BRUXELLES, 24 avr (IPS) – Les organisations non gouvernementales (ONG), qui militent en faveur du commerce équitable, estiment que l'Union européenne (UE) n'encourage pas assez les pouvoirs publics à acheter en priorité les produits issus des échanges équitables.
Lorsqu'un écolier italien consomme une banane ou une barre de chocolat “fair-trade”, il peut réellement aider les familles pauvres des pays en développement, affirment les ONG.
L'Italie est à la pointe des pays européens qui encouragent les politiques d'achats publics équitables ou éco-responsables. L'an dernier, le gouvernement a adopté une législation obligeant les institutions publiques à privilégier ce genre de produits dans leurs appels d'offres. Entre 2007 et 2012, les associations estiment par exemple qu'environ 600.000 bananes et collations issues du commerce équitable devraient être vendues dans les cantines des écoles de la péninsule. “Le commerce équitable peut être un réel outil d'éducation et de promotion de la tolérance”, déclare Paolo Agostini, en charge des achats publics à la mairie de Rome. Dans la capitale italienne, la volonté était aussi de promouvoir les produits issus de l'agriculture biologique. “Mais on ne pouvait pas mettre à l'honneur les produits équitables pendant une semaine et les produits biologiques la semaine suivante”, explique-t-il. “L'objectif était donc de proposer une approche globale”. En 2005, les ventes issues du commerce équitable ont atteint plus d'un milliard d'euros (environ 1,3 milliard de dollars) dans le monde, selon les données les plus récentes. Environ 60 pour cent de ce chiffre d'affaires a été réalisé au sein de l'UE. Depuis 2000, les ventes de produits “fair-trade” (du commerce équitable) progressent environ de 20 pour cent l'an. Pour la période 2004-2005, l'association 'Fairtrade Labelling Organisations International' (FLO), basée à Bonn, a enregistré une progression des ventes de l'ordre de 73 pour cent en Finlande, 69 pour cent en Suède, 62 pour cent en Autriche et 57 pour cent en France. Ce groupement réunit les initiatives de 'labellisation' équitable de plus d'une vingtaine de pays. Pour les ONG, les pouvoirs publics doivent jouer un rôle de premier plan dans la promotion de ces produits. “C'est très important, les autorités publiques doivent montrer l'exemple et promouvoir la réduction de la pauvreté et le développement durable”, affirme Anja Osterhaus, membre de l'Office de promotion du commerce équitable installé à Bruxelles. Mais jusqu'à présent, certains Etats membres de l'UE se montrent réticents. L'Espagne, par exemple, craint de s'attirer les foudres de la Commission européenne en favorisant, par une loi, les produits du commerce équitable dans ses politiques d'achats publics. “Il y a des doutes au sein des autorités quant à la viabilité légale d'une telle mesure”, explique Federica Leonarduzzi, membre de l'association espagnole “IDEAS”. “Elles craignent notamment d'être en porte-à-faux avec les règles européennes en matière de concurrence”.
Depuis 2004, une directive européenne suggère que des critères de commerce équitable et de développement durable soient pris en compte lors de la conclusion de marchés publics. Trois ans après son entrée en vigueur, les organisations de développement attendent toujours des mesures concrètes dans sa mise en œuvre. En outre, les ONG estiment que l'UE devrait adopter une réglementation afin d'assurer que les produits labellisés comme étant issus du commerce équitable, de l'agriculture biologique, ou favorables au développement durable, répondent à des critères stricts. Plusieurs pays européens suivent déjà cette voie. En Italie, par exemple, les ONG militent en faveur d'une loi détaillant les pratiques qui répondent à des normes de commerce équitable. En Belgique, les administrations publiques de Flandre et de Wallonie ont déjà opté pour le commerce équitable. Dans de nombreuses villes du pays, à Anvers, Bruxelles, Gand ou Charleroi, les fonctionnaires communaux boivent du thé ou du café “fair-trade”.

