ALGER, 23 déc (IPS) – L’Algérie, pays du Nord de l’Afrique couvert à 90 pour cent par le désert, est guettée par un danger : le désert du Sud pourrait bien joindre les côtes méditerranéennes du Nord si rien n’est fait, avertit le président algérien, Abdelaziz Bouteflika.
C’était à l’occasion de la 3ème édition du Festival international des cultures et civilisations des peuples des déserts tenue du 13 au 20 décembre derniers à Alger. Durant de longues années, explique le président Bouteflika, ‘’l’Algérie a perdu, chaque année, 40.000 hectares de ses terres les plus fertiles à cause de la désertification’’. La désertification a touché treize millions d’hectares de terre au cours des dix dernières années, à en croire les estimations faites par le ministère algérien de l’Agriculture. Le désert aujourd’hui ne se trouve plus qu’à 200 kilomètres de la côte méditerranéenne. Il y a une dizaine d’années, il était à quelques dizaines de kilomètres plus loin, estime le Haut commissariat au développement de la steppe (HCDS). L’Algérie, avec une superficie de 2.381.740 km2, s’étend des limites des Républiques du Mali et du Niger, au Sud, jusqu’à la Méditerranée, au Nord. Le Sud de ce pays et une grande partie du Nord sont entièrement désertiques. Bouteflika a alors voulu réveiller les esprits et attirer les attentions sur les ravages du désert dans son pays même si, de l’avis de plusieurs experts, comme Lakhdar Brouri du Hcds, ‘’le désert est aujourd’hui ralenti dans sa progression vers le nord grâce aux différents ouvrages réalisés pour le contrer’’. Le plus spectaculaire, rappelle le chef de l’Etat algérien, c’est la mise en place, dans les années 70, d’un projet de grande envergure dénommé ‘’barrage vert’’.
Le barrage vert s’étend sur une superficie de 3.225.529 hectares, soit 1,36 pour cent de la superficie totale du pays. D’une longueur de 400 km contre 150 km de large, le barrage vert consiste à ériger une étendue de verdure entre le Sud désertique et le Nord méditerranéen. Malik Raheb, ingénieur agronome, spécialiste en conservation des forets à Ghardaïa, 800 kilomètres au sud d’Alger, estime que le barrage vert a montré ses limites dans la protection des zones du Nord contre l’avancée du désert. ‘’Le surpâturage destructeur du couvert végétal, la surexploitation de la superficie et le déboisement à outrance ont été à l’origine de l’échec de cette initiative’’, estime Raheb. Le pays a également mis en place, dans la même période, les premiers chantiers populaires, notamment l’édification de 1.000 points d'eau dans le désert et d'autant de digues de déviation des crues d'oued pour les utiliser comme eaux d'épandage. Toujours pour apporter une réponse efficace à l’avancée du désert, le gouvernement algérien a créé, en 1981, le Hcds dont la mission est de régénérer et protéger la steppe algérienne, confie Raheb. La steppe algérienne est une ceinture végétale, plus grande et plus vaste que le barrage vert, dont le but est de protéger la côte méditerranéenne contre l’avancée du désert. Elle s’étend sur une superficie de 32 millions d’hectares, à travers 23 wilayas – départements – au sud du pays. Elle se situe justement à 200 km au sud d’Alger. C’est un vaste territoire est habité par plus de 7,2 millions d’habitants dont les revenus dépendent essentiellement de l’élevage (18 millions de têtes d’ovins). La population totale de l’Algérie est de 33 millions d’habitants, selon les estimations de 2006. Le Hcds indique que depuis sa création, 2,6 millions d’hectares de steppe ont été restaurés, et sept millions d’hectares restent à restaurer. Brouri se félicite des résultats obtenus sur le terrain. ‘’Nos efforts sur le terrain ont porté leurs fruits. Nous avons redonné espoir à la population qui vit dans cet espace’’. Toujours au nombre des initiatives qui tendent à freiner l’avancée du désert en Algérie, il y a également la valorisation de la vallée de la Saoura par la création du parc national de Taghit dont Amina Fellous, sous directrice de l’Agence nationale de la conservation de la nature (ACNN), a développé les grands aspects lors de la conférence. Taghit est une oasis située à 1.100 kilomètres au sud-ouest d’Alger. La région présente des richesses culturelles, touristiques et naturelles qui y ont favorisé la création d’un parc national. ‘’Les parcs nationaux manquent dans le désert et leur création permet de protéger leur géomorphologie’’, explique Fellous. Le premier responsable de l’association des amis de la Saoura, Mohamed Bendada, déclare à IPS qu’ ‘’avec la réalisation du parc national de Taghit, la faune et la flore sont préservées et la population locale est encouragée à y rester’’. Le résultat de toutes ces actions d’envergure est que, ‘’aujourd’hui, le désert est très bien contrôlé en Algérie depuis que le Hcds a investi le terrain et a réalisé un grand exploit dans la lutte contre la désertification’’, estime Brouri. Tous ces projets ne rassurent pas pour autant le président Bouteflika qui qualifie ces actions de ‘’résultats partiels‘’, d’où d’ailleurs ses inquiétudes exprimées lors de la conférence internationale sur les déserts. Heureusement, il y a de l’espoir en vue. Le gouvernement algérien vient de mettre à la disposition des structures de lutte contre la désertification une enveloppe de 2,5 milliards de dollars pour assurer le développement du ‘’grand Sud’’.

