DROITS-RDC: Le procès de Thomas Lubanga, un espoir pour la fin de l'impunité?

KINSHASA, 1 avr (IPS) – Les Congolais ont appris avec beaucoup de satisfaction le transfert de Thomas Lubanga à la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, aux Pays-Bas, et le démarrage de son procès.

Ex-seigneur de guerre dans les attaques armées de l'Ituri, dans le nord-est de la République Démocratique du Congo (RDC), Lubanga doit répondre de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, notamment pour avoir enrôlé des enfants de très bas âge dans les Forces patriotiques pour la libération du Congo, l'aile militaire de son parti politique, l'Union des patriotes congolais (UPC).

Le 20 mars, beaucoup de Congolais se sont pressés de regagner leurs domiciles pour suivre, en direct depuis La Haye, Lubanga devant les juges de la CPI. Bien que le procès ne soit qu'à ses débuts, ils applaudissent l'initiative de la CPI et déclarent espérer que Lubanga ne sera pas le seul seigneur de guerre à devoir répondre de ses atrocités commises sur les populations civiles au cours des différentes rébellions. Les affrontements interethniques en Ituri ont causé la mort de près de 50.000 personnes entre 1999 et 2003, selon des organisations humanitaires.

“Le procès Lubanga servira d'exemple à d'autres seigneurs de guerre dont nous avons toujours dénoncé la cruauté pendant la rébellion”, déclare Olivier Nzanzu de l'organisation non gouvernementale Lotus, basée à Kisangani, la capitale de la province Orientale. L'enquête de la CPI sur Lubanga date de juin 2004 sur saisine du chef de l'Etat congolais, Joseph Kabila. Le président de l'UPC était incarcéré à la prison centrale de Makala, à Kinshasa, la capitale congolaise, depuis 2005, avant d'être transféré à La Haye, le 17 mars dernier. Le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, lui reproche notamment “d'avoir transformé des enfants de la RDC en machines de guerre”.

Robert Amisi, un ancien combattant démobilisé, qui a connu Lubanga lors des faits, déclare à IPS qu'il regrette qu'il se soit trop facilement entraîné dans l'engrenage des violences ethniques ayant mis le district de l'Ituri à feu et à sang et détruit tout le tissu économique d'une région aussi riche sur le plan agricole et minier. "Thomas Lubanga n'a jamais été le sanguinaire que la CPI juge aujourd'hui.

De tribu Hema, licencié en psychologie de l'Université de Kisangani, il était plutôt un honnête commerçant. Il a combattu avec nous, au sein du RCD/KML (Rassemblement congolais pour la démocratie, aile Kisangani, Mouvement de libération) soutenu par l'Ouganda, comme ministre de la Défense", confie Amisi à IPS. "Ce sont les Ougandais qui l'ont entêté en suscitant en lui des ambitions démesurées", affirme-t-il. Amisi, lui-même, fait aujourd'hui du commerce de vivres frais entre Beni, dans l'est du pays, et Kinshasa. Les Forces patriotiques de libération du Congo (FPLC) sont une milice de la communauté hema, constituée en majorité de jeunes garçons et filles âgés de 13 à 20 ans. Entre 1999 et 2003, la traditionnelle tension entre communautés hema et lendu est alors à son comble et les affrontements armés sont d'une violence extrême. Les FPLC s'emparent de la ville de Bunia, la capitale de l'Ituri, en 2002 et sèment la terreur. Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) en RDC, 10.000 enfants soldats, originaires de l'Ituri sont impliqués dans les activités des groupes armés. “Ces enfants soldats, dont certains n'ont pas plus de dix ans, se retrouvent dans toutes les milices locales, chez Thomas Lubanga comme chez d'autres milices”, explique Thérèse Bwami de l'UNICEF à IPS.

A Bunia, la ville qui a le plus souffert des atrocités de Lubanga, les populations ont hâte de voir la CPI en terminer avec son procès et Lubanga payer pour ses crimes. Interrogée par un contact IPS à Bunia, Adèle Simbiliabo, une infirmière, ne s'explique pas les lenteurs de la CPI dans l'instruction du procès. “Je trouve que la CPI travaille trop lentement. Thomas Lubanga aurait dû être jugé en RDC où il a commis ses crimes et en présence de certaines de ses victimes", dit-elle. "Mes parents et mes deux enfants sont morts victimes de la cruauté des hommes de Thomas Lubanga tout simplement parce qu'ils appartenaient à la tribu lendu". Pour sa part, Jocelyne Kahambu, de tribu nande du Nord-Kivu, considère qu'il n'y a pas que Lubanga à condamner. Elle a perdu son mari, un vendeur de produits maraîchers, tué pour avoir refusé de céder son commerce à une milice lendu. “Thomas Lubanga a commis des crimes et doit payer bien sûr, mais la CPI doit ratisser plus large. D'autres seigneurs de guerre, autrement plus sanguinaires, continuent de courir les rues”, affirme-t-elle.

Les crimes commis en Ituri ont occasionné l'intervention, en 2003, d'une force européenne appelée “Artémis”, pour sécuriser Bunia et ses environs.

Les militaires européens ont déclaré avoir souvent eu des problèmes de conscience quand ils devaient affronter des enfants armés que leurs chefs envoyaient provoquer Artémis. Jusqu'aujourd'hui, la province Orientale n'est toujours pas sécurisée entièrement. En plus des milices qui continuent d'inquiéter la population dans le district de l'Ituri, des rebelles ougandais de la LRA (L'armée de résistance du seigneur), opposés au gouvernement de Kampala, sont signalés dans le Parc national de la Garamba, sur la frontière avec le Soudan. On leur attribue la mort de onze soldats uruguayens de la Mission des observateurs des Nations Unies au Congo (MONUC), vers la fin de 2005.