GABORONE, 17 jan (IPS) – Malgré l'accélération de sa croissance économique ces vingt dernières années, le Botswana ne parviendra probablement pas à réduire de moitié le nombre de ses habitants vivant dans l'extrême pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.
Depuis deux décennies, la croissance économique de ce pays d'Afrique du sud est supérieure à sept pour cent. Le revenu par habitant, qui était de 1.600 dollars en 1980, atteint aujourd'hui 10.000 dollars. Toutefois, d'après les estimations du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), 47 pour cent de la population vit encore au-dessous du seuil de pauvreté. La moitié des femmes au foyer doivent subvenir aux besoins du ménage avec moins d'un dollar par jour. Le pays a enregistré des progrès significatifs en matière de lutte contre la faim. Le gouvernement s'est fermement engagé à réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui prévoient de réduire la faim et la pauvreté dans le monde d'ici à 2015, explique Dorcus Sebina, membre du PNUD. Selon elle, la situation économique pourrait peut-être à plus long terme permettre l'amélioration des conditions de vie de la population.
Entre 1996 et 2000, le nombre d'enfants âgés de moins de cinq ans présentant un faible poids a été réduit de 17 à 13 pour cent, selon l'Office central de statistique du Botswana. Au cours de la même période, le nombre d'enfants trop chétifs est passé de 11 à cinq pour cent, et la proportion d'enfants de petite taille a été réduite de 29 à 23 pour cent. Dans les rues de la capitale Gaborone, le sentiment de la population reste cependant pessimiste. “Rien n'a changé. Beaucoup trop de gens sont encore marginalisés et ignorés dans les campagnes”, explique Thomson Tekere, un chauffeur de taxi. Il cite l'exemple récent du conflit avec les Basarwa, que les autorités voulaient chasser des terres de la réserve du Kalahari. “Malgré une décision juridique en leur faveur, les Basarwa estiment toujours qu'ils n'ont pas d'avenir”, déclare Tekere. “Les habitants qui vivent dans les régions reculées ne profiteront jamais des bénéfices de la croissance économique”, ajoute Neo Moreri, une autre résidente de Gaborone. Pour l'ONG SOS Children's Village, active à Tlokweng, situé à quelques kilomètres à l'est de la capitale, la situation s'améliore, mais les progrès sont lents. “Bien que la pauvreté soit plus dispersée qu'avant 1990, les autorités ne parviennent toujours pas à mettre en place des stratégies pour impliquer les pauvres des communautés rurales dans l'économie”, explique l'un de ses représentants, David Morwang. Une vision que partage l'Union européenne (UE). Dans son rapport intitulé “Stratégie pour l'Afrique” publié en février 2006, l'UE estime que le Botswana est l'un des pays où les pauvres des milieux ruraux sont particulièrement marginalisés. Pour renverser cette situation, le gouvernement devra, au cours de cette décennie, mettre en place des actions durables, estime de son côté Modireemang Klass, qui préside l'association “Molepolole Village Community” dans le sud-est du pays. “L'engagement politique sera indispensable pour réduire les inégalités au Botswana”, souligne-t-il. Selon le PNUD, les plus pauvres — qui représentent 20 pour cent de la population — ne profitent que de quatre pour cent du revenu national, tandis que les plus riches en accaparent 60 pour cent. Le taux de chômage est quant à lui important et frôle les 16 pour cent.
“Il semble que le développement économique n'ait bénéficié qu'aux responsables politiques, aux employés et aux fonctionnaires”, note Ian Taylor, auteur d'un livre sur le développement intitulé “Les limites de l'affranchissement en Afrique australe”. Les disparités entre les villes et les campagnes amplifient le phénomène. En milieu rural, quatre ménages sur cinq dépendent de l'aide financière apportée par un membre de la famille travaillant en ville. Un cinquième des ménages ruraux ne dispose pas de revenus pouvant faire l'objet d'une analyse statistique, ajoute Taylor. L'accès aux ressources étant fort variable, les bénéfices du développement varient considérablement en milieu urbain et dans les campagnes. Plusieurs observateurs, comme Modireemang Klass ou David Morwang, doutent donc des capacités du pays à atteindre les objectifs fixés par les Etats membres de l'ONU en matière de réduction de la faim et de la pauvreté. Parvenir à ramener la pauvreté à son niveau de 1990, tel que le prévoit le premier OMD, représente donc un véritable défi pour le Botswana.

