NATIONS UNIES, 23 nov (IPS) – Moins de six semaines avant son départ en tant que secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a élaboré une fiche de parcours politique sur les succès et les échecs du programme de développement très vanté de l'ONU.
La bonne nouvelle est que l'aide publique au développement (APD) — des nations riches aux pays pauvres — est en train d'atteindre un nouveau plafond, franchissant la barre des 100 milliards de dollars : une hausse par rapport à une moyenne d'environ 50 à 55 milliards de dollars dans les années 1980.
Mais la nouvelle pas si bonne est que le financement pour la prévention du VIH/SIDA est toujours en dessous des 20 milliards de dollars fixés, accusant un retard de près de 12 milliards de dollars. Et la nouvelle la plus mauvaise, selon Annan, est que le réchauffement de la terre est en train de menacer la stabilité environnementale du monde — en particulier le continent africain, décrit comme le "plus affecté" par le changement climatique.
Invitée à apporter sa réponse à la vue d'ensemble faite par Annan, Anuradha Mittal, directrice exécutive de l'Institut Oakland, un groupe de réflexion basé à San Francisco, a déclaré que les donateurs occidentaux, qui ont été prompts à financer la guerre américaine contre le terrorisme, ont été beaucoup trop lents dans leurs réponses à la crise continue en Afrique, qui abrite 36 des 50 pays les moins avancés (PMA), décrits comme les plus pauvres parmi les pauvres.
Elle a admis qu'il y avait eu un "niveau de campagne mondiale sans précédent" en faveur de la réduction de la pauvreté au cours de ces dernières années, en particulier en 2005, autour du Sommet du Groupe des huit (les membres du G8 sont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, le Canada et la Russie) à Gleneagles, en Ecosse.
"Le monde dansait le rock au rythme de concerts 'Live Aid' au moment où les leaders du G8 acceptaient d'accroître l'aide aux pays en développement d'environ 50 milliards de dollars l'an d'ici à 2010, de doubler l'aide à l'Afrique, et d'effacer les dettes impayées des pays les plus pauvres", a indiqué Mittal à IPS.
Elle a souligné que l'aide étrangère à l'Afrique a chuté de 40 pour cent au cours des années 1990 et s'élève actuellement à environ 12 milliards de dollars par an. Toutefois, quelque 70 milliards de dollars ont été réunis par la force coalisée conduite par les Etats-Unis en quelques semaines pour mener la guerre en Irak.
Jusqu'ici, a-t-elle dit, les Etats-Unis ont dépensé plus de 350 milliards de dollars en Irak. Des milliards de dollars vont dans la fourniture d'armes aux partenaires de la coalition au nom de la guerre contre le terrorisme.
"Il faudra plus que de fausses promesses des nations riches pour assurer le droit de tous les êtres humains à vivre dans la dignité et à l'abri de la faim. Il est temps de mettre en œuvre un 'Plan Marshall' inconditionnel et non paternaliste 'pour l'Afrique', y compris un effacement de 100 pour cent de la dette et une augmentation de l'aide occidentale", a ajouté Mittal.
Dans ce qui a été annoncé comme une déclaration clé sur le développement avant son départ le 31 décembre, Annan a rappelé, à une rencontre du Forum sur le développement de l'Afrique à Addis Abeba, la semaine dernière, qu'il y avait une série d'objectifs arrêtée — Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) — qui est soutenue par tous les principaux acteurs du développement.
"Donc nous pouvons nous enorgueillir de beaucoup de choses", a déclaré Annan. "Mais nous ne pouvons pas faire de l'autosatisfaction pendant une seconde. Nous avons posé une fondation pour le développement, mais rien de plus que cela".
