DEVELOPPEMENT-KENYA: Aider le secteur du coton à remonter la pente

NAIROBI, 28 fév (IPS) – L'industrie cotonnière du Kenya, autrefois l'un des principaux pourvoyeurs de devises étrangères du pays, a chuté considérablement après la libéralisation du secteur en 1991.

Selon un récent rapport de l'Institut des affaires économiques, une organisation non gouvernementale basée dans la capitale kényane, Nairobi, "la compétition constante dans le secteur des fibres synthétiques, la baisse des cours mondiaux, l'introduction d'importations bon marché de vêtements usagers et la baisse de la rentabilité du coton", faisaient partie des facteurs qui ont porté un coup aussi bien à l'industrie de la production de coton qu'à l'industrie des textiles et des vêtements. Toutefois, des efforts sont en train d'être faits pour s'attaquer aux problèmes affligeant le secteur du coton, au nombre desquels, une campagne gouvernementale sous les auspices de 'Vision Kenya 2030' — une initiative lancée l'année dernière qui se focalise sur les secteurs centraux pour lutter contre la pauvreté d'ici à 2030.

Puisque le coton marche bien dans des régions à faible pluviométrie, il a la possibilité de réduire la pauvreté dans les zones arides et semi-arides qui constituent près de 80 pour cent du territoire kényan, estiment les autorités. La culture est produite dans cinq des huit provinces du pays.

A une rencontre tenue à Nairobi la semaine dernière, plus de 60 agriculteurs des quatre coins du pays, représentant le secteur privé, le gouvernement et des organisations non gouvernementales, ont également débattu des défis auxquels est confrontée l'industrie — en particulier le coût élevé de production.

"On dépense beaucoup d'argent pour le cultiver, pourtant, ce que vous obtenez après la récolte est très décourageant. J'ai dépensé environ 217 dollars dans des intrants agricoles sur ma parcelle d'un demi-hectare. L'année dernière, j'ai récolté 300 kilos de coton, que j'ai vendus à 0,3 dollar le kilo (90 dollars au total). Où est le bénéfice?", a demandé Leonora Were, présidente des Producteurs de coton de l'ouest du Kenya.

Ces difficultés ont poussé certains agriculteurs à abandonner le coton, a-t-elle dit à IPS : "Lorsque nous avons commencé en tant que groupement, nous étions plus de 2.000 agriculteurs; actuellement, nous ne sommes que 600. Le reste est parti à cause des difficultés dans la production du coton".

Selon la Commission coton du Kenya, environ 350.000 hectares dans le pays sont adaptés à la production du coton et peuvent rapporter quelque 260.000 balles de tissu ouaté par an. Cependant, le coton n'est cultivé à l'heure actuelle que sur 25.000 hectares, avec une production annuelle de 20.000 balles de tissu ouaté.

D'autres agriculteurs ont essayé de réduire les coûts, en partie en arrêtant l'utilisation de pesticides et des choses du genre qui représenteraient 40 pour cent du coût total de production du coton. Mais ceci, en retour, a entraîné de faibles rendements. "La stratégie 2030 doit intervenir là où les coûts sont concernés. Le coût des pesticides est très élevé…Par ailleurs, les agriculteurs au Kenya opèrent sans des semences certifiées. La stratégie doit s'atteler à un système de certification de semence pour s'assurer que les fermiers ont accès à des semences de qualité", a noté Peter Kegode de TechnoServe. Cette organisation basée à Washington aide les fermiers pauvres des zones rurales de pays en développement.

L'insuffisance d'égreneuses, où les graines et la saleté sont extraites du coton, constitue des difficultés supplémentaires. Les années précédentes, les usines égreneuses appartenaient au gouvernement.

Toutefois, l'avènement de la libéralisation a vu plusieurs fermer. Actuellement, il y a environ 24 égreneuses qui appartiennent à des privés, dont 60 pour cent seulement sont opérationnels.

"Dans la plupart des campagnes, il n'y a pas d'égreneuse et les fermiers doivent marcher pendant des jours pour se rendre à un lieu où ils peuvent vendre leur coton", a déclaré à IPS, David Masika, propriétaire des égreneuses Makueni dans la Province de l'est. Les égreneuses qui marchent sont confrontées aux coûts élevés de l'électricité, et aux problèmes liés à la technologie obsolète.

Les industries textiles et des vêtements du Kenya ont également besoin d'être revitalisées.

Selon l'Institut kényan de recherche et d'analyse sur la politique publique, une institution gouvernementale, les industries ont pris de l'importance après l'indépendance en 1963 pour devenir le deuxième plus grand employeur du pays après l'administration, dans les années 1980. Ceci était largement dû à une absence de compétition de la part des firmes étrangères.

La libéralisation a eu pour conséquence un afflux d'importations de friperie qui ont submergé le marché local. Les firmes kényanes ont également dû entrer en compétition avec des importations chinoises bon marché qui ont inondé le pays, en particulier après l'expiration de l'Accord multifibre (MFA) en décembre 2004.

En vigueur depuis 1974, le MFA a permis aux pays de fixer des quotas sur les importations de textiles afin de protéger les industries textiles locales. Cela a été retiré progressivement dans le cadre des politiques de l'Organisation mondiale du commerce visant à libéraliser le commerce de textiles.

David Nalo, secrétaire permanent au ministère du Commerce et de l'Industrie, soutient que le secteur textile du Kenya peut encore prospérer, à travers la Loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique (AGOA) des Etats-Unis — une affirmation que certains contestent.

Cette initiative américaine permet à 37 pays en Afrique subsaharienne d'exporter divers produits, dont des textiles, vers les Etats-Unis, sans taxe — quelque chose qui a vu la part des exportations kényanes de textiles et de vêtements vers les Etats-Unis augmenter au cours des années.

L'AGOA a été instaurée en 2000, et doit expirer en 2015. Des pays d'Afrique subsaharienne peuvent tirer profit de la loi s'ils arrivent à faire preuve de progrès dans la mise en place d'économies de marché, respectant l'Etat de droit et protégeant la propriété intellectuelle — entre autres.