BLANTYRE, 10 mars (IPS) – Ayant connu une récolte désastreuse l'année dernière, la pire en une décennie -selon le Programme alimentaire mondial (PAM) — le Malawi semble maintenant décidé à améliorer sa situation alimentaire.
Les autorités en charge de l'agriculture auraient indiqué plus tôt cette semaine qu'une récolte de maïs de 2,4 millions de tonnes était attendue sous peu, grâce en partie aux bonnes pluies qui avaient mis fin à des mois de sécheresse, et une plus grande disponibilité en engrais. Ce tonnage serait à peu près le double de la récolte de l'année dernière; les cultures vont commencer par être moissonnées le mois prochain.
Toutefois, des inquiétudes demeurent par rapport à la capacité du secteur agricole du Malawi à résister aux fluctuations climatiques et à d'autres événements défavorables. Selon Alick Nkhoma, représentant national adjoint pour l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, une restructuration totale de ce secteur est nécessaire pour que le pays parvienne à une plus grande sécurité alimentaire.
"Le Malawi ne doit pas seulement mécaniser son agriculture, mais elle doit également s'assurer que les intrants comme les engrais sont facilement accessibles aux petits exploitants agricoles", a déclaré Nkhoma. La décision du gouvernement de subventionner l'engrais a été un pas dans la bonne direction, même si plusieurs Malawites étaient trop pauvres pour payer même le prix subventionné.
Environ 56 pour cent de la population rurale vit dans la pauvreté contre 25 pour cent de la population urbaine, selon l'Office national de statistiques — qui note également que 52,4 pour cent de Malawites sont considérés "pauvres", et 22 pour cent "extrêmement pauvres".
"Ceci signifie qu'environ une personne sur cinq vit dans une extrême pauvreté, telle qu'elles n'ont même pas les moyens d'assurer le niveau minimum pour les besoins alimentaires recommandés quotidiennement", a déclaré le chargé des statistiques, Charles Machinjili.
Le gouvernement a mis 147.000 tonnes d'engrais à disposition pour la saison agricole 2005/2006 à un prix subventionné, en particulier pour les personnes très pauvres. Toutefois, de nombreuses personnes ont fini par vendre leurs provisions aux fermiers riches.
Nkhoma a fait remarquer que les pays pauvres pourraient réfléchir à l'adoption d'une recommandation de l'économiste américain Jeffrey Sachs, qui a dit que même si les subventions étaient les bienvenues, les provisions gratuites de besoins agricoles comme les semences et les engrais devraient être mises à disposition pendant au moins 10 ans dans ces Etats.
"Peut-être qu'après ce temps", a ajouté Nkhoma, "les pauvres pourraient avoir réduit leur pauvreté et amélioré leur situation alimentaire".
Un récent document de l'ONU intitulé 'Le Malawi et les Objectifs du millénaire pour le développement' a constaté par ailleurs que pour faire des progrès en vue de la réalisation des OMD, le gouvernement devrait réhabiliter des sites d'irrigation abandonnés. Ceci permettrait l'irrigation de 40.000 hectares pour la culture du maïs, du riz et des légumes à petite échelle (les petits agriculteurs produisent 80 pour cent des vivres du pays).
Huit OMD ont été convenus par des dirigeants de la planète au Sommet du millénaire des Nations Unies tenu à New York en 2000. Les objectifs incluent l'éradication de la faim et de l'extrême pauvreté, et la réalisation d'un environnement durable — tout ceci d'ici à 2015.
Le document de l'ONU a également noté qu'une plus grande fourniture de semences, d'engrais et d'insecticides était nécessaire.
Toutefois, le fort taux d'analphabétisme du Malawi, autour de 65 pour cent, fait qu'il est difficile de populariser les méthodes agricoles modernes.
Et, comme il n'y a pas de marchés dans la plupart des zones rurales, les agriculteurs pauvres qui produisent le minimum vital n'avaient plus le courage de s'engager dans l'agriculture commerciale.
Le ministre de la Planification et du Développement, David Faiti, a des observations similaires à celles qui sont faites dans le rapport.
"Nous souffrons en matière d'agriculture parce que nous n'utilisons pas nos vastes ressources en eau. Nous avons le lac Malawi et de grands cours d'eau, mais nous n'utilisons pas actuellement ces atouts", note-t-il.
"Nous devrions pouvoir avoir au moins trois récoltes par an".
Pour aider à remédier à cette situation, le gouvernement a distribué 400 pompes à pédales dans les 193 circonscriptions du pays. En dehors des pompes à pédales, qui nécessitent beaucoup d'énergie pour leur fonctionnement, les autorités sont en train d'explorer de nouveaux moyens pour installer des systèmes d'irrigation à base de diesel, pour lesquels le gouvernement du Japon a manifesté de l'intérêt. Alors que le débat sur comment faire avancer le secteur agricole continue et que le pays attend la livraison des récoltes du mois prochain, environ cinq millions sur les 12 millions d'habitants du Malawi ont besoin d'aide alimentaire.
Parmi eux, se trouvent des gens comme Falesi Sada, une femme âgée de 50 ans, mère de quatre enfants, qui vit à Nsanje, un district de la Lower Shire Valley. Cette région est située à quelque 177 kilomètres au sud de la capitale économique, Blantyre et a été au centre de la crise alimentaire actuelle. Au moment où elle était interviewée pour cet article, Sada labourait le champ familial de maïs alors que son mari, son fils aîné et sa fille étaient dehors en train d'enlever des ordures pour trouver de la nourriture.
Laissant sa houe, elle s'est dirigée vers l'ombre d'un arbre où elle a montré ce qui ressemblait à des cailloux couverts de boue, mais était en fait des bulbes de nénuphars connues localement sous le nom de “nyika”.
"Nous survivons avec ces choses de nos jours", a-t-elle déploré.
Mangez une grande quantité de ces bulbes, et vous êtes sûr que la diarrhée suivra. Mais, ceci n'est pas l'aspect le plus problématique de la dépendance du "nyika" pour l'alimentation.
Khalid Hassen, un chasseur professionnel, dit que les gens risquaient des attaques mortelles de crocodiles lorsqu'ils vont chercher les bulbes. "Pendant les mois chauds, entre septembre et janvier, les crocodiles vont sur les hautes terres à la recherche de nourriture", a-t-il souligné.
"Pour aller chercher ces bulbes, les gens doivent plonger dans l'eau jusqu'à la hauteur de la taille".
A travers l'Afrique australe, près de 12 millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire.
La vie dans les zones rurales du Malawi a également été aggravée par la pandémie du SIDA. Le PAM a indiqué que le VIH/SIDA contribuait à la crise alimentaire du Malawi parce que les gens sont soit trop malades pour travailler — soit occupés à prendre soin de leurs parents malades.
Environ 14 pour cent des Malawites ont contracté le VIH, selon la Commission nationale de lutte contre le SIDA.

