DEVELOPPEMENT: L'UE attachée à ses subventions agricoles

BRUXELLES, 19 avr (IPS) – L'Union européenne (UE) consacrera cette année 35 pour cent de son budget total de 115 milliards d'euros (156 billion dollars) à l'aide aux agriculteurs, alors que ceux-ci ne représentent qu'un peu moins de cinq pour cent de la main-d'œuvre européenne.

Face à ce constat, plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) de développement s'interrogent. L'UE est-elle en bonne posture pour demander la libéralisation du commerce des denrées agricoles dans les pays pauvres, où la survie de près de 70 pour cent des populations dépend de la culture de la terre? L'agriculture est aujourd'hui l'enjeu le plus litigieux du cycle de Doha, le round de négociations sur le commerce international, placé sous l'égide de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), initié en 2001 dans la capitale du Qatar. La semaine dernière, les quatre grands acteurs des négociations agricoles — l'UE, les Etats-Unis, l'Inde et le Brésil — étaient réunis à New Dehli pour rechercher un compromis. Jusqu'à présent, ce genre de rencontre n'a jamais abouti à un arrangement car les divergences entre le bloc des riches (UE et Etats-Unis) et des pauvres (Inde et Brésil) sont importantes. C'est l'Inde qui conduit, au nom des pays en développement membres de l'OMC, les efforts en vue d'éviter une libéralisation effrénée. Des ONG dont 'ActionAid', l'encouragent à ne pas céder aux pressions européennes ou américaines. “Il faut comprendre que la protection de l'agriculture des pays pauvres est une question de vie ou de mort”, explique Aftab Alam Khan, responsable de la campagne d'ActionAid. “Rien qu'en Inde, il y a 350 millions d'agriculteurs pauvres”. Selon cet activiste, il est évident que l'UE poursuit une politique hypocrite en tentant de protéger son agriculture. “Le secteur emploie à peine trois à quatre pour cent des travailleurs européens, tandis que dans les pays pauvres, ce sont environ 70 pour cent des populations qui sont impliquées. Le niveau de développement et les différences de pauvreté sont également fort différents”, note Aftab Alam Khan. Pour Michael Mann, porte-parole du commissaire européen en charge de l'agriculture Mariann Fischer Boel, ceux qui militent contre la pauvreté se trompent lorsqu'ils abordent la position de l'Union européenne. “Les réductions tarifaires recherchées par l'UE pour l'Inde équivalent environ les deux-tiers de celles proposées pour les pays riches”, explique-t-il. “L'Union européenne cherche à augmenter ses exportations de biens à forte valeur ajoutée; elle ne répercute pas les exigences américaines qui souhaitent que l'Inde réduise sa demande de produits spéciaux”. L'Inde, l'Indonésie et les Philippines veulent ne pas avoir à baisser les tarifs à l'importation des produits spéciaux comme le maïs, le coton ou le riz.

Les producteurs européens de vins et de spiritueux sont quant à eux particulièrement intéressés par le marché indien et ses nouvelles classes moyennes ou bourgeoises. L'UE s'est plainte auprès de l'OMC des droits de douanes excessifs appliqués par l'Inde. Ces droits peuvent parfois atteindre 550 pour cent sur les spiritueux et 264 pour cent pour les vins. Il est probable que l'UE s'adresse, à ce propos, à l'organe de règlement des conflits de l'OMC lors de sa prochaine réunion, le 24 avril. L'Inde a cependant annoncé qu'elle pourrait mettre en place une législation tarifaire revue à la baisse d'ici-là afin d’éviter une escalade dans cette dispute. “C'est absolument faux de dire que nous portons préjudice aux Indiens. Contrairement aux Etats-Unis, nous leur sommes favorables au sujet des produits spéciaux et nous n'essayons pas de mettre à mal la survie des agriculteurs”, déclare Michael Mann. “Les ONG de développement tentent de nous assimiler aux Américains, mais notre position est totalement différente. Nous proposons de réduire de 70 pour cent nos subventions déformantes alors que les Américains dépensent plus en subventions agricoles, qui sont particulièrement néfastes pour le marché indien”. Bien que les Etats-Unis aient proposé de réduire de 53 pour cent leur soutien au secteur agricole dans le cadre des pourparlers de Doha, ils comptent augmenter leurs dépenses sous le 'Farm Bill 2007', une nouvelle législation agricole. Le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, a annoncé qu'il souhaitait parvenir à une percée dans les négociations de Doha, et ce, avant le terme du mandat de Susan Schwab, la représentante américaine au commerce, dont les fonctions prennent fin en juin. Selon Mandelson, sans avancée majeure dans ces négociations, il y a peu de chance de parvenir encore cette année à un nouvel accord en matière de commerce international. A la fin de ce mois, le diplomate qui préside les négociations agricoles devrait tenter d'insuffler un nouvel élan aux pourparlers. Crawford Falconer, le représentant néo-zélandais auprès de l'OMC, devrait présenter un texte reprenant les progrès déjà accomplis jusqu'à présent et les éventuels compromis qui pourraient encore émerger. Selon Shelby Matthews, spécialiste des affaires commerciales au sein du Comité des organisations professionnelles agricoles de l'Union européenne (COPA), la proposition faite par l'UE bénéficiera principalement à des pays comme les Etats-Unis, le Canada, l'Australie ou le Brésil, qui sont déjà d'importants exportateurs agricoles, mais très peu aux pays en développement. D'après de récentes données publiées par l'OMC, 2006 a été une année record pour les pays en développement, leur part dans les exportations mondiales de marchandises ayant atteint 36 pour cent. Pour les 50 pays les moins avancés de la planète, la part de moins d’un pour cent, enregistrée en 2006, représentait également un record jamais atteint depuis 1980, selon l'organisation.