Il a également averti : "Nous ne saurons réellement pas si ces réalisations comptent pour quelque chose avant 10 ans à partir de maintenant, où nous pourrons regarder en arrière et voir si les OMD ont été réalisés; si la prospérité augmente équitablement à travers les pays et à travers les régions, si toutes les filles et tous les garçons sont à l'école partout, avec assez à manger; et si les perspectives d'un avenir, avec des emplois, la santé, un logement et d'autres besoins fondamentaux, sont assurées".
"Franchement, les perspectives sont mitigées, au mieux", a-t-il ajouté, même s'il est confiant que, après tout, le monde pourrait atteindre l'objectif de la (réduction) de la pauvreté, "grâce aux progrès remarquables en Asie".
Les OMD incluent une réduction de 50 pour cent de la pauvreté et de la faim, l'éducation primaire universelle; la réduction de la mortalité infantile de deux tiers, la diminution de la mortalité maternelle de trois quarts; la promotion de l'égalité de genre; et l'arrêt de la propagation du VIH/SIDA, du paludisme et d'autres maladies.
Une rencontre des 189 dirigeants de la planète en septembre 2000 a pris l'engagement d'atteindre tous ces objectifs d'ici à 2015. Mais leur mise en œuvre dépendait principalement de l'augmentation de l'aide au développement accordée par des donateurs occidentaux.
Annan a également déclaré aux délégués africains qu'en tant que secrétaire général africain : "J'ai fait de mon mieux pour entretenir et bâtir une relation entre l'Afrique et les Nations Unies".
Mais les gouvernements africains savent tous très bien que, malgré les progrès énormes réalisés ces dernières années, "nous n'avons pas encore en place le système onusien convenablement structuré et équipé dont nous avons besoin".
Annan a ajouté que plusieurs Africains trouvent que l'ONU est déroutante et contrariante pour traiter avec elle, parce qu'elle est présente sous des formes si variées, avec des mandats qui soit se chevauchent soit laissent de grands fossés.
"Souvent, vous finissez par être obligé de traiter avec 10 ou même 20 différentes agences de l'ONU offrant un soutien qui n'est ni coordonné ni stratégique, ni à une échelle proportionnée", a-t-il déploré. S'exprimant sous le couvert de l'anonymat, une spécialiste du développement d'un groupe de réflexion en Asie a dit à IPS : "Je soupçonne que cela ne soit l'un des nombreux adieux d'Annan, et un premier projet d'un discours de succession en élaboration".
Elle a affirmé que le discours du secrétaire général était franc, beaucoup plus dur que de précédents discours. "C'est même touchant par endroits. Il est centré sur l'Afrique et perçoit le développement purement de cette perspective qui n'est pas ce sur quoi le système des Nations Unies peut être jugé, encore moins son propre mandat".
"Ce qui m'ennuie est qu'en racontant les réalisations de son mandat en tant que secrétaire général, cela a glissé sur toute l'incohérence dans le système et tous les scandales et autres méfaits qui sont devenus endémiques dans le système sous sa conduite".
Parler en termes d'argent et de statistiques ne dit pas tout, a-t-elle ajouté, parce que le développement partout est inégal, la prospérité est inéquitable et l'aide comme toujours reste imprévisible.
"Malheureusement, la vision du développement comme un tout compact dont il parle sera toujours éclipsée par l'héritage d'une ONU impuissante manquant de légitimité et de crédibilité et fortement compromise dans des scandales".
"Par conséquent, je ne suis pas personnellement emballée par les augmentations dans l'APD ou la promesse de plus d'argent pour la lutte contre le VIH/SIDA. La seule chose que j'aime dans son discours est l'acceptation de la vérité selon laquelle le réchauffement de la terre va tourner en dérision toutes les prévisions et que les OMD ont besoin de stratégies de développement nationales et de la participation de la société civile pour réussir", a indiqué l'expert du développement.
"Rien de cela ne se passe sur le terrain et ainsi 2015 viendra et je pourrais bien être en train de tenir le même langage. Les gens impliqués dans la marche pourraient avoir pris tous en cœur une direction différente!".

