour cent des recettes d'exportation dans les pays d'Afrique de l'ouest et du centre où le tissu industriel est adossé à cette culture de rente, ajoute-t-il.
“Il faut des avancées technologiques qui peuvent faire augmenter la production à l'hectare sinon, nous comptons utiliser la fumure organique pour réduire les dépenses”, affirme François Traoré, président de l'Union nationale des producteurs de coton du Burkina. “Les temps sont durs et il faut voir comment nous pouvons diminuer les coûts de production”. “Depuis 20 ans, nous produisons le coton, mais la réalité est que nous ne pouvons pas continuer à acheter les engrais. Nous n'en voulons plus. Si ça s'améliore un jour, nous allons reprendre sinon, nous ne comptons plus y retourner”, souligne, amer, Souleymane Djingo, producteur à Faramana.
En dehors des subventions aux cotonculteurs américains et européens qui minent le marché de coton depuis 2000, la chute du cours du dollar constitue également “un choc exogène” pour la filière coton. Malgré un cours moyen, à la fin de 2006 à 60 cents la livre de coton fibre, les sociétés se portent mal, selon leurs dirigeants. La Sofitex avait réalisé des bénéfices en 2001 alors que le prix du coton était à 35 cents la livre, mais avec un dollar qui équivalait 700 FCFA à l'époque, contre 480 FCFA actuellement.
“Aucune filière coton de la zone franc ne peut s'en sortir. Aujourd'hui, tout Etat qui ne veut pas voir le problème des filières s'aggraver doit agir vite sinon, il mettra trois fois plus de moyens à la sauver ou ce sera la disparition totale”, affirme Tiendrébéogo. Pour faire face à la volatilité des prix et pour amortir les “chocs exogènes”, la Sofitex annonce la vulgarisation du coton génétiquement modifié en 2009 et compte en cultiver sur 400.000 hectares.
La filière compte également sur un fonds de lissage qui permettra de garantir un prix minimum au paysan lorsque le cours de la fibre est en dessous du coût de production, selon l’entreprise.

