OUAGADOUGOU, 30 mai (IPS) – Malgré un tapage médiatique sans précédent pour accorder plus de place aux femmes lors des dernières élections législatives au Burkina Faso, la moisson est faible pour elles qui n'ont obtenu que 13 députés sur les 111, soit 11,71 pour cent. Elles étaient 14 femmes dans le parlement sortant.
“Les résultats sont en deçà de nos attentes”, déclare déçue à IPS, Mariam Sirima, la coordonnatrice de la Coalition burkinabé des droits de la femme (CBDF). La CBDF avait, avec le Caucus genre de l'Assemblée nationale, sensibilisé et conduit des plaidoyers auprès de 85 partis politiques pour que les femmes soient mieux positionnées sur les listes de candidature pour ce scrutin proportionnel au plus fort taux reste, du 6 mai. La CBDF est une coalition de 15 associations et d'organisations non gouvernementales (ONG), mise en place en 2002 pour la protection et la promotion des droits et de la citoyenneté de la femme. “Nous avons remarqué que toutes les décisions importantes se traitent au niveau politique alors qu'au Burkina, il n'y a pas suffisamment de femmes au niveau des instances de décision”, explique Sirima pour justifier la création de la coalition des ONG. Selon elle, la marginalisation des femmes, qui contribuent dans plusieurs domaines d'activités au Burkina Faso, constitue une perte pour la nation.
Pour ces dernières élections législatives, la coalition des ONG espérait atteindre 30 pour cent de femmes élues au parlement contre les 11,71 pour cent obtenus finalement. “Les chefs des partis politiques ont adhéré à nos démarches et des promesses ont été faites pour un bon positionnement des femmes sur les listes”, note Sirima.
“(Mais), les partis ont promis et n'ont pas respecté leurs engagements de positionner des femmes ou de les mettre à des positions où elles avaient la chance d'être élues”, se plaint Cécile Beloum, membre du Caucus genre du parlement et députée réélue du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti au pouvoir dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
“J'ai été positionnée par mon parti et j'ai l'avantage d'appartenir à un parti qui prend en compte les préoccupations des femmes”, affirme Beloum à IPS. Le CDP a obtenu 73 des 111 députés lors du scrutin, dont 11 femmes sur les 13 élues.
Les responsables du CDP estiment avoir fait des efforts pour que les femmes soient représentées. “De tous les partis au Burkina, le CDP est le seul parti qui fait une place à la femme”, a déclaré Salif Diallo, le vice-président du CDP, mardi à la presse à Ouagadougou, la capitale burkinabé. Il a ajouté que son parti avait imposé pour moitié des femmes lors des élections municipales de l'année dernière.
Le Caucus genre de l'Assemblée nationale a pu obtenir qu'un projet de loi sur les quotas soit déposé cette année devant le parlement et espère qu'une fois adoptée, la loi ferait changer les choses. Les quotas concernent aussi bien les mandats électifs que les mandats nominatifs au Burkina Faso.
Selon Ousséni Tamboura, le président du Caucus genre a l'Assemblée nationale, ce projet de loi correspond à une solution “volontariste” pour corriger le déséquilibre entre hommes et femmes que la sensibilisation ne suffit pas à régler. “Si vous laissez les partis politiques faire le positionnement (sur les listes), vous n'aurez pas de femmes à l'Assemblée nationale”, reconnaît Tamboura. “Je pense qu'il faut quelques contraintes juridiques au niveau des partis si on veut avoir des femmes en situation d’éligible à des niveaux de responsabilité très élevés”.
Le Caucus genre comprend 27 parlementaires de toutes tendances politiques; il existe depuis près de deux ans et a été créé pour améliorer la participation des femmes dans les sphères de décision. “Elles constituent une moitié de la population, des ressources humaines assez importantes, et il est tout fait juste et démocratique que les femmes se retrouvent à des niveaux de responsabilité pour que les décisions qui sont prises prennent en compte leurs intérêts”, souligne Tamboura. Selon lui, la difficulté d'accepter les femmes est liée à la façon d'y arriver. Il faut, dit-il à IPS, passer par une démarche accelerando, voulue par la société.
“Il faut lutter, montrer ce que vous pouvez faire et laisser apprécier”, ajoute Beloum pour qui “La femme à l'Assemblée nationale doit participer activement, en tant que députée et en tant que femme, pour donner l'envie aux autres femmes de vouloir s'exprimer”.
Cependant, Beloum compte sur les hommes majoritaires à l’Assemblée nationale pour défendre les préoccupations des femmes. “Nous sommes minoritaires et nous allons faire le lobbying au parlement auprès des hommes favorables et convaincre ceux qui hésitent encore à accorder plus de place à la femme dans les instances de décision”, confie-t-elle à IPS. “Tant que les femmes ne sont pas à ce niveau, on sait que leurs préoccupations et celles de plusieurs autres citoyens ne seront pas prises en compte”, ajoute Sirima. “Voilà pourquoi on travaille depuis un certain moment pour arriver à améliorer la représentation des femmes dans les instances décisionnelles et leur participation efficace à la vie politique”.
Pour mieux outiller les femmes, explique Sirima à IPS, la CBDF s'est engagée à les former, et a entrepris des plaidoyers pour qu'elles s'impliquent dans la politique et rechercher des postes de responsabilité. “Nous savons que tout ce qui est changement de comportement est lent et difficile à réaliser”, admet-elle.
“Il y a des réticences car les hommes continuent de croire que la politique est l'affaire des hommes qui acceptent difficilement un nouveau rôle pour les femmes sur la scène publique”, affirme Sirima. Elle dit que la coalition des ONG s'engage à continuer de former les femmes à la politique, au leadership, à la prise de parole en publique, et à une meilleure connaissance de soi — pour les élections à venir.

