POLITIQUE-AFRIQUE DU SUD: C'est ''attendons de voir'' pour le procès de Zuma sur la corruption

JOHANNESBURG, 3 août (IPS) – Alors que la première moitié de l'année 2006 en Afrique du Sud a été dominée par les poursuites judiciaires de l'ancien vice-président Jacob Zuma pour viol, la deuxième moitié est marquée par son procès pour corruption. Mais évidemment, si seulement les débats continuent à la cour.

Lundi dernier, le juge Herbert Msimang a renvoyé l'affaire au 5 septembre, de sorte que l'Etat puisse répondre à une demande de la défense de retirer les charges qui pèsent contre Zuma.

La demande est intervenue après les réquisitions du procureur de renvoyer l'audience jusqu'en février 2007. L'ancien vice-président s'y est opposé, déclarant qu'un tel renvoi pourrait altérer son droit à un procès prompt, et que les charges qui pèsent contre lui ont déjà porté un coup dur à sa vie politique et personnelle.

Des allégations selon lesquelles Zuma était impliqué dans une affaire de pots-de-vin ont fait surface depuis plusieurs années. Cependant, le Bureau des poursuites a refusé d'engager des poursuites, estimant que les arguments contre lui n'étaient pas suffisamment convaincants.

Les choses ont changé de façon spectaculaire l'année dernière après que l'associé de Zuma, Schabir Shaik, s'était rendu coupable à maints égards. Cela comprend des demandes de pots-de-vin au profit de l'ancien vice-président, d'une compagnie française de vente d'armes, Thomson CSF, pour protéger la firme contre des enquêtes dans une affaire de plusieurs millions de dollars dans un contrat sur des armes. (La compagnie a été rebaptisée Thalès).

Le juge Hillary Squires a estimé que les deux hommes avaient des “relations généralement corrompues”, et que Shaik avait également versé des sommes substantielles à Zuma pour l'aider à élargir le champ de ses affaires. Le verdict de ce procès a conduit à la démission de Zuma en tant que vice-président, et les allégations qui pèsent contre lui sont en train d'être fouillées. Lui et Thint, la filiale sud-africaine de Thalès, se trouvent dans le box des accusés pour des motifs fondés — en partie — sur les soi-disant pots-de-vin que la firme aurait versés à Zuma pour lui permettre d'user de son influence au cours de l'enquête sur le contrat d'armements.

Cependant, Zuma a lié l'affaire à un complot présumé pour l'empêcher de devenir le prochain chef de l'Etat après le dernier mandat de Thabo Mbeki qui arrive à terme en 2009. Avant les procès pour viol et corruption, Zuma avait le vent en poupe pour succéder au président.

L'affaire a révélé des divisions au sein du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC) et d'autres secteurs de la société où beaucoup voient Zuma comme le champion des pauvres — et Mbeki vraiment loin de ces préoccupations. Les supporters de l'ancien vice-président sont revenus à la charge lors de son procès pour viol, tenu à la Haute Cour de Johannesburg et se seraient encore rassemblés par milliers dehors dans la cité de Pietermaritzburg (sud-est) où le procès pour corruption se déroulait.

“L'ANC tente de présenter un front uni. Mais les dissensions au sein du mouvement font surface”, a déclaré à IPS, Santana Mahoko, chercheur à l'Université d'Afrique du Sud, basée à Pretoria.

En plus, les poursuites ont exposé les tensions dans les relations entre l'ANC et ses alliés dans une alliance tripartite, le Congrès des syndicats d'Afrique du Sud (COSATU) et le Parti communiste sud-africain.

“Nous avons toujours dit que le NPA (le ministère public) n'a aucune preuve. Le fait qu'ils insistent à retarder le dossier suggère que c'est un non-lieu”, indique à IPS, Patrick Craven, porte-parole du COSATU.

“Ils devraient laisser tomber. Ils n'ont pas assez de preuve pour poursuivre l'affaire”.

David Monyae, professeur en relations internationales à l'Université Witwatersrand de Johannesburg, partage la préoccupation par rapport à l'incapacité du ministère public à poursuivre.

"A l'étape actuelle, il semble que l'Etat manque d'argument. C'est vraiment gauche", a-t-il dit dans un entretien avec IPS.

Toutefois, une victoire de Zuma de cette affaire ne restaurerait pas d'office son image pour mener la course présidentielle, ajoute Monyae.

"Si Zuma réussit à sortir blanchi, ses chances sont très grandes, mais cela ne veut pas dire qu'il l'aura facilement. Il doit faire du lobby", a-t-il souligné. “S'il est coupable, il est politiquement mort”.

Mahoko croit que les relents du procès pour viol pourraient porter un coup aux ambitions de Zuma de jouer un rôle politique de premier plan, même s'il est acquitté en mai. Une amie séropositive de la famille a accusé Zuma de l'avoir violée. L'ancien vice-président reconnaît avoir eu des rapports sexuels avec la dame, mais soutient que c'était avec son consentement.

A l'une des audiences les plus spectaculaires du procès, Zuma a déclaré à la cour qu'il n'avait pas pu utiliser le condom lors de l'acte bien que sa partenaire soit séropositive — mais qu'il avait pris soin de se doucher après pour minimiser les risques de contraction du virus du SIDA. Cette déclaration a été dénoncée par des militants anti-SIDA qui ont estimé que cela encourageait les idées fausses sur le virus. “Même si Zuma sort blanchi après le procès, l'idée conçue sur lui pour avoir couché avec une femme séropositive restera gravée dans la mémoire de milliers d'Africains”, a noté Mahoko